Macron fait sa rentrée au son du canon

Emmanuel Macron a reçu plusieurs chefs de partis et candidats à la présidentielle, sur fond de tensions internationales.
Capture d'écran YT Présidence de la République
Capture d'écran YT Présidence de la République

Ce vendredi matin 18 septembre, Emmanuel Macron a donc fait sa rentrée, histoire de rappeler qu’il existe encore et qu’il compte bien, jusqu’au bout, faire valoir son droit, qui n’en est pas un constitutionnellement parlant, sur le domaine dit « réservé » du président de la République : l’international. Il est vrai que la situation internationale connaît une « dégradation rapide », selon les propres mots employés par le chef de l’État lors de la conférence de presse qu’il a donnée après avoir reçu les chefs de partis représentés à l’Assemblée nationale ainsi que les principaux candidats déclarés à l’élection présidentielle, selon une formule qu’il avait déjà employée à Saint-Denis en 2023 : le « format Saint-Denis » ! Une réunion destinée à informer ces responsables politiques sur cette situation internationale et ses conséquences pour la France.

Un format à géométrie variable...

Puisqu'il permet à l’Élysée de convier qui il veut. Ainsi, Raphaël Glucksmann, dont le parti Place publique - une coquille vide - était présent au titre de sa candidature à la présidence. On avait cru comprendre qu’il était d’abord candidat à la primaire organisée par le Parti socialiste. PS qui était d’ailleurs, lui aussi présent à cette réunion, au titre qu’il possède un groupe à l’Assemblée. C’est Olivier Faure qui le représentait, lui aussi candidat à cette primaire socialiste… En revanche, ni Nicolas Dupont-Aignan, ni David Lisnard, ni Éric Zemmour n’étaient conviés à ce « breafing » aux accents quasi guerriers.

« Dégradation rapide » de la situation internationale

Donc, « dégradation rapide » de la situation internationale. Effectivement : d’un côté une guerre qui n’en finit pas entre l’Ukraine et la Russie et dans laquelle nous semblons nous acheminer à pas de moins en moins feutrés, pour ne pas dire au pas cadencé, vers la cobelligérance ; de l’autre une situation au Moyen-Orient avec le blocage d’Ormuz et maintenant celui de Bab el-Mandeb et ses effets qui se font sentir très concrètement lorsque nous passons à la pompe. Pour ce qui est du « front de l’est », on en est actuellement au stade de ce que Macron qualifie des « attaques hybrides russes » dans plusieurs pays de l'Union européenne. Attaques qui se multiplient selon lui, comme celle, notamment, d’un drone explosif, la semaine dernière à l’aéroport de Leipzig en Allemagne.

« Breafing »

Pour « breafer » les responsables politiques, Emmanuel Macron avait fait venir les directeurs de la sécurité extérieure (DGSE), intérieure (DGSI), du renseignement militaire (DRM), de l’Énergie (DGEC) ainsi que le secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN). Donc du très lourd. Une façon pour Macron (Lecornu était présent mais on a déjà oublié qu’il était Premier ministre, constitutionnellement responsable de la défense nationale) de montrer qu’il ne se moque pas de ces responsables politiques, mais aussi, et peut-être surtout, de théâtraliser, dramatiser la situation, à l’avantage, évidemment, du deus ex machina de l’Élysée.

Il a été précisé que cette réunion était « confidentielle ». Mais sachant que, stricto sensu, si l’on s’en tient aux textes, la plupart des responsables politiques présents autour de cette table n’ont « pas à en connaître », n’étant pas en responsabilité, on n’imagine pas qu’on ait pu leur révéler d’imminents secrets. On notera d’ailleurs le commentaire assez laconique du candidat Bruno Retailleau, à la sortie de cette réunion, confiant « n’avoir rien appris de très précis », ajoutant, cependant : « Ces réunions sont quand même intéressantes. Ça permet d’avoir des échanges, parfois d’avoir telle ou telle information ». Très bien. Mais rien de plus ?

Installer la dramaturgie

Si. On aura compris, à entendre Éric Ciotti et Jordan Bardella, à la sortie de cette réunion, ainsi qu’Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse, qu’il ne faut pas s’attendre à une baisse du prix de carburant de sitôt. Pas question de baisser la TVA, en tout cas. Emmanuel Macron, dans sa conférence de presse, a lourdement insisté sur le fait que la France n’était pas à l’origine du conflit dans le Golfe et que cette augmentation du prix des carburants n’est pas de son fait. Certes. Comme l’a bien résumé une consœur du Parisien interrogeant le Président, on a eu, comme « un grand sentiment d’impuissance ».

Alors, cette réunion pour quoi faire ? Bien sûr, pour Macron, l’occasion de se replacer au centre du jeu. Mais aussi, sans doute, un moyen d’installer la dramaturgie à quelques jours de débats qui s'annoncent houleux autour du projet de loi de finances (PLF) 2027. Vous n’allez tout de même pas faire tomber le gouvernement alors que la guerre frappe à nos portes ?

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

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