Editoriaux - 29 décembre 2018

Alexandre Benalla, encore là où on ne l’attend pas !

Alexandre Benalla, c’est l’ABC de la débrouillardise, un maestro ingénieux de la roublardise, un expert en usurpation, l’Arsène Lupin de la diplomatie !

L’actualité l’avait abandonné après sa comparution, au mois de septembre, devant la commission sénatoriale, malgré sa suspicion de mensonge sous serment. Dans le brouhaha médiatique super-jaune qui a ensuite chargé les antennes et les rotatives, on pensait la chose réglée, voire jugée sans ténor du barreau, dans la confidentialité ouatée d’un prétoire correctionnel ?

Las, las, Mediapart et quelques autres fouinaient toujours. Et ils nous révèlent que le gentleman démarcheur s’était recyclé depuis Londres dans des affaires internationales, mais usant d’un passeport diplomatique français. D’ailleurs, son nouveau sponsor – ou support, ou vice versa -, un certain Philippe Hababou Solomon, Franco-Israélien se disant spécialisé dans la “diplomatie privée” (sic), le formait à cette ingénierie compliquée mais prometteuse des investissements africains par des magnats du pétrole moyen-orientaux.

Le précieux coupe-file à la couverture bleue, comme son épais carnet d’adresses chargé durant son passage au cabinet élyséen, lui permettaient d’accéder directement à des chefs d’État plus vite et plus discrètement qu’un président de la République, encombré du protocole, des services de protection et éventuellement de son épouse…

Mais je reviens au sujet de la polémique présente : la détention illicite d’un passeport diplomatique. Les informations confuses parlent de deux passeports rendus, selon l’intéressé, après son éviction du cabinet, mais que personne, apparemment, n’avait songé à reprendre ! Plus compliqué à saisir, celui utilisé lors des déplacements récents aurait été délivré le 24 mai 2018, soit plus de trois semaines après la mise à pied décidée par l’Élysée – ce qui ferait donc trois émis au bénéfice de ce citoyen d’exception ?

Certes, pour voyager sereinement dans des pays différents qui ne se tiennent pas en odeur de sainteté, l’utilisation de documents différents où n’apparaissent pas les visas redoutés ou honnis est d’usage. Ce qui rend leur détention encore plus précieuse. Et devrait donc maintenir une attention d’autant plus vigilante par les services les ayant délivrés.

Dans cette affaire, la « nonchalance », sinon la complicité des Affaires étrangères, questionne le quidam ordinaire. D’ailleurs, une députée LREM elle-même – signe d’une certaine désillusion contagieuse dans les rangs de la majorité – dénonce “une faute” et un “dysfonctionnement” des services de l’Élysée. Les dénégations du Palais indiquant avoir demandé – mais pas exigé ? – au Quai d’Orsay de “procéder aux démarches nécessaires afin que ces passeports soient restitués et ne puissent plus être utilisés”” après le licenciement de l’intéressé, au mois de juillet, ne sont guère convaincantes !

Avec le retour de Benalla sur la scène publique, c’est le sparadrap sur le gilet jaune du capitaine Macron ?

Et ça fait beaucoup pour la saison !

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