Editoriaux - Politique - 17 février 2019

Alain Juppé, champion des mauvais buzz

Pendant trois jours, il a été en tête, champion du buzz. Quelle revanche pour ce mal-aimé, cet éternel second ! Mais dès qu’on regarde derrière les éloges plus ou moins sincères de ses derniers partisans ou de ses nouveaux adoptants (Richard Ferrand) et les « bons débarras » à peine voilés des LR de la génération Wauquiez (Aurélien Pradié), le bilan de ce buzz est assez accablant pour le maire de Bordeaux. En dehors des considérations politiques sur les renvois d’ascenseur entre Macronie et Juppéie, plusieurs réalités ont fait le buzz.

D’abord, en cette période où le grand débat a remis sur la table les cumuls de rémunérations des anciens Présidents qui siègent au Conseil constitutionnel, l’arrivée d’Alain Juppé, quittant un traitement de 3.694 euros bruts en tant que maire de Bordeaux (mais qui grimpait à 8.435 euros avec la présidence de Bordeaux Métropole) pour accéder à un 13.300 euros nets auquel il pourra ajouter ses multiples retraites, sans écrêtement ni limite, ne redore ni son blason ni celui du pouvoir. L’Obs a calculé qu’il devrait toucher plus de 23.000 euros mensuels. De quoi rivaliser avec son compagnon de route Jacques Toubon, dont les 30.000 euros ont été révélés le mois dernier.

Ensuite, bien des internautes sont revenus sur sa double condamnation, en première instance puis en appel, pour prise illégale d’intérêts dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, beaucoup faisant remarquer que cela posait question pour siéger dans l’une des plus hautes juridictions françaises.

Justement, quand on se souvient du buzz qu’avait déjà suscité cette condamnation en appel et son retrait de la vie politique, très provisoire, on se rend compte que la carrière d’Alain Juppé a été une succession de mauvais buzz sanctionnant une série constante de sorties, de départs, de défaites. Passée la consécration de Matignon en 1995, il enchaîna :
– le naufrage du septennat de Jacques Chirac, avec son plan et son « droit dans mes bottes » qui déclencha le mouvement social de décembre 1995 et une paralysie du pays pendant un mois ;
– la dissolution ratée de juin 1997 ;
– la condamnation de 2004 ;
– sa défaite personnelle aux législatives de 2007 dans sa circonscription de Bordeaux centre et sa démission du gouvernement au bout d’un mois ;
– l’humiliation de la primaire en novembre 2016 ;
– ses hésitations et son incapacité à évincer François Fillon en mars 2017 après l’affaire Pénélope ;
– et, donc, couronnement de ces départs ou de ces renoncements aigris, cette entrée au Conseil constitutionnel.

Qu’Alain Juppé déplore, aujourd’hui, un climat délétère s’explique peut-être aussi par une déception devant cette constance dans l’inaccomplissement.

Quant à ses 25 ans à Bordeaux, qui sont d’ordinaire placés dans l’autre plateau de la balance, l’arrêt sur image de cet hiver 2019, avec un centre-ville boboïsé assiégé par des milliers de gilets jaunes manifestant systématiquement devant le palais Rohan, le renvoie aussi à ses responsabilités de décideur local et national.

Les gilets jaunes n’ont pas chassé Emmanuel Macron de son palais. Mais, avec Juppé, ils ont eu un lot de consolation. Car cette fuite dorée est quand même une fuite. L’intéressé part satisfait. Avec un mot d’aigreur comme il se doit. Constant jusqu’au bout.

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