Lundi soir, deux motards de la police ont été percutés volontairement par une voiture. Un acte pour l’instant pas qualifié de terroriste mais dont on sait que l’auteur a fait référence à la bande de Gaza en Palestine… Des jeunes, sur les réseaux sociaux, s’en sont réjouis, faisant le parallèle avec l’affaire de Villeneuve-la-Garenne.

Réaction d’Alexandre Langlois au micro de Boulevard Voltaire.

 

La police est encore une fois au cœur de la tourmente. Quelques jours après les émeutes liées à Villeneuve-la-Garenne, deux de vos collègues ont été filmés en train de proférer des blagues racistes à l’encontre d’un jeune tombé dans le canal qu’ils étaient en train de repêcher.
Quelques heures plus tard, un terroriste a foncé sur deux de vos collègues motards du 92 en proférant des Allah akbar. Il avait un couteau dans sa voiture. Selon les premiers éléments, il aurait déclaré avoir fait cela après avoir visionné des vidéos sur Gaza. Peut-on comparer ces deux faits ?

Ces deux faits n’ont rien à voir. Le comportement de mes collègues concernant les propos racistes est inadmissible. Malheureusement, dans la police, une minorité de personnes est parfois raciste et tient ce genre de propos. Je rappelle qu’en 2010, un de nos collègues s’était suicidé suite à un traitement raciste qu’il avait subi. C’est inadmissible.
Quoi qu’il se passe dans un équipage de police, on ne doit pas s’en servir de prétexte. Je ne vois pas ce que vient faire la bande de Gaza dans cette histoire. Le parquet antiterroriste suit l’évolution de l’enquête. Par conséquent, on ne sait pas encore si c’est un acte terroriste ou non. En revanche, la personne qui a attaqué nos collègues est bien un criminel. On ne s’en prend pas à la vie des personnes quelles que soient les motivations et encore moins à un représentant de l’État.

Suite aux messages sur les réseaux sociaux, de nombreux jeunes se sont réjouis du sort arrivé à vos collègues en faisant un parallèle avec Villeneuve-la-Garenne.
À les entendre, c’est finalement œil pour œil, dent pour dent…

D’un côté, il y a un acte volontaire de foncer sur deux de mes collègues qui font respecter le confinement sur Paris. Et de l’autre côté, un homme dérangeait tout le quartier, roulait sans casque et ne respectait pas le confinement. Ce n’est pas un jeune, car il a trente ans et a l’expérience de la vie. En excès de vitesse, il décide de doubler du mauvais côté du véhicule. Faute à pas de chance, la voiture de police ouvre la portière pour intervenir et cela tombe au moment où il décide de changer de côté. Il se fait donc couper la jambe.
Mes collègues sont immédiatement intervenus pour lui porter les premiers secours et ont appelé les pompiers pour l’emmener à l’hôpital.
Cet homme a foncé sciemment sur mes collègues. Il voulait juste les tuer volontairement. Il n’y a donc aucune comparaison possible.

Les soignants et les policiers ont été en première ligne pour gérer cette période de confinement.
Quel est l’état des forces de l’ordre ?

Comme les soignants, on tient le coup par conviction et par bonne volonté. C’est assez compliqué puisqu’on est pris pour des clowns et on nous met en danger. Cette semaine, un de nos collègues est décédé des suites du coronavirus. 10 000 de nos collègues sont en confinement pour suspicion de coronavirus. Les masques se font toujours attendre. Le Conseil d’État a rejeté notre essai en disant que nous avions des masques et qu’il n’y avait pas de problème en France à ce sujet. C’est une aberration.
Nos collègues continuent de se suicider. D’ailleurs la semaine dernière l’un d’eux s’est encore suicidé. C’est tout de même le 13e suicide depuis le début de l’année. Les policiers ne sont pas en bon état et ils souffrent. On souffre également d’ordre et de contre-ordre. On voudrait faire respecter la loi sur tout le territoire. On nous dit qu’il ne faut pas aller dans certains endroits. C’est assez compliqué de le comprendre. On ne comprend pas non plus pourquoi des gens sortent de prison, alors qu’ils ont commis des actes assez dangereux même s’ils sont en fin de peine. Et à côté de cela, on remet des gens en prison pour non-respect du confinement. On ne comprend pas toutes les logiques utilisées par notre gouvernement. On espère que cela va s’arrêter.
Les actes terroristes se sont poursuivis pendant le confinement. Des attaques terroristes au couteau ont eu lieu. Les effectifs n’ont pas forcément le moral. De plus, nous avons un capitaine d’opérette à la barre qui se prend les pieds dans le tapis, à chaque fois qu’il est auditionné à l’Assemblée nationale et au Sénat.
Monsieur Castaner ment sur l’utilisation des masques, sur les contrôles et sur la répartition.
C’est compliqué d’être dirigé par quelqu’un de non exemplaire, alors que justement, on demande aux policiers d’être exemplaires. Nous attendons la fin de cet épisode pour que la justice reprenne son cours en espérant que les plaintes que nous avons déposées contre notre employeur au pénal et auprès de la Cour de justice puissent aboutir.

 

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