Le père Boulad raconte cette semaine qu’une femme venue se confesser lui a déclaré qu’elle n’avait rien à confesser, n’ayant rien fait. “Vous n’avez rien fait ? Mais c’est là votre faute !”, s’indigne-t-il. “Vous avez le temps, l’argent, et face aux événements et malheurs actuels, vous n’avez rien fait !”

Si n’avait « rien fait » contre l’homme qui voulait la violer, peut-être serait-elle encore vivante. Mais elle a choisi ou risqué, en effet, le sort des jeunes saintes mortes, de sainte Agnès à Maria Goretti, en se défendant contre une tentative de viol.

Alors, pour , Anne-Lorraine Schmitt ne fut en somme qu’une jeune écervelée, confondant pureté du corps et pureté de l’âme.

Citant doctement saint Augustin, qui affirme que le viol n’enlève pas la chasteté de la victime, Millet avance qu’Anne-Lorraine Schmitt aurait “défendu sa pureté au prix de sa vie”, alors qu’en acceptant de faire ce que demandait le violeur, “si elle avait lu de plus près saint Augustin et retenu l’enseignement de la séparation de l’âme et du corps, elle [aurait] eu une chance de sauver sa vie, sans perdre son âme”.

On ne suit pas très bien le raisonnement de Millet. Schmitt est-elle trop catholique ou pas assez ? Trop attachée à la pureté parce que catholique ? Ou trop obsédée par la pureté du corps parce qu’ignorante de la doctrine catholique ?

Catherine Millet, elle, est surtout connue pour ses faits horizontaux (La Vie sexuelle de Catherine M., Seuil, 2001). Sa vie est un combat pour la liberté d’user de son corps. Pas un combat bêtement mortel, mais une lutte adulte et raisonnable. Elle vit donc toujours tranquillement et donne des leçons posthumes à une jeune fille morte.

Catherine Millet est la reine du « même pas mal ». Même pas mal d’étaler son corps puis l’histoire de son corps. Même pas mal d’être violée, se demande-t-elle, puisque l’on en guérit. Seules les folles, les vindicatives, les peine-à-jouir n’en guérissent pas sans doute… Elle donne par là raison aux violeurs.

Le violeur veut un aveu : « Tu vas me laisser faire parce que tu aimes cela, tu n’as pas mal parce que tu es une pute, tu es prête à prouver que les femmes n’ont pas mal, pour sauver ta peau, tu es donc une femme qui vend les autres, et son honneur avec, pour un intérêt matériel, tu es donc prostituée, toutes des catins, moi, je ne fais aucun mal, même si j’en jouis. »

Le violeur veut obtenir la preuve de son bon droit par la soumission, pour mieux recommencer ensuite. L’« incestueur », par le même procédé, fait porter à vie à sa victime enfant le fardeau d’avoir cédé, comme si cela ne faisait « même pas mal ».

Puisqu’on l’a supporté, sous la terreur certes, même sans comprendre, mais pourtant supporté… N’est-on pas témoin que le mal ne fait, n’est, « même pas mal » ? Faux témoignage.

Ne rien faire, laisser faire, laisser croire. Or, fatalement, laisser passer le mal « comme si » il n’en était pas un est mettre d’autres personnes en danger d’être victimes de ce mal-là. À cause de son déni.

L’impureté est là et est une impureté morale.

Saint Augustin affirme que le violeur ne peut pas salir sa victime. Mais il peut mettre la victime devant un choix « diabolique » où le prix de la vie est une forme de mensonge.

Agnès, Maria, Anne-Lorraine, radicales, elles ont préféré dire, jusqu’au bout de leurs forces et en risquant la mort, leur “non”, leur refus de consentir au mal en quoi que ce soit… Elles sont mortes, mais ont agi, vécu leur vie, jusqu’au dernier moment.

D’autres préfèrent une vie couchée, dans tous les sens du mot.

Qui « vit » et qui est « morte » ?

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