[ÉDITO] De bon matin, coup d’État médiatique à France Inter

Le drapeau de la liberté d’expression a été mis en berne pendant deux petites minutes, sur le service public français.
Capture d'écran France 5
Capture d'écran France 5

Faut-il privatiser l’audiovisuel public ? C’est en tout cas ce que promet de faire le Rassemblement national s’il accède au pouvoir. Notez bien que Charles Alloncle, dans son rapport parlementaire sur l’audiovisuel public, ne va pas jusque-là. Jusqu’à ce jour, l’auteur de ces lignes avait quelques doutes sur le sujet. Probablement, quelque part, un peu de nostalgie. La nostalgie des émissions du chansonnier Jean Amadou, capable de brocarder tous les politiques, avec finesse, sans jamais être méchant et, surtout, sans une once de vulgarité. Nostalgie, aussi, des Radioscopie de Jacques Chancel. Un Jacques Chancel qui, parmi ses milliers d’invités, pouvait recevoir tout aussi bien Céline que Georges Marchais, le général Bigeard que Georges Brassens.

Oui, franchement, il va falloir privatiser l’audiovisuel public !

Et puis, ce dimanche 13 septembre 2026, de bon matin, ce même auteur de ces mêmes lignes n’a pas vu passer le train mais a eu comme une sorte de révélation. Comme si l’un des piliers en béton armé de la Maison de la radio lui était tombé sur les pieds. Oui, franchement, il va falloir privatiser l’audiovisuel public ! Amadou, Chancel, Bouteiller et tant d’autres talents sont morts depuis longtemps et l’on est bien en peine à leur trouver de dignes héritiers sur l’antenne du service public.

Mais surtout, il y a eu ces quelque deux minutes de musique à l’antenne sur le coup de 7h40, l'heure d'aller chercher des croissants, ce dimanche matin. De la musique pour remplacer la chronique politique du journaliste de Valeurs actuelles Charles Sapin. Un morceau de musique agrémenté de ce communiqué : « En raison d’un appel à la grève déposé par l’ensemble des organisations syndicales représentatives de Radio France demandant le retrait de l’antenne de France Inter d’un édito politique assuré par le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, nous ne sommes pas en mesure de diffuser l’intégralité de nos programmes habituels. » Nous n’avons pas eu la curiosité de nous renseigner : quelle genre de musique ont-ils donc bien pu passer à l’antenne ?

En France, les syndicats font de la politique

Autrefois, lorsqu’un chef d’État mourait, on interrompait les programmes de la radio d’État, une voix de circonstance, tout de noir vêtue, annonçait la triste nouvelle et, ensuite, l’on passait de la musique classique en boucle pendant toute la journée. Ce dimanche matin, c’est le drapeau de la liberté d’expression qui a été mis en berne pendant deux petites minutes sur le service public français, payé avec les impôts des Français. Une interruption des programmes, selon l’expression d’usage au bon temps de l’ORTF, « pour des raisons indépendantes de notre volonté », pourrait dire la PDG de Radio France, Sybile Veil, puisque ce sont les syndicats qui en ont décidé ainsi. On pensait - naïvement - que les syndicats avaient pour vocation de défendre les conditions de travail de leurs adhérents et, plus largement, des salariés. Mais non, pas du tout. D’ailleurs, quand on voit que la patronne de la CFDT veut taxer toutes les successions dès le premier euro, on a tout compris.

Donc, dans ce pays, les syndicats font de la politique. Est-ce pour cela, d’ailleurs, que les Français sont aussi peu syndiqués ? La question reste ouverte. À Radio France, par exemple, les syndicats décident qui a le droit (ou pas) de passer à l’antenne, qui fait partie (ou pas) du fameux « arc républicain ». À l'unisson, du reste, de ces trois cents personnalités (dont Josiane Balasko, Annie Ernaux, Yann Arthus-Bertrand ou encore Corinne Masiero) qui ont signé une tribune, publiée sur le site du Parisien, pour dénoncer l'embauche de Charles Sapin (2 minutes d'antenne...) en osant évoquer - tenez vous bien - les « limites du pluralisme »... On imagine ce qu'il adviendrait du pluralisme si Mélenchon arrivait au pouvoir.

On n'a eu droit qu'à la musique...

Interruption des programmes, disions-nous, et diffusion de musique, histoire de meubler l’antenne. Autrefois, encore, au temps des putschs, pronunciamentos et autres coups d’État - pas en France, bien sûr -, les putschistes, pronunciamentistes et autres insurgés, montés dans des véhicules légers blindés, prenaient le contrôle du palais présidentiel, de la centrale électrique et des bâtiments de la radio et de la télévision d’État. Ipso facto, ils interrompaient les programmes. Éventuellement, un général tout frais du matin, revêtu de lunettes fumées et d’un bel uniforme richement décoré, apparaissait brièvement à l’antenne pour ânonner quelques mots aux mâles accents. On appelle ça un communiqué. Et puis, ensuite, on passait en boucle de la musique. Ce dimanche matin, 13 septembre 2026, en France, sur France Inter, on n'a eu droit qu’à la musique.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

82 commentaires

  1. Je crois que c’est Barrère, comme Sazint-Jus, un très beau garçon, tout jeune, plein de vitalité, qui afrirmati qu’il fallait au moindere motyn, couper la tête (vraiement, pas comme Quklès, en 1981, au congrès de N îmes, je crois), à tout opposant. En ce temps là , « on » suivit son appel en 1793 et 1794, surtout. En comprenant les Vendéens, plus de 500000 Massacrés pour la défense de la liberté de faire taire, définitivement, les opposants… LFI nous prépare le grand nettoyage de la République, enfin libre, enfin libérée de tout opposant… Heureusement qu’ils ont des modèles, s’ils déviaient de la ligne : les Khmers rouges, les Chinois du petit livre rouge, les Ukrainiens, lorsqu’ils n’étaient pas encore nazis, les Nettoyés de Ceylan (Sri-Lanka) , les Juifs (n’oubliez surtout pas les enfants ! pour qu’ils ne soient pas malheureux, privés de leurs parents ) et Ceux du 7-Octobre, les gamins de Gaza, les Beyrouthins de ces deux dernières années, heureusement, grâce à Charles Sapin on aura eu une musique assez inaudible d’ailleurs, du Messiaen revu par Boulez – le second était de gauche. Et puis ce grand silence de l’espace public, peuplé que de noms d’oiseaux ! Sur un air de Fabre d’Eglantine pour Vendémaire ! Où s’illustra aussi un Bonaparte…

  2. Trois solutions : soit on privatise, soit on réduit à une seule chaine de radio et une de tv
    Les grévistes et bien qu’on les débarque sans indemnité, ni droit au chômage, on a bien su le faire à une époque à des gens qui ne méritaient pas ça en plus !
    Qu’ils ne puissent plus retrouver du boulot
    Plus un rond aux syndicats en passant
    J’en ai marre de ces dictateurs rouge qui mettent la pagaille pour 150 secondes d’un opposant
    A force de les avoir laissé faire là aussi, voilà ce qui arrive

  3. L’Arcom a fait fermer C8, il doit maintenant faire fermer France Inter puis se saborder car il ne sert à rien.
    Quant aux « grévistes » ils n’ont pas honte ? Ils se prennent pour les propriétaires de la chaine qui ne fonctionne que par les deniers publics, c’est à dire nos impôts, c’est une caste privilégiée qui doit être balayée par une nouvelle nuit du 4 août ! Et les « pétitionnaires plutôt à gauche, de cette gauche qui s’est toujours trompée qui a adulé les Staline, Mao, Khmers rouges, Fidel Castro, ils feraient bien d’adopter un profil bas, ils ne sont pas majoritaires en France ! PNG espère ne pas être censuré !

  4. Les gauchistes, fer de lance de l’humanisme, de la liberté d’expression, des droits de l’homme et tout le bazard… Vu l’arbitrage des syndicalistes de tout poil, si ça continue, dans les villes RN, les trains ne s’arrêteront plus dans les gares, l’électricité sera coupée, les écoles publiques seront fermées, les spectacles interdits…

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