Editoriaux - 25 mars 2019

Encore un pas vers l’islamisation de la Turquie : la basilique Sainte-Sophie renommée « mosquée » ?

L’ancienne basilique Sainte-Sophie d’Istanbul, convertie en mosquée au quinzième siècle, puis transformée en musée en 1934 sous le régime laïque de Mustafa Kemal, pourrait bien redevenir la « mosquée Sainte-Sophie », après les élections locales du 31 mars. Une annonce en rapport avec des élections qui s’annoncent serrées, mais qui en dit long sur le régime islamique que le président Erdoğan installe progressivement.

Interrogé sur une éventuelle gratuité du musée Sainte-Sophie, le chef de l’État a déclaré à la télévision : “Ce n’est pas impossible […]. Mais nous ne le ferons pas sous le nom de “musée” mais de “mosquée Sainte-Sophie””, ajoutant : “Les touristes vont et viennent à la Mosquée bleue, est-ce qu’ils payent quoi que ce soit ? […] Eh bien nous ferons pareil à Sainte-Sophie.” Depuis son arrivée au pouvoir, en 2003, les activités liées à l’islam se sont multipliées à l’intérieur de la basilique (lecture de versets du Coran, prières collectives), mais cela ne suffit pas à satisfaire les musulmans les plus intégristes.

Erdoğan n’est sans doute pas le seul à faire des promesses en période électorale, pour s’assurer la victoire. Si, à ses débuts, il s’est éloigné de l’idéologie des Frères musulmans, il a vite oublié les principes démocratiques pour promouvoir une nouvelle Turquie où islamisme et nationalisme font bon ménage. Après le coup d’État manqué de juillet 2016, le régime s’est considérablement durci (purges et emprisonnements arbitraires, extension des pouvoirs du président, islamisation…), ce qui ne l’empêche pas d’être toujours candidat à l’adhésion à l’Union européenne.

La crise que connaît aujourd’hui l’Europe semble éloigner une telle perspective mais, dans les années à venir, elle pourrait redevenir d’actualité. À moins que les dirigeants européens n’aient le courage de dire publiquement que cette adhésion ne sera jamais possible et que seuls des accords de coopération peuvent être envisagés entre pays de cultures si différentes. Mais certains continuent de penser que, par sa position intermédiaire entre l’Occident et les pays arabo-musulmans, la Turquie est un allié stratégique qu’on ne peut négliger, d’autant plus que son armée est la plus importante de l’OTAN, après celle des États-Unis.

Qu’on soit ou non favorable à une Union européenne, profondément transformée dans son fonctionnement, on ne peut négliger le fait qu’une adhésion de la Turquie ferait de ce pays, par sa démographie, l’une des grandes puissances, au même titre que l’Allemagne, la France ou l’Italie. Et de l’islam la troisième religion d’Europe, après les catholiques et les protestants. Quand on sait qu’une majorité des immigrés actuels sont de confession musulmane, on peut, à juste titre, s’inquiéter d’une telle éventualité.

Ce n’est pas être islamophobe de reconnaître la difficulté à concilier les cultures judéo-chrétienne et islamique. C’est être réaliste. Si la Turquie n’applique pas officiellement la charia, elle fait entrer progressivement dans les mœurs une version « douce » de la loi islamique. L’annonce du président Erdoğan confirme, s’il en était besoin, qu’il serait irresponsable d’envisager encore l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

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