Mohamed Merah ne sera jamais jugé, puisque les policiers du RAID ont, de quelques balles bien placées, mis fin à la série de massacres qui l’ont rendu tristement célèbre.

On peut le regretter, se demander si, véritablement, il était nécessaire de l’abattre, si un procès n’aurait pas été préférable. Mais les faits sont là. En revanche, le procès qui commençait à Paris le 2 octobre, devant la cour d’assises spéciale, promet d’être intéressant et, espérons-le, couronné d’une lourde condamnation.

Le principal accusé est Abdelkader Merah, le frère du terroriste musulman. Un homme décrit par les enquêteurs comme le « mentor idéologique » de Mohamed. Il aurait apporté à son cadet une aide active lui permettant de perpétrer les attentats qui ont fait sept morts, dont trois enfants juifs et trois militaires, courant 2012.

La presse et tout ce que le pays compte de bonnes consciences nous ont décrit Mohamed Merah comme un « loup solitaire ». C’est un peu rapide et facile, pour tenter d’exonérer l’influence des nombreux musulmans radicaux qui gravitaient autour de lui. Sans doute pour ne pas stigmatiser une communauté. Pourtant, c’est bien vers les milieux qu’il faut se tourner pour comprendre d’où venait l’assassin. Des milieux que son frère fréquentait, de même que les frères Clain, impliqués dans les attentats du Bataclan. Violent, selon ses proches, Abdelkader a effectué plusieurs séjours au Caire dans un institut religieux à partir de 2010. Comme son frère, il était suivi par les services de renseignement à cause de ses activités islamistes.

Bien entendu, l’accusé nie tout lien avec les crimes de son frère. Et va jusqu’à nier avoir été au courant de ses projets, alors qu’on lui reproche notamment le vol du scooter utilisé par Mohamed Merah. Compte tenu du retentissement de cette affaire dans l’opinion publique, de sa médiatisa tion et de la particulière barbarie de son auteur, il est probable que la cour d’assises ne se laisse abuser ni par des dénégations de petite racaille, ni par le talent oratoire de Me Dupond-Moretti qui le défend.

Pourtant, le véritable procès n’aura pas lieu. Le procès d’un État qui n’a jamais pris les mesures nécessaires pour mettre hors d’état de nuire les individus capables de préparer de tels attentats. Il est facile de crier haro sur les services de renseignement : ils ont sans doute leurs faiblesses, mais sont surtout dépourvus des moyens nécessaires pour surveiller tous les suspects. D’autant plus qu’on leur demande aussi de garder un œil sur le risque principal : la mouvance « d’ » qui, on le sait, se signale chaque jour par ses actes de et ses crimes.

Le véritable procès devrait être celui de ceux qui, depuis des décennies, désarment notre pays. Désarmement matériel, désarmement humain, désarmement moral surtout. Pour des raisons tenant autant à la basse cuisine électorale qu’à la nécessité de disposer d’une main-d’œuvre servile et bon marché, ils ont encouragé une sans contrôle, permis l’émergence de l’ et réprimé sans pitié toute velléité de critique, d’analyse, voire de simple observation du phénomène. Ce sont ces gens-là qui, au premier chef, sont responsables des crimes de Merah.

Qui le clamera, au procès de ses complices ?

3 octobre 2017

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