Editoriaux - Education - Histoire - Polémiques - 25 mars 2019

À Verdun, le maire semble avoir l’indignation sélective

En 2016, pour la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun, nous avions échappé de peu à un concert de Black M, rappeur homophobe et francophobe. Concert (proposé, rappelons-le, par l’Élysée) alors remplacé par une scénographie « sportive ». Où, dans le cimetière, des jeunes en jeans et tee-shirts, rigolards, couraient entre les tombes avant de s’amuser à faire la guerre au son des Tambours du Bronx.

En 2018, nous échappions, en partie, à l’absence d’hommage aux maréchaux de la Grande Guerre.
En 2019, les lycéens, eux, n’échapperont pas à la nouvelle mouture de leurs manuels. La boucherie de Verdun ? Exit des programmes scolaires !

Nous en sommes là : d’un côté, le rabâchage culpabilisateur de la traite transatlantique, de la colonisation, en même temps que l’enseignement des conquêtes musulmanes dont on édulcore outrageusement les aspects guerriers. Et, de l’autre, un coup de poignard à nos poilus qui se sont et ont été sacrifiés pour sauver la patrie. Au fait, qu’en pensent les descendants des 45.000 tirailleurs sénégalais qui, eux aussi, se sont fait trouer la peau pour sauver notre pays ? Vont-ils participer à la “nouvelle bataille de Verdun”, comme l’appelle L’Est républicain ? “Celle de sa mémoire pour les générations futures d’élèves”.

En effet, le quotidien nous apprend qu’“une motion a été adoptée à l’unanimité par le département”. Claude Léonard, le président du conseil départemental, regrette cette décision du Conseil supérieur des programmes parce que “tous les stigmates de cette guerre sont encore visibles pour des élèves en Meuse, notamment à l’Ossuaire”. Ce qui est, en effet, une réalité flagrante. Et pour le maire de la ville et conseiller départemental Samuel Hazard, cette décision inique, c’est “une deuxième mort pour nos soldats, en territoire sacré et martyr”.

“Sacré”, “martyr”, quelles poignantes évocations ! Rappelons, quand même, qu’il y a trois ans, le maire se résolvait à annuler le concert du rappeur, non pas en raison des termes “kouffars” (mot qui, selon lui, signifiait “se voiler la face”) ou “youpin” (en gros, il ne le considérait pas comme péjoratif) scandés dans les textes du rappeur, mais parce que la “polémique d’ampleur sans précédent” risquait d’entraîner des “troubles à l’ordre public”. Il est vrai qu’à droite, on était monté au créneau…

S’émouvoir, en 2019, de la disparition des poilus de Verdun des manuels scolaires mais n’avoir rien trouvé à redire, en 2016, à la proposition du sommet de l’État à inviter un rappeur qui “baise la France”, et avoir été l’un des codécideurs de sa venue à Verdun* : n’y aurait-il pas un truc qui cloche, dans la tête de l’édile socialiste ? Juger, sous François Hollande, son idée tout à fait acceptable mais s’insurger, sous Macron, contre le caviardage de l’Histoire ne relève-t-il pas d’une indignation à géométrie variable ? On n’ose croire à un calcul électoraliste…

* À l’époque, la Mission du centenaire avait assuré que la décision de faire venir Black M avait été prise par l’agglomération du Grand Verdun, dont le président n’était autre que le maire de Verdun…

NDLR : Face à la polémique, Jean-Michel Blanquer a affirmé, dimanche, dans un tweet que “la bataille de Verdun sera évidemment étudiée en 1ère”.

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