Quand un jeune de banlieue subit un accident mortel au guidon de sa moto et qu’une voiture de police se trouve à proximité, ne cherchez pas plus loin : c’est la faute aux policiers ! Ce genre de raccourci est malheureusement fréquent. Dernier exemple, à Argenteuil, où Sabri, 18 ans, est décédé après avoir heurté, sans casque, un poteau. Pour ses proches, il aurait perdu le contrôle de son engin à cause de la présence d’une voiture de la BAC sur les lieux. Le parquet de Pontoise a bien écarté l’hypothèse d’un choc avec ce véhicule, mais rien n’y fait : la police est forcément coupable, puisqu’elle est la police !

Une marche blanche a été organisée, jeudi, réunissant plus de 2.000 personnes, la famille s’étant rassemblée derrière une banderole portant l’inscription « Lumière(s) pour Sabri ». Le père tient un portrait de son fils et déclare, selon Le Parisien« Je suis très heureux de voir autant de monde. C’est une belle manière de rendre hommage à mon fils. ». Il souhaite que la marche « donne une bonne image de Sabri ». La marche, qui a duré plus de deux heures, s’est effectivement déroulée dans le calme. Mais, depuis dimanche soir, les incidents se multiplient à Argenteuil, entre jeunes et forces de l’ordre. Trois policiers ont été blessés par des tirs de mortier. Une quinzaine de personnes ont été interpellées.

La mort d’un jeune homme, quelles que soient les circonstances, est toujours un drame. Mais la façon dont ce fait divers tragique est exploité par une partie de la population donne à réfléchir. Jamais on ne met en question la responsabilité des auteurs de ces rodéos, qui roulent plein pot dans les rues, sans casque de surcroît. On ne s’interroge pas sur la façon dont ils ont pu acquérir leur engin, ni sur le danger qu’ils font courir à eux-mêmes et aux autres. En cas d’accident mortel, on leur rend hommage, comme à des héros.

On prend moins de gants avec la police, même si elle n’intervient pas directement. De quoi se mêle-t-elle ? N’a-t-elle pas compris qu’elle doit laisser le champ libre aux distractions d’une jeunesse oisive ? On est chez nous, leur crie une population hostile. La police a beau ne faire que son travail, le ministre de l’Intérieur prend rarement sa défense. C’est ainsi que, dans certains quartiers, on encourage les auteurs de violences urbaines, comme si leurs actes étaient justifiés.

Ce même jeudi, plusieurs centaines de manifestants, devant l’hôpital Robert-Debré, réclamaient des « lits et du fric pour l’hôpital public ». Quelle indécence, n’est-ce pas ? Une cinquantaine de verbalisations à 135 euros, selon une source policière, trois interpellations pour refus de se disperser. N’ont-ils pas honte, ces semeurs de troubles ? Certes, les soignants étaient soutenus par des élus, comme le député LFI Éric Coquerel ou le sénateur communiste Pierre Laurent, qui ne sont généralement pas les derniers à dénoncer le zèle des policiers dans les banlieues. Mais tout de même ! Force est de constater qu’ils n’ont pas droit à autant d’égards qu’à Argenteuil.

Une fois de plus, nos dirigeants font la preuve de leur laxisme face aux violences urbaines. Ils prennent mille précautions pour ne pas froisser une population majoritairement d’origine immigrée, ce qui incite ses éléments les plus extrêmes à défier davantage leur autorité. Quand on connaît la façon dont la Justice traite ensuite les délinquants que la police appréhende, on en vient à se demander s’il ne vaut pas mieux, en France, se livrer à la violence, dans certains quartiers de banlieue, que de contester légitimement l’impéritie du pouvoir dans la crise sanitaire.

22 mai 2020

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