Editoriaux - Sciences - 9 janvier 2019

Alunissage réussi sur la face cachée de la Lune : la performance chinoise

Le suspense aura duré jusqu’au bout : la Chine s’est montrée très discrète sur le vol de la mission, et aucune retransmission en direct de l’alunissage n’a été proposée. Des photos ont été publiées, une fois le vaisseau Chang’e 4 posé dans le cratère Von Kármán.

Ni les États-Unis ni l’Europe ni la Russie n’ont exploré la face cachée de la Lune : elle a été survolée plusieurs fois, mais aucune mission ne s’y était posée. Les conditions y sont rudes : +127 °C le jour et -173 °C la nuit.

Les Chinois avaient déjà envoyé, en 2013, sur la Lune le vaisseau Chang’e 3. Celui-ci s’était posé sur la face dite « visible » et y avait déposé le rover Yutu 1 (Lapin de jade 1), inactif depuis 2016.

Cinq ans plus tard, le 3 janvier 2019, le vaisseau Chang’e 4 chargé de Yutu 2 atterrit au pôle Sud, dans le cratère Von Kármán, dans le bassin d’Aitken, cette fois sur la face cachée. Ce côté, dit « obscur », n’est pas plus sombre que le côté qui nous fait face. Seulement, la Lune tournant sur elle-même au même rythme qu’elle tourne autour de la Terre nous présente toujours la même face (visible).

Le bassin d’Aitken, dans lequel évolue le rover, est un cratère d’impact de 2.500 km de largeur sur plus de 12 km de profondeur. C’est le bassin le plus grand de la Lune, et même du système solaire. C’est aussi le plus ancien et le plus profond de la surface lunaire.

Grâce à ses instruments embarqués, le rover va sonder les sols et envoyer des images afin de mieux comprendre la formation de notre satellite. Selon la théorie la plus acceptée à ce jour, une gigantesque collision entre la Terre et une protoplanète (stade premier d’une planète) de la taille de Mars se serait produite, il y a 4,5 milliards d’années, et aurait abouti à la formation de la Lune, qui aurait été, en quelque sorte, « éjectée » de la Terre.

Cette expérience va permettre, également, la surveillance des ondes radio provenant de l’espace lointain. L’étude de ces ondes, infimes traces laissées par le Big Bang, faciliterait sans doute notre compréhension du mécanisme de l’inflation de l’univers (phase d’expansion très violente qui a eu lieu 1 à 30 secondes après le Big Bang.)

Enfin, on sait qu’il y a de l’eau sur la Lune en proportion importante : 10 m2 de sol lunaire suffiraient à remplir un verre d’eau. Mais comment cette eau s’est-elle formée en abondance ? On imagine une réaction entre des vents solaires chargés d’hydrogène et des minéraux du sol, composés d’oxygène. Des analyses faites sur place permettraient de vérifier cette hypothèse.

Il est prévu, également, des expériences biologiques : il s’agira de faire pousser des graines de pommes de terre et d’Arabidopsis (petite plante à fleurs), et de vérifier l’émission d’oxygène par photosynthèse.

L’idée est de pouvoir, prochainement, s’établir durablement sur la Lune et d’y construire un « avant-poste », sorte de relais avant le grand trajet vers Mars.

La position du rover sur la face cachée ne permet pas une communication directe avec la Terre. Les informations transiteront par le satellite chinois Queqiao, en orbite autour du deuxième point Lagrange L2 du système Terre-Lune (500.000 km de la Terre et 65.000 km de la Lune) et qui peut « voir » la Terre et la face cachée de la Lune.

Cette mission, au-delà de la performance technique, est dotée d’un très grand intérêt scientifique. La Chine, un peu à la traîne des avancées scientifiques dans la deuxième moitié du XXe siècle, semble avoir largement comblé son retard. Ses universités fournissent des dizaines de milliers d’ingénieurs spécialisés. N’oublions pas qu’elle vient d’achever la construction de FAST, le plus grand radiotélescope du monde. La Chine a pour objectif de devenir la plus grande puissance spatiale du monde à l’horizon 2040…

À lire aussi

“Mission Mars 2020” : vers des missions martiennes habitées ?

Mars 2020 aura pour mission de rechercher des traces d'une vie disparue qui, si elles exis…