Après avoir chanté à l’église, le crooner Frank Michael s’en est allé…

C’était un chanteur de charme, le dernier peut-être, avec Frédéric François, lui, toujours en vie, Dieu merci.
Capture d'écran Franck Michael TV
Capture d'écran Franck Michael TV

Le 12 juin dernier, Franco Gabelli , Frank Michael à la scène, était arraché à l’affection de ses admirateurs. Enfin, de ses admiratrices, pour être plus précis. Sa disparition n’a pas fait grand bruit. Et pourtant, le défunt aurait vendu entre quinze et vingt millions d’albums tout en totalisant soixante-douze disques d’or et quatre de platine. C’était un chanteur de charme, le dernier peut-être, avec Francesco Barracato, plus connu sous le pseudonyme de Frédéric François, et lui toujours en vie, Dieu merci. Tous deux voient le jour en Italie avant que leurs parents n’émigrent en Belgique.

Leur autre point commun consiste à avoir toujours été boudés par la critique officielle. Jamais ils n’ont eu les honneurs de Libération ou de Télérama, pas plus qu’ils n’ont été programmés dans les grands festivals d’été. Il est vrai que Frank Michael n’a jamais été un chanteur « rive gauche » ; pas plus que « rive droite », d’ailleurs. À croire que les seuls rivages qu’il fréquentait étaient ceux du cœur. Bref, c’était un roucouleur, ou un crooner, tel que dit de l’autre côté de l’Atlantique.

Héritier des chanteurs de charme de jadis…

De fait, Frank Michael s’est toujours inscrit dans l’auguste lignée de ses prédécesseurs, Jean Sablon, et André Claveau. Le premier est passé à la postérité avec Vous qui passez sans me voir, écrite et composée par Charles Trénet : « Vous qui passez sans me voir/Sans même me dire bonsoir/Donnez-moi un peu d’espoir ce soir.../J’ai tant de peine/Vous, dont je guette un regard/Pour quelle raison ce soir/Passez-vous sans me voir. » Pour le second, ce sera Dors, mon amour, avec des paroles de Pierre Delanoë sur une musique d’Hubert Giraud : « Dors, mon amour/Le soleil est encore loin du jour/Nous avons pour aimer tout le temps/Et la nuit nous comprend/Dors, mon amour/Protégée par mes bras qui entourent/Ton sommeil d’un rideau de bonheur/Dors au creux de mon cœur. »

Une carrière d’un demi-siècle…

Sa vie durant, Frank Michael creuse ce sillon : de jolies ritournelles qui, à force de faire du bien à l’âme et au palpitant, finissent par entrer dans l’inconscient collectif. Ces grandes heures de la chanson sentimentale, il entend les remettre à l’honneur, fut-ce d’en l’indifférence générale.

Son premier tube, Je ne peux vivre sans toi, remonte à 1974 et ne rencontre qu’un succès d’estime. Quatre ans plus tard, il tente sa chance à L’Eurovision, sous pavillon belge avec ce titre vite tombé dans l’oubli, À qui parler d’amour.

Pourtant, loin des feux de la rampe, il poursuit son petit bonhomme de chemin, accumulant les galas de province. Le bouche à oreille ne tarde pas à fonctionner et les dames d’un certain âge, quand ce n’est pas d’un âge certain, se ruent en masse à ses concerts. Pourquoi ? Peut-être parce que notre homme a retenu les leçons du grand Frank Sinatra. Lesquelles consistent à persuader à une femme parmi des centaines d’autres, qu’on ne chante que pour elle. Voilà qui n’est pas à la portée du premier clampin venu. Il faut multiplier les regards, les œillades, les sourires appuyés afin que chacune en vienne à imaginer qu’elle est la seule ; mieux, l’unique. C’est un métier.

Ce métier, Frank Michael l’apprend vite. Il ne se force pas. Il est sincère, quoique jouant son rôle sur scène. Sincère, il l’est plus encore en fin de concert, quand il dédicace ses disques à tours de bras, ayant un mot gentil pour chacune de ses chéries d’un soir. Il a le bisou facile et généreux. Elles en rosissent de plaisir et rentrent chez elles le soir, des étoiles plein les yeux. En 1996, avec son premier véritable succès, Toutes les femmes sont belles, il passe à la vitesse supérieure, emplissant L’Olympia parisien plusieurs soirées de suite. De toute la France, on a affrété des cars dans les maisons de retraites, comme si tous les cheveux gris, les cheveux blancs, les cheveux bleus s’étaient donnés rendez-vous en cette salle mythique. Le secret de ce succès ? C’est qu’elles se croient toutes belles, comme annoncé dans la chanson qu’elles reprennent en chœur, leurs voix parfois chevrotantes. Décidément, cet homme leur fait du bien ; même si comme elles, il n’a plus vingt printemps depuis longtemps. Qu’importe, il continue à y croire et elles aussi. C’est l’essentiel. Et c’est surtout logique, Frank Michael n’ayant jamais triché avec son public en cinquante ans de carrière.

Son dernier concert donné gracieusement dans une église…

Alors qu’il approche les quatre-vingt ans, sa santé commence à décliner. Mais il a encore la forcer de donner un dernier concert, en décembre dernier, dans l’église alsacienne de Bischwiller. L’intégralité de la recette a servi à sa rénovation, selon les souhaits de l’artiste et de son manager. Nos confrères de L’Alsace se souviennent, d’une plume embuée : « Frank Michael, entouré de douze chanteuses et chanteurs, a entonné des airs de Noël avant de puiser dans son répertoire. Un instant de grâce et de partage. »

Ou de l’art de partir sur un beau geste. Nul doute que là-haut, on ne lui aura pas fait mauvaise figure.

https://www.youtube.com/watch?v=hzXomXPsNlk&list=RDhzXomXPsNlk&start_radio=1

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 22/06/2026 à 15:11.
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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

20 commentaires

  1. MERCI, BV, DE M’AVOIR FAIT DECOUVRIR CE JR -alors que je suis Française d’origine, & Italienne par mariage, & que je vais fêter mes 73 ans ds qq jrs !- ce compatriote chanteur de charme que je regrette de n’avoir pas connu + tôt pr ma part, & que mon mari, Italien de la Baie de NAPLES, DCD en 2016, devait ignorer -il ne m’en a jamais parlé !- puisque les parents de ce chanteur à la voix douce & aux chansons de coeur avaient émigré en Belgique !!!

  2. A mon grand regret il est passé presque inaperçu au long de mes 80 ans. Mais c’est vrai, à complèter mes souvenirs aujourd’hui, il avait « de la gueule ». Merci Monsieur Gauthier.

  3. C’est sympathique de consacrer un article à ce chanteur populaire. Il y a des chanteurs, comme ça, peu médiatisés ( voire un peu moqués ) , qui ont un franc succès, leur public !

  4. Merci pour ce bel article empreint de pudeur et de délicatesse pour l’interprète et son public. La France profonde existait pour Frank Michael et aussi les dames un peu âgées qu’il faisait encore rêver. Encore une étoile qui s’éteint, il n’en reste plus beaucoup.

  5. Vous avez oublié Jacques Lantier, décédé en 2024 sans aucun bruit, qui chantait aussi des chansons « de charme ».

  6. Encore un symbole de l’ancienne France « rance » qui est parti !! Vive le « rapp » de la nouvelle France !! Un bel avenir pour le pays !!

  7. C’est certain, un tel artiste ne coche aucune des cases du machin qui régie le système de-gauche, qui se veut et est persuadé être unique.
    Si en plus ce chanteur ose se produire dans une église, puisque c’est le lieu de sa foi, alors là…
    Qu’il repose en paix.

  8. Les fans veulent ressembler à leurs idoles…on voit la société s’ensauvager…Pas étonnant à écouter et voir leurs idoles actuelles

  9. Des mamies mais pas que ……quand j’ai acheté ses vinyles j’étais jeune. Il est vrai que ma discothèque fait se côtoyer des personnes et des sons très différents.

  10. Un grand chanteur est parti…..adoré de ses fans , surtout féministes , n’a jamais fait la UNE des journaux , il remplissait les salles de spectacles , avec des réservations de places de plusieurs mois avant …….79 ans….c’est encore bien jeune pour partir…..mais la vie est ainsi faîte….Que Dieu ait son âme !!!!…..ce sont toujours les meilleurs qui partent.

  11. Ce Monsieur a creusé son sillon … et fait une belle carrière malgré les ricanements wokistes… quant à son dernier concert en faveur de l’église de Bischwiller… que dire? sinon que « le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit »! A bon entendeur…

  12. Crooner italo belge.
    J’en parle d’autant plus aisément que je suis français et frontalier.
    Cet excellent chanteur très sympathique a effectué une carrière longue et sans aucune interruption malgré quelques effets de mode qui auraient pu tourner en sa défaveur…

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