Accueil Culture Adoption du rapport Benbassa : oui, notre société est multiculturelle !

Adoption du rapport Benbassa : oui, notre société est multiculturelle !

Rendu voilà à peine dix jours, le rapport des sénateurs Esther Benbassa (EELV) et Jean-René Lecerf (UMP) sur les mesures à adopter pour lutter en France contre les discriminations a été adopté ce mercredi.

La commission des lois vient donc d’avaliser ce texte et d’autoriser sa publication. Il est le fruit de 18 mois de préparation, les deux sénateurs s’étant entretenus « avec une quarantaine de personnes, dont 14 universitaires, des institutionnels et quelques personnes du monde religieux ». Bien que sujet également à des débats houleux lors de sa présentation le 5 novembre dernier, « le rapport a été adopté mais il y a eu des votes contre, plusieurs abstentions, et c’est rare », dit la sénatrice.

Le nouveau gouvernement Hollande s’étant engagé dès son arrivée à « revoir sa politique d’intégration et de lutte contre les discriminations », il a été demandé aux élus de trouver des pistes dans ce sens. Dans celles retenues, trois sont essentielles. La première qui visait à autoriser les statistiques ethniques ayant déclenché la fureur de certains qui craignaient qu’elles ne servent la discrimination plutôt que de lutter contre, les rapporteurs l’ont revue à la baisse. Pas question d’enquêter sur l’islam des prisons ou de chiffrer la prévalence des gens du voyage dans le vol à la roulotte ou celle des Corses dans les crimes de sang ; il s’agira seulement d’« introduire une fois tous les cinq ans, dans le recensement, une question sur le pays de naissance des ascendants et la nationalité antérieure afin d’obtenir des résultats mesurables sur l’ampleur des discriminations et leur déploiement ».

La seconde mesure, qui nous paraît de strict bon sens, est d’« assurer l’enseignement du fait religieux au cours de la scolarité en dispensant la formation nécessaire aux enseignants ». C’est là l’un des points litigieux du rapport, et quitte à me prendre de la part de certains lecteurs une volée de bois vert ou d’injures, je défendrai cette mesure au nom de la « culture générale ». Explication par l’exemple. Il y a quelques années, j’ai rencontré une jeune femme, Sicilienne d’origine, qui terminait son doctorat de sociologie. Thésarde, elle était chargée de TD à la Sorbonne. La conversation roulant sur les « nouveaux publics » auxquels elle était confrontée, elle m’avoua en rigolant que non seulement elle ne connaissait rien à l’islam, mais rien non plus à la religion chrétienne dont son île natale était pourtant pétrie ! Question : comment peut-on prétendre étudier et comprendre les sociétés (le principe de la sociologie) en ignorant tout des religions des hommes ? C’est, je le crois, un enseignement indispensable aujourd’hui : histoire, histoire des religions, histoire de l’art, histoire des sciences… tout est mêlé, et la spiritualité comme la foi de chacun n’ont rien à voir là-dedans.

Troisième point, enfin, que soulèvent les rapporteurs : « Conférer une base légale à la pratique des carrés confessionnels dans les cimetières. » Là encore, cela semble une mesure de pur bon sens. En cause, essentiellement, le faible nombre de « carrés musulmans » dans nos cimetières : moins de 200 sur tout le territoire, la plupart étant en Île-de-France, pour une population de près
de 5 millions de personnes. Ce qui contraint souvent nos concitoyens musulmans à renvoyer leurs morts vers le pays d’origine pour qu’ils puissent y recevoir une sépulture conforme à leur religion.

L’inhumation de chacun selon sa croyance et ses rites n’est pas une faveur, c’est un droit de notre monde laïque. La société l’a d’ailleurs intégré, qui voit par exemple la crémation, impensable hier, se banaliser, y compris chez les catholiques pratiquants.

On peut le déplorer mais le fait est là : nos sociétés sont réellement devenues multiculturelles. On ne peut en tirer profit quand cela nous arrange (manger thaï, chinois, indien ou brésilien…) et le rejeter quand cela nous froisse (la pratique religieuse et ses rituels).

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