Panthéonisation de George Sand : laissons-la reposer à Nohant !
L’Humanité du 1er septembre consacre une double page à la panthéonisation, jugée nécessaire, de George Sand. Après la proposition de Dominique de Villepin d’y faire entrer un tirailleur sénégalais, on se dit que, décidément, le Panthéon est the place to be. Or not to be?
Confisquée par les cocos
« La nation doit rendre hommage à George Sand », intiment les deux interviewés, Jean-Claude Sandrier et Georges Buisson. Les motifs d’un déménagement de la romancière du cimetière de Nohant à la nécropole de la République ? Condition féminine, questions sociales, écologie, George Sand « fut à maints égards en avance sur son temps ». C’est vrai pour une petite part. Pour le reste, George Sand fut tout simplement… de son temps. Lorsque Jean-Claude Sandrier s’extasie parce qu’elle « parlait du "sans-culotte Jésus" », il s’enflamme pour ce qui était un lieu commun chez les intellectuels socialistes, au XIXe siècle.
Mais encore ? Le même Jean-Claude Sandrier relève que Le Péché de monsieur Antoine (1846) est « le premier roman où apparaît le mot "communiste" ». Il faut être soi-même membre du Parti communiste comme l’est Jean-Claude Sandrier (maire de Bourges, 1993-1995, puis député, 1997-2012) pour s’attendrir sur un mot synonyme de dizaines de millions de morts… Ce Sandrier est l’auteur de Docteur, je suis communiste, est-ce grave ? (La Bouinotte, 2021). Eh bien, oui, pas besoin d’être docteur pour savoir que 100 millions de victimes, c’est grave.
La mare au woke
Son compère dans ce rêve de panthéonisation est Georges Buisson, qui fut administrateur du domaine de George Sand à Nohant pendant plus de dix ans. Parmi les nombreuses maisons d’écrivain et d’artiste que compte la France, Nohant est certainement l’une des plus charmantes. Avec sa cour, son jardin, ses dépendances, c’est un domaine plus qu’une maison. Chopin y séjourna, et Delacroix, et tant d’autres ! Désormais, le wokisme a pris possession des lieux, comme j’ai pu m’en rendre compte en mai dernier, à quelques jours des cent cinquante ans de la mort de l’écrivain. Jupe, piercings, tatouages : la guide qui nous fit visiter avait le look d’une militante ou d’une députée LFI. Plus grave : elle en avait le discours. Elle nous informa, par exemple, que la romancière avait été « invisibilisée » - tarte à la crème du féminisme actuel.
Dans L’Humanité, les panthéonisateurs mettent en balance Hugo, devant qui « les portes du Panthéon se sont ouvertes spontanément », et George Sand, prétendument méprisée. Or, Sand « a été républicaine dès les années 1830 […] alors qu'Hugo était encore royaliste et pair de France ». Mais tout mérite littéraire et tout engagement politique mis à part, Hugo était une star, Sand n’en était pas une. Et la République glorifiait ses « grands hommes » plutôt que ses grandes femmes – fidèle, en cela, à la Révolution qui avait mis fin à leur règne.
Antisémitisme de gauche
Un seul bémol, dans l’admiration de Jean-Claude Sandrier et Georges Buisson : George Sand n’a pas soutenu la Commune, elle l’a jugée très sévèrement. Ajoutons-en un autre : son antisémitisme. « George Sand va garder tenacement le préjugé du Juif ennemi de l’idéal, rapace et fourbe par nature », écrit Nicole Savy, dans l’ouvrage collectif Être dreyfusard hier et aujourd’hui (Presses universitaires de Rennes, 2019). Dans sa correspondance avec Flaubert, Sand maltraite leur éditeur Michel Lévy : « Que veux-tu ? Le Juif sera toujours Juif. Il eût pu être pire. » Et ce n’est qu’un exemple. « George Sand exprime toute sa vie un antisémitisme qui ne semble pas lui poser de problème », précise Nicole Savy.
Cet antisémitisme, dont Jean-Claude Sandrier et Georges Buisson ne pipent mot, est-il à ranger parmi les idées qui font de George Sand une femme « à maints égards en avance sur son temps » ? C’était l’époque, répondraient-ils sans doute ; argument qui ne vaut que lorsque la gauche est en cause. C’était surtout les idées de Pierre Leroux, maître à penser de George Sand « en matière de socialisme et de philosophie ».
Enracinée
Et si on laissait nos écrivains reposer en paix là où la mort les a surpris et, encore plus, là où ils ont voulu être ? Molière, Arthur Rimbaud et Paul Verlaine, Albert Camus… George Sand. Elle fut enterrée dans le minuscule cimetière de Nohant. Toute progressiste qu’elle était, enracinée elle demeura, dans la propriété familiale héritée de sa grand-mère paternelle, Marie-Aurore Dupin de Francueil, au cœur du Berry de son enfance – jusque dans la mort. Quelle épouvantable idée que de vouloir opérer la translation de sa dépouille dans les caves du Panthéon ! Elle ne peut naître que dans des cervelles idéologiques pour qui les racines sont méprisables.
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11 commentaires
Oh ben oui, enfin ! A panthéoniser, la « vache laitière-écrivain » comme d’elle disait Nietzsche.
Ça fera plaisir à tous ceux et celles, au panthéon, que la république entend honorer .
Il va falloir agrandir les caves du Panthéon sur plusieurs niveaux, la place ne va pas tarder à manquer.
Tous ceux qui n’ont rien à dire vont proposer une personne à faire entrer au Panthéon.
A la recherche d’un idéal, ces gens sont des paumés qui veulent nous diriger.
Entièrement d’accord, et merci pour cette réflexion. Ce serait piller les « territoires », selon la terminologie des méprisants, et les priver non seulement de dépouilles, mais aussi de leur âme.
J’imagine le Grand Bé sans Chateaubriand, mais aussi Chateaubriand loin du Grand Bé. Quelle tristesse !
ou est la nécessite d’une telel proposition ,il y a fort a penser qu’elle se trouve bien là ou elle repose !
Cette « palabre » digne de GALA n’est qu’un énième « miroir aux alouettes » ! …
Et si on commençait par panthéoniser « LUCY » et son copain « l’homme de CRO-MAGNON » ? ! …
A h non ! … Car eux ont tué des mammouths laineux en voie d’extinction ! …
Bravo haut la main M. Martin!
Je suis pleinement d’accord et c’est joliment dit!
Il va y avoir la queue à la Porte du Pantheon. Le Président n’attend que ça pour nous infliger un de ces discours aussi creux que monocorde. Déjà, Manoukiqn n’avait rien à y faire, lui qui par sottise a fait tomber son réseau, alors pourquoi pas une antisemite (mais pour le discours il fait plutôt attendre et entendre Mélenchon .
Depuis quelque temps on n’entre au Panthéon des personnalités qui ne sont plus des personnes qui ont leur vie durant travaillé à la grandeur de notre pays ou se sont illustré par leur charisme et leur volonté au profit du pays. Laissons Georges Sand tranquille et cessons d’utiliser le Panthéon comme un espace publicitaire.
une place au panthéon comme on distribue les légion d’honneur.
Georges Sand n’était pas un immense écrivain. Chopin, son « boy friend » en titre mérite bien plus le Panthéon, quoiqu’il soit très bien au Père Lachaise.
Sand ne supportait pas la critique et elle a fini par virer Chopin qui avait osé redire sur le mariage un tantinet forcé de la fille de Sand avec une brute.
Chopin est mort à Paris, recueilli par ses amis, à 41 ans. Elle n’a pas répondu à sa lettre, n’est pas venue. Chopin poussé par ses amis polonais a reçu in extremis les derniers sacrements et a rendu l’âme en disant « j’aurais pourtant tellement aimé qu’elle soit là ».