Editoriaux - Justice - Religion - 4 juin 2019

Abus sexuels au sein de l’Église : l’heure de l’enquête

Il était temps. Lundi, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) a lancé un appel national aux victimes d’abus sexuels de la part des membres du clergé afin qu’ils témoignent. L’Église, atrophiée par les débâcles au sein de son institution, sort de son silence et se démène pour que justice soit rendue.

L’ancien vice-président du Conseil d’État Jean-Marc Sauvé préside la commission en question, qui a été créée en février 2019. Elle s’engage dans un travail tant périlleux qu’indispensable qui est la récolte de témoignages des victimes de membres du clergé depuis 1950. Le communiqué de l’Église appelle à l’écoute et est on ne peut plus clair sur la finalité de la démarche : « Permettre aux victimes d’accomplir un travail de vérité. La première priorité de la CIASE est donc de faire en sorte que puisse être exprimée et recueillie la parole de ceux qui ont souffert en personne ou qui sont en capacité de témoigner d’abus sexuels, afin que puisse se développer un travail de reconnaissance et de mémoire. » La commission s’engage à suivre, à considérer et à aider les victimes, en partie grâce à un partenariat avec France Victimes, à recueillir des témoignages par enquête et à auditionner les victimes.

Vingt-deux membres, dont dix femmes et dix hommes, y siègent. Ils sont âgés de 38 à 75 ans, et si certains sont croyants de diverses confessions, d’autres sont athées. Dans un désir de rigueur et de travail scientifique, aucun prêtre, aucun religieux et aucune victime ne fait partie du bureau. Sont mis en avant des spécialistes du droit, des professionnels de santé, des professionnels du champ social et de l’éducation et des théologiens. À la fin de l’année 2020 sera remis un rapport public de l’enquête sociale qui a vocation à lever le voile sur les brebis égarée de l’Ecclesia romana.

Ces derniers temps, les abus commis par une minorité du clergé intéressent les médias et le cinéma. Le film franco-belge Grâce à Dieu relate, de façon juste, le combat judiciaire mené par des victimes d’abus sexuels sur mineurs dans l’Église (néanmoins, le réalisateur semble avoir omis la présomption d’innocence du cardinal Barbarin). En avril dernier, Benoît XVI a attribué les dérives sexuelles du clergé à Mai 68 et aux nombreuses réformes post-Vatican II. Inéluctablement, les dires de l’ancien souverain pontife ont fait l’objet de consternations et de critiques. Les déboires des clercs cristallisent l’affaiblissement de l’Église. Celle-ci, pour beaucoup, n’aurait aucune légitimité à se positionner dans des sujets sociétaux tels que ceux sur la PMA ou l’IVG, compte tenu des affaires judiciaires qu’elle traîne avec peine.

Cette « grande enquête » permettra, espérons, d’en terminer avec ce fléau qui fragilise l’Église depuis beaucoup (trop) d’années. Du côté des victimes, il s’agit de mettre fin à l’omerta qui non seulement complique la cicatrisation de leurs griefs, mais aussi empêche la condamnation des coupables, faute de témoignages. Les victimes ont cette lueur d’espoir légitime : que les responsables expient leurs crimes après un mea culpa attendu et plus que jamais primordial, compte tenu de leur infamie et de leur indignité.

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