Personne n’a oublié. Le 13 février dernier, , candidat à la présidence de la République, alors en visite à Alger, accusait notre pays de crime contre l’humanité. Terrible allégation qui sonnait comme une gifle retentissante administrée à la France dans son ensemble, et à nos pieds-noirs en particulier.

Cinq jours plus tard, à Toulon, il ajoutait encore au désarroi et à la confusion en tentant de recycler théâtralement le (trop) fameux “Je vous ai compris” du . Les pieds-noirs reçurent cette comédie comme un redoublement de l’offense – une gifle sur l’autre joue, en quelque sorte. Et comment en eût-il été autrement ? Chacun sait quelle mortelle ambiguïté se cachait sous ces quatre mots lancés depuis l’hôtel de ville d’Alger, le Général laissant penser à ses auditeurs qu’il voulait conserver l’Algérie dans le giron français, alors qu’en son for intérieur, il avait résolu l’inverse. On ne fera pas à Emmanuel Macron l’injure de croire qu’en reprenant cette petite phrase, il n’était pas conscient de sa machiavélique duplicité. Aussi doit-on s’interroger sur ses véritables intentions. Apaiser la colère des patriotes, c’était sans doute l’urgence du moment, mais si l’on pouvait en plus savourer l’exquis plaisir de paraître offrir des excuses tout en redoublant secrètement l’insulte, pourquoi s’en priver ? Il est des pompiers pyromanes… Peine perdue : le Cercle algérianiste a déposé plainte.

N’importe : en captant ainsi, fût-ce maladroitement, et avec un zeste de ridicule, la gestuelle et la phraséologie d’un personnage qui fut (quoi qu’on en pense par ailleurs) un homme d’État de première grandeur, l’ex-ministre de François Hollande espérait probablement se donner à lui-même une stature comparable. C’est si vrai que le philosophe Marcel Gauchet revenait, samedi dernier au micro d’Alain Finkielkraut, sur la supposée dimension gaullienne d’Emmanuel Macron. Il pointait deux ressemblances entre l’homme du 18 juin et celui qui espère bien être l’homme du 7 mai prochain : l’adresse directe au peuple et la recherche d’un compromis droite-gauche. Rien de bien original, à vrai dire, et la comparaison s’arrête là, tellement il saute aux yeux que ce de Gaulle en herbe flotte et grelotte dans des vêtements trop grands pour lui.

Quand on voulait, naguère, s’excuser de « comparer les petites choses aux grandes », on puisait dans l’inépuisable Virgile : si parva licet… C’était au temps pas si lointain où l’enseignement de l’arabe, langue du Coran, n’était pas encore en passe de supplanter celui du latin, langue de l’Énéide. Un « petit remplacement » qui ne doit pas être pour déplaire, gageons-le, à nos macroniens de tout poil qui ne cessent de chanter les vertus de ce qu’ils nomment multiculturalisme, c’est-à-dire en réalité l’effacement et l’écrasement progressifs de la culture française, laquelle d’ailleurs n’existe pas, selon le président d’En Marche ! (!) Encore un point qui le situe à cent lieues de son prestigieux modèle.

5 mars 2017

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