Dix jours après le début du déconfinement, Alexandre Langlois fait le point sur la gestion des forces de l’ordre sur le terrain.

Au micro de Boulevard Voltaire, il évoque la difficulté de faire respecter la loi dans certains quartiers et dénonce, en particulier, le phénomène inquiétant des « rodéos urbains ».

Le déconfinement est effectif depuis une quinzaine de jours. La police, qui avait été grandement mise à contribution pour le respect du confinement, doit désormais accompagner le déconfinement. Quelles sont les consignes ? Comment est-ce géré ?

Depuis le début, tout est aussi mal géré. On nous demande, désormais, d’aller mettre des contraventions aux gens qui font plus de 100 km. C’est tout d’abord impossible à vérifier techniquement sur le terrain, car les gens peuvent dire habiter à tel endroit depuis le confinement. On peut, sinon, se faire des auto-attestations personnelles, qui ne servent pas à grand-chose puisqu’on peut y marquer ce qu’on veut. On a pu constater que, s’il y a eu des endroits en France où le confinement n’avait pas été spécialement respecté, c’est parce que la police n’avait pas les moyens d’y faire son travail. C’est, de toute façon, habituel dans certaines zones dites de « reconquête républicaine ». La situation n’a donc pas tellement changé avec le confinement.

On ne sait plus si vous êtes des auxiliaires du ministère de l’Intérieur ou du ministère de la Santé…

Nous aurions aimé être des auxiliaires du ministère de la Santé, comme nos collègues italiens de la Sécurité civile. Nous aurions distribué des masques à la population, nous aurions aidé pour éviter la propagation du virus, mais nous ne sommes que dans la répression, pas du tout du côté de la prévention. Cela a aussi été très compliqué pour nous d’avoir des masques, et c’est toujours compliqué d’en obtenir. Nous sommes plutôt des auxiliaires des impôts davantage que des auxiliaires de la santé.

Vous avez parlé d’une absence de respect du confinement dans certains quartiers, on voit en ce moment que le politique et le journaliste s’attaquent au phénomène des rodéos urbains qui n’est pas du tout nouveau. Comment le confinement a-t-il été respecté dans ces zones ?

C’est la loi qui n’a tout simplement pas été respectée. On doit pouvoir avoir la même loi sur tout le territoire et elle doit être respectée de la même manière partout. Je pense à toutes les personnes qui sont insupportées par les rodéos, qui vivent dans ces quartiers et qui veulent vivre tranquillement. On les en empêche, et le confinement n’a rien changé, il a aggravé les problèmes qui existaient déjà.

On s’interroge sur le monde de demain. Pour l’écrivain Michel Houellebecq, le monde de demain sera celui d’aujourd’hui mais en pire. D’autres pensent que c’est l’occasion de rebondir. Vu de la police, est-ce que cet épisode peut accoucher de quelque chose de positif sur le rappel du respect des règles et du respect de la loi ou est-ce que rien ne va changer ?

Il n’y a malheureusement pas grand-chose qui va changer parce qu’on a eu des ministres qui ne montrent pas l’exemple. Je pense à M. Castaner, qui est venu voir le déconfinement sur des plages récemment, et qui ne respectait pas lui-même les gestes barrière. Il n’avait pas de masque, il était à proximité d’enfants avec un attroupement de plus de dix personnes autour de lui, donc, en fait, si on a des gens qui ne sont pas exemplaires à la tête de l’État, rien ne peut changer. Pour le moment, notre ministre montre le mauvais exemple à chaque fois qu’il se déplace. Comment faire respecter la loi et demander aux gens de respecter des mesures si vous ne le faites pas ?

À lire aussi

Alexandre Langlois : « Remaniement : le message n’est pas terrible »

Même s’il salue la bonne nouvelle du départ de Christophe Castaner, Alexandre Langlo…