Rapatrier Napoléon III ? Une affaire loin d’être si simple

Jordan Bardella et Nigel Farage ont évoqué la possibilité du retour de la dépouille de l'Empereur en France
Par William & Daniel Downey — Pinterest, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=75424771
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Ce 4 septembre 2026, à Birmingham, Jordan Bardella et le Britannique Nigel Farage ont signé un accord de coopération entre leurs formations politiques (Reform UK et le Rassemblement national), notamment sur l’immigration. C’est à cette occasion que le dirigeant britannique a évoqué le sort de Napoléon III. Interrogé sur un éventuel retour de sa dépouille en France, il a déclaré : « S’ils le veulent, je pense qu’ils peuvent l’avoir. » Une déclaration qui sonne comme une promesse, mais qui, évidemment, ne constitue en rien un accord de rapatriement. Le sujet n’est pourtant pas nouveau. Depuis plusieurs décennies, des voix demandent que Napoléon III retrouve le sol français. Cependant, derrière cette revendication se trouvent de nombreux obstacles politiques, familiaux et religieux qui font de cette affaire bien davantage qu’un simple transfert de cercueil.

Une famille unie pour l'éternité

Pour comprendre cette situation, il faut remonter à la chute du Second Empire, à l’été 1870, lorsque l’armée française est battue à Sedan. Le 2 septembre, Napoléon III, défait, est déchu. Désormais indésirable pour la toute jeune IIIe République, l’ancien empereur part pour l’Angleterre en mars 1871, où il s’installe avec l’impératrice Eugénie et leur fils, le prince impérial Louis-Napoléon Bonaparte, à Camden Place, dans le Kent. Mais sa santé, déjà affaiblie avant son départ du continent, se dégrade rapidement, précipitant son trépas le 9 janvier 1873 à Chislehurst. Ses funérailles réunissent alors plusieurs milliers de Français ayant traversé la Manche pour rendre un ultime hommage au dernier des empereurs des Français.

Après la disparition de son mari, l’impératrice Eugénie continue de vivre en Angleterre. Mais en 1879, elle perd également son fils unique, tué par les Zoulous alors qu’il servait sous l’uniforme britannique. Cette nouvelle tragédie la conduit à chercher un lieu où les membres de sa famille pourraient reposer ensemble. Elle choisit alors Farnborough, dans le Hampshire, où elle fait construire une abbaye bénédictine dédiée à saint Michel. Le 9 janvier 1888, jour anniversaire de la mort de l’empereur, les dépouilles de Napoléon III et de son fils sont transférées dans la crypte impériale avant que l’impératrice Eugénie ne les rejoigne en 1920.

Une abbaye construite pour trois tombeaux

Selon Thierry Lentz, ancien directeur général de la Fondation Napoléon, pour BV, la question du rapatriement est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Le premier obstacle réside dans le devenir même de l’abbaye Saint-Michel qui « a été construite par l’impératrice Eugénie pour un but unique : garder trois tombeaux, celui de l’empereur, du prince impérial et de l’impératrice. C’est la vocation première, après la prière, de ces bénédictins », explique-t-il.

Une fondation créée par Eugénie veille également à la préservation de cet ensemble. L’abbaye est aussi classée au British Heritage, un statut patrimonial britannique qui s’accompagne de protections et de subventions sur lesquelles le roi Charles III aurait même un droit de regard. Le départ des dépouilles impériales remettrait également en cause la vocation même de la communauté bénédictine, dont la dissolution ne pourrait être décidée qu’avec l’accord du Saint-Siège.

Une nécropole impériale à reconstruire

Même avec ces autorisations, l’affaire n’en serait pas pour autant résolue. Si Napoléon III revenait en France, il faudrait lui trouver un site digne de l’accueillir lui mais également le reste de sa famille, comme le souhaitait Eugénie. Plusieurs lieux ont été évoqués. Les Invalides pourraient sembler une destination naturelle, mais Thierry Lentz rappelle qu’« il n’y a plus de place sous le dôme ». Le Père-Lachaise a également été envisagé mais, selon lui, « dans ce cas-là, autant le laisser en Angleterre ». Quant à l’église Saint-Augustin, à Paris, il la qualifie d’idée « un peu farfelue », puisqu’elle n’a jamais eu pour destination d’accueillir les tombeaux de Napoléon III et de sa famille. Il rappelle néanmoins que Napoléon III souhaitait être enterré à Saint-Denis. Une telle translation supposerait alors de créer une véritable nécropole impériale du Second Empire et soulèverait aussi la question de son financement. Reste à savoir si la République accepterait de porter un tel projet en offrant les mêmes garanties d’entretien, de respect et de prière que Farnborough. Thierry Lentz insiste sur ce point : « Si c’est pour faire comme aux Invalides, au tombeau de Napoléon, où les gens viennent en casquette de baseball et mangent des chips, je veux dire, ils sont aussi bien à Farnborough. »

L’avis de la famille

Autre condition essentielle : l’aval de la famille impériale. Si la position de l’actuel prince Napoléon sur le sujet n’est pas connu, en revanche, celui de la princesse Napoléon, née Alix de Foresta et mère du prince impérial Jean-Christophe Napoléon, aujourd’hui âgée de plus de cent ans, n’est pas favorable à un rapatriement si les conditions nécessaires au respect des volontés de l’impératrice, des défunts et de leur mémoire n’étaient pas réunies.

Une difficulté politique demeure également. Pour certains, Napoléon III reste le souverain vaincu à Sedan et celui qui a renversé la IIe République. Pour d’autres, il est un souverain dont le règne contribua profondément à moderniser la France. Thierry Lentz met aussi en garde contre les lectures anachroniques. « On va bientôt nous dire que le retour de Napoléon III est une idée d’extrême droite », ironise-t-il. Pourtant, la République n’a jamais ignoré sa mémoire. En effet, encore récemment, le 9 janvier 2008, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, l’ambassadeur de France avait représenté Nicolas Sarkozy lors de la cérémonie organisée à Farnborough.

Sur les traces de Napoléon et de ses descendants

En définitive, la proposition de Nigel Farage a le mérite de rappeler que le dernier empereur des Français repose toujours en Angleterre. Mais elle ne suffit pas à résoudre la question. Tant que l’accord de la famille, des autorités britanniques et de l’Église ne sera pas obtenu, le tombeau de Farnborough restera le lieu où Napoléon III, l’impératrice Eugénie et leur fils reposent ensemble.

Pour ceux qui souhaitent approfondir cette histoire napoléonienne qui, encore aujourd'hui, anime nos débats, Boulevard Voltaire vous propose, en octobre, un voyage exceptionnel sur les traces de l'Empereur et de sa famille. Accompagnés de Thierry Lentz et de notre cher confrère Georges Michel, vous pourrez ainsi découvrir l’île de Beauté et l’île d’Elbe, une occasion unique de mieux comprendre et aimer Napoléon ainsi que de découvrir son œuvre perpétuée par ses héritiers.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

30 commentaires

  1. Napoléon III du fait de la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine a été banni du coeur de beaucoup de Français. À tel point qu’on cite Hausmann, Violet Leduc sans jamais rappeller que c’est à la demande de Napoléon III que tous c’est travaux se sont fait. Ne pas oublier qu’il est à l’origine d’un coup d’accélérateur du développement du ferroviaire en France, d’un effort sur l’industrialisation de la France pour rattraper l’Angleterre, d’un ambryon de la caisse de retraite et de la sécurité sociale. Il a été un grand batisseur et un visionnaire qui a gaché sa chance dans le piège tendu par Bismark avec cette lettre piège à double sens pour une succession du trône d’Espagne.

  2. Il faut respecter la volonté de l’Impératrice Eugénie. Et il est bon de s’inquiéter sur le devenir de l’abbaye dans l’éventualité où les dépouilles seraient rapatriées. Ces deux considérations inclinent donc à ce que Napoléon III reste en Angleterre.

  3. Est-ce que le frérot espagnol, Sanchez, s’est préoccupé de l’avis de la famille pour profaner le tombeau de Franco au Valle de los Caïdos La dépouille ne pouvait même pas être installée dans le caveau familial en la cathédrale de Madrid, comme demandé par la famille. On voit ici que la gauchaille a la dent dure pour Franco et même pour Napoléon III. Du réchauffé en Espagne et du surgelé en France.

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