« On n’a pu compter que sur nous-mêmes » : dix ans après Nice, la solitude des victimes de l’attentat

« L’État n’a pas été aux côtés des victimes dès le départ », confirme à BV Me Méhana Mouhou.
ERIC SALARD Wikimedia Commons  Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic
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Dix années se sont écoulées, depuis le 14 juillet 2016. Virginie Leclercq et ses trois enfants ont survécu à cette nuit d’horreur, puis aux larmes et aux peurs qui ont suivi, longtemps. Pour cette rescapée de l’attentat islamiste qui a causé la mort de 86 personnes sur la promenade des Anglais, à Nice, la douleur est moins vive qu’aux premiers jours. Mais d’autres ombres planent : le souvenir de ce gamin, haut comme trois pommes, qu’elle a bercé jusqu’à ce que son souffle s’éteigne ; les rêves professionnels de son fils, fauchés par le terroriste qui l’a traîné sur plusieurs mètres avec son camion meurtrier, le laissant grièvement blessé ; et la colère contre un État qui n’a pas su la protéger, elle et ses enfants, puis qui n’a pas voulu les soutenir, une fois l’horreur passée.

À l’occasion de la parution de son livre Parole de Maman, Parole de femme (aux Éditions Vérone), Virginie Leclercq témoigne, dans un entretien accordé à Boulevard Voltaire, de l’absence des institutions à laquelle tant de victimes d’attentats sont confrontées.

Une famille laissée seule face à ses blessures

« On a eu de grands moments de solitude », résume celle qui nous ouvre les portes de sa maison du Vaucluse. Pour cette famille meurtrie, l’État ne s’est pas trouvé là où elle l’attendait. C’est la double peine, quand on ne sait pas vers qui se tourner, où porter ses cris, quand personne ne vous entend. Quand le monde entier s’écroule sur vous, qui pourrait croire que le dernier coup porté, celui de l’ignorance et du mépris, viendrait de celui qui est censé vous protéger ?

Virginie se souvient notamment de sa rencontre avec François Hollande, alors président de la République. Ce jour-là, lorsqu’il lui demande comment elle se porte, elle répond sans détour : « Mal. » Ce à quoi le chef de l’État lui rétorque qu’elle devrait s’estimer heureuse, elle, d’être encore en vie. Ce coup d’une violence inouïe sera le premier d’une longue série.

Devant l’incapacité de ses enfants à se rendre tous les jours à l’école, il lui faudra encore affronter l’incompréhension de l’Éducation nationale, prête à émettre des signalements contre des parents démunis face aux crises et aux larmes de leurs enfants traumatisés.

Face aux troubles anxieux, aux nuits sans sommeil et aux angoisses, l’absence d’accompagnement psychologique sera la seule réponse. Ce n’est que l’année dernière – neuf ans après les faits – que les garçons ont pu être examinés par un psychologue et que la famille a pu percevoir les indemnités destinées à couvrir les frais liés à sa reconstruction. La lenteur de ces services conduira Virginie à être hospitalisée pendant deux mois dans un hôpital psychiatrique.

La démission de l’État après les attentats

« L’État n’a pas été aux côtés des victimes dès le départ », confirme à BV l’avocat des Leclercq, Me Méhana Mouhou. Le pénaliste, spécialisé dans la défense des victimes, affirme faire ce constat depuis 2012, année au cours de laquelle il a commencé à accompagner les victimes des attentats de Toulouse et de Montauban.

Me Méhana Mouhou évoque notamment l’organisation du procès de l’attentat de Nice. Alors que les audiences se sont tenues à Paris, il avait demandé qu’elles soient délocalisées à Nice afin de permettre au plus grand nombre de victimes, ou de proches de victimes décédées, d’y assister et de déposer sans avoir à supporter un déplacement jusqu’à la capitale. Une requête qui lui sera refusée.

Dans le même esprit, il avait sollicité du ministère de la Justice une avance de frais pour couvrir les dépenses de transport et d’hébergement. Une demande qui, comme celle qu’il avait formulée quelques années plus tôt pour les victimes des attentats de Toulouse et de Montauban venues assister au procès de Mohammed Merah, sera, elle aussi, rejetée. Selon lui, certains de ces frais ne seront remboursés que deux ans plus tard.

« Le droit des victimes est le parent pauvre de la démocratie »

Des victimes reconnues comme telles par la Cour de cassation doivent encore batailler pour faire valoir leurs droits devant le Fonds de garantie. Des expertises psychologiques sont confiées par ce fonds à des praticiens qui, selon l'avocat, ne sont parfois pas formés aux traumatismes propres aux attentats, conduisant à sous-estimer la souffrance des patients, y compris celle des enfants. Quant aux élèves victimes en décrochage scolaire, l’inspection académique leur a refusé des cours de soutien, considérant qu'il revenait aux familles d'assurer elles-mêmes leur éducation.

Une « architecture pénale », en somme, qui, au profit de l'attention portée au prévenu, exclut la victime, dont « le droit est le parent pauvre de la démocratie », analyse Me Mouhou.

Autant de manquements et d’ignorance ajoutent à la douleur de voir sa vie sacrifiée par un État qui n’a pas su les protéger.

Avec l’association « Life for Nice », Virginie poursuit son chemin de reconstruction, comme tant d’autres victimes qui ont trouvé, auprès des leurs, le soutien que les institutions ne leur ont pas toujours apporté. Dix ans après l’attentat, c’est aussi pour elles qu’elle a choisi de prendre la parole.

Vos commentaires

27 commentaires

  1. Après 10 ans, cet attentat de Nice comme celui du Bataclan d’une horreur indescriptible que même les plus beaux discours creux de ce piètre Chef d’Etat ou autres personnalités ne parviendront pas à résoudre l’insécurité causée par des barbares d’un autre monde puisqu’ils ne sont suivis d’aucune action pour retrouver la l’ordre et la paix que nous avons perdus depuis trop longtemps. C’est à hurler de colère et de désespoir car les solutions ne manquent pas, ce qu’il manque, c’est un Chef d’Etat à la trempe d’acier, compétent et courageux avec le sens du devoir et des responsabilités et non pas un foutriquet qui ne pense qu’à se pavaner à l’étranger ou à guerroyer en pantoufles avec son copain l’Ukrainien et où tout sonne faux dès qu’il fait un discours

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