En bonne logique, ces instances supranationales devraient s’auto-congratuler bruyamment : soixante-dix ans de Parlement européen, trente de traité de Maastricht et vingt d’euro, ce n’est pas rien. Et pourtant, grande est l’impression que tout cela a, non point été fêté, mais à la va-vite commémoré.

C’est en tout cas le constat dressé par Jordan Bardella lors d’une conférence de presse tenue ce 22 novembre, en cette même enceinte, appuyant là où ça fait mal.

Le premier événement ? Traité de façon « clandestine ». Le deuxième ? « Oublié. » Le dernier ? Célébré de manière plus que « discrète ». Et le nouveau président du Rassemblement national de noter, non sans ironie : « Nous aurions été désolés de ne pas honorer cet anniversaire. Cela aurait été discourtois. Les anniversaires sont l’occasion de faire le bilan des années qui se sont écoulées. Mais là, pas de feux d’artifice, de défilés, de fêtes grandioses. […] Juste un entre-soi parlementaire, presque en catimini. » Bref, un « recueillement sans fleurs ni couronnes ».

Et pourtant, que ne devait-elle nous apporter, cette Europe, en matière de voluptueuses félicités. Prospérité économique, plein-emploi, sécurité du Vieux Continent pour les siècles à venir et même possibilité de créer un vaste ensemble géopolitique susceptible de faire pièce à la puissante Amérique, à la Chine montante, sans négliger cette Russie qui, même malmenée, entend retrouver toute sa place au sein du concert des nations. On voit le résultat : économie en berne, impuissance politique, hégémonie allemande aux dépens de la France, vassalisation vis-à-vis de l’OTAN, submersion migratoire et impuissance structurelle à créer ne serait-ce qu’un début de semblant de diplomatie et d’armée européennes. Comme on dit de manière triviale : pas une seule balle dans le panier.

Jordan Bardella, dont la liste est arrivée en tête lors des élections européennes de 2019, dirige donc la première délégation parlementaire française au Parlement. À ce titre, son avis n’a rien d’anodin et au moins mérite-t-il d’être entendu.

À l’entendre, Élisabeth Borne en aurait décidé autrement : « J’ai été sommé par la présidence du de céder mon temps de parole face à la Première ministre, au motif que les échanges politiques n’avaient pas lieu d’être. Drôle de conception d’une assemblée parlementaire censée être élue pour représenter les peuples. » Et le même d’ajouter, toujours aussi taquin : « En moins de vingt-quatre heures, madame Borne supprime le débat français par un cinquième 49.3 à l’Assemblée nationale et musèle le débat européen en empêchant le Rassemblement national de s’exprimer. »

Il est un fait que ça commence à faire beaucoup. Car si cette fameuse construction européenne n’était que bonheur quotidien doublé d’un chemin pavé de violettes – ce qui aurait fini par se savoir, tôt ou tard, il y aurait eu des fuites –, comment expliquer ce manque d’assurance face à des interlocuteurs dont le seul crime consiste manifestement à avoir été élus par les Français ; comment expliquer ce comportement ? À croire que ce système si bien incarné par Élisabeth Borne commence par avoir peur que son impuissance structurelle ne finisse par éclater au grand jour.

Souvent, les grands bouleversements surviennent quand l’État ne peut plus et que le peuple ne veut plus. Le « super État » européen peut de moins en moins. Quant aux peuples européens, ils auraient plutôt tendance à accorder leurs suffrages à des mouvements politiques, eurosceptiques a minima, lorsqu’ils ne sont pas franchement anti-européens, tel que cela s’est vu au Royaume-Uni avec le Brexit.

Comparaison n’est certes pas raison, mais Louis XIV fut enterré de nuit et le plus discrètement du monde. Les instances européennes prendront-elles un jour le même chemin ? Au moins, dans le premier cas, s’agissait-il du Roi-Soleil. Alors que nos instances européennes paraissent aujourd’hui à peu près aussi c… que la Lune, ayant même été jusqu’à discréditer l’idéal européen. Il fallait le faire. Ils l’ont fait.

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23 novembre 2022

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71 commentaires

  1. Quel bilan pour l’union européenne?
    La paix, on voit ce qu’il en est avec la guerre à nos portes.
    La prospérité, les citoyens s’appauvrissent.
    La démocratie, tout est noyauté par la commission européenne composée de personnels NON ELUS
    c’est aussi l’abandon de la souveraineté des nations.
    Ah oui ce qui fonctionne, et même très bien c’est la libre circulation:
    – des personnes de tout pays et de façon irrégulière pour nombre d’entre elles,
    – des biens, nous sommes inondés de produit fabriqués à l’extérieur de l’Europe,
    – des capitaux, les banquiers s’en frottent les mains.

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