Editoriaux - Politique - Société - 15 février 2020

Affaire Griveaux : ne dites pas ce que je fais…

L’affaire Griveaux est présentée comme un danger pour la démocratie. Non sans raisons, mais lesquelles ?

Cette atteinte à la « vie privée » n’a pas pour origine l’espionnage mais des images prises et transmises par l’intéressé, puis publiées dans le but de dévoiler l’hypocrisie d’un candidat qui se donnait une fausse apparence.

La « vie privée » des candidats ne devrait pas influer sur le choix des électeurs, disent les journalistes agréés. Mais alors, pourquoi M. Griveaux a-t-il retiré sa candidature (à moins qu’il n’ait saisi l’occasion d’esquiver un scrutin perdu d’avance) ? Et pourquoi la loi oblige-t-elle les hommes politiques à publier l’état de leur patrimoine, alors qu’il est illégal de divulguer les revenus et les économies de chacun ?

Cette publication a pour but de prévenir la corruption. La fraude morale serait-elle donc moins grave que la fraude fiscale ?

Le mariage, qui fait l’objet d’une publication de bans, est inscrit à l’état civil. L’adultère, qui n’est plus un délit, reste une faute. Quand un candidat se présente sous la fausse apparence d’un bon père de famille, il a l’intention de tromper, puisque la réalité des faits est de nature à rebuter les électeurs. Dont, par conséquent, il fausse le choix.

Cet aspect des choses, dit-on, ne devrait pas être un critère de choix. Si l’élection était un gage de compétence, il faudrait élire les chirurgiens et les pilotes de ligne. Mais les électeurs sont libres de se déterminer d’après toutes sortes de critères qui, ailleurs, serait considérés comme discriminatoires. Ils ont même le droit de considérer, à l’instar de Montesquieu, que si la valeur essentielle de la monarchie est l’honneur, celle de la démocratie est la vertu.

Mais il y a plus. M. Griveaux, ancien ministre, briguait un siège de premier magistrat d’une grande ville, une capitale. Croit-il que tous ceux qui captent ses conversations ont pour seule intention de dénoncer son hypocrisie et celle de ses semblables ?

Les conversations privées du prince de Galles furent diffusées par les services secrets de son propre pays. M. Hernu, à qui sa « vie privée » agitée coûtait fort cher, fut, selon L’Express, recruté par les services secrets soviétiques… et finit ministre de la Défense ! Dans Le Retournement, on lit sous la plume de Volkoff : « Vous ne croyez tout de même pas que les appareils photographiques dissimulés dans les murs n’existent que dans les romans d’espionnage ? »

Nul doute que le recueil de faits compromettants est une activité florissante. Quelques bénévoles s’en servent, peut-être pas pour le meilleur, pour alimenter de vulgaires « réseaux sociaux ». D’autres pour faire chanter ceux qui voudraient qu’on ne les publiât point. C’est moins tapageur, mais sûrement pour le pire.

Tromper les électeurs met la démocratie en danger, surtout quand les faits qu’on dissimule révèlent non seulement la turpitude, mais la légèreté de ceux qui parviennent au pouvoir en cumulant deux vices, en principe, contradictoires : l’hypocrisie et le cynisme.

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