Édouard Philippe rejoint le Camp des saints… ou des « mabouls » ?

Magnifique tribune d’Édouard Philippe dans "Le Figaro" du 10 août...
Capture d'écran Horizons
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Magnifique tribune d’Édouard Philippe dans Le Figaro du 10 août ! « Après Ceuta, la France et l’Europe doivent refuser l’impuissance migratoire », affirme mâlement le candidat à la présidence de la République. On applaudit des deux mains. Puis, en mode Camp des saints remastérisé - ère des réseaux sociaux et de l’Internet oblige -, le maire du Havre se fait presque prophète : « L’épisode de Ceuta n’est pas clos. C’est un aperçu du monde qui vient. Un monde plus brutal, plus rapide, où les mouvements migratoires peuvent devenir en quelques heures un instrument de déstabilisation algo-boosté. Ceuta est un avertissement. »

Nul n'est prophète...

Nous reviennent alors les mots d’un autre prophète, conspué en son temps par les ancêtres idéologiques du premier Premier ministre d’Emmanuel Macron : « La grande responsabilité dans cette affaire serait de ne pas dire la vérité […] sur la véritable vague déferlante de l’immigration en provenance du tiers-monde vers un pays comme le nôtre frappé par la dénatalité. Des pays qui sont à la fois pauvres et connaissent une explosion démographique. » Ce prophète, évidemment, c’était Jean-Marie Le Pen. C’était en 1984. Édouard Philippe avait alors quatorze ans. « Mais c’est pas tout, mais c’est pas tout », comme chantait Bourvil, un autre Normand. Le Havrais l'affirme : « Nous avons le droit de choisir qui entre sur notre territoire pour travailler, étudier ou demander légitimement l’asile. » C’est bien de le dire car, parfois, on a comme un doute.

Cap' ou pas cap' ?

Et puis, encore plus fort : « Assumons le rapport de force avec les pays qui refusent de prendre leurs responsabilités. En commençant par l’Algérie. Je l’ai déjà dit, je le redis : la France doit mettre fin à l’accord de 1968. Visas, aide au développement, accords commerciaux : nous utiliserons tous les instruments nationaux et européens pour défendre nos intérêts et nos frontières. » Ça y est, c’est fait : Édouard Philippe, macroniste de la période bleue du macronisme, vient de rejoindre le camp des cinglés. Vous savez, ces « mabouls » qui « veulent se fâcher avec l’Algérie », si l’on en croit Emmanuel Macron. La campagne présidentielle, qui a déjà pris un premier virage conspirationniste, pourrait engager un tournant psychiatrique ! Cela promet d’être passionnant. Question à Édouard Philippe : cap' ou pas cap' ?

Course à la mer

On l’aura compris, entre un Gabriel Attal qui est parti en chasse contre les gens du voyage et un Édouard Philippe qui montre ses muscles de boxeur, l’extrême centre s’est lancé dans une course échevelée à la mer. Objectif : s'emparer des thématiques de « l’extrême droite », vu que le pays penche sérieusement à droite. Réussiront-ils cette audacieuse manœuvre de contournement ? Là est la question. Une question de crédibilité, d’autant qu’Édouard Philippe est comptable de son bilan comme chef de gouvernement. Sur X, Charles-Henri Gallois, en donnant quelques chiffres, est sans pitié. Selon le conseiller économique de Jordan Bardella, Édouard Philippe, lorsqu’il était Premier ministre, « a battu tous les records en matière d’immigration ». « En 2019, le niveau d’immigration était 2,5 fois supérieur à celui enregistré sous le socialiste Lionel Jospin en 2000 ». Encore en 2019, « il avait augmenté les flux migratoires de près de 25 % par rapport à 2017 ». Enfin, « il est à l’origine de l’explosion de l’immigration étudiante avec son programme "Bienvenue en France", qui visait à accueillir 500.000 étudiants étrangers à l’horizon 2027 ».

 

La t'naille

Course échevelée à la mer, mais avec ce « petit plus » qui est la marque du supposé « camp de la raison ». Ainsi, Édouard Philippe martèle : « Je ne céderai à aucune des deux impasses qui minent le débat sur l’immigration : nier le problème au nom du politiquement correct, ou prétendre retrouver le contrôle en nous isolant de nos voisins et en mettant fin aux instruments européens. Ces deux postures se répondent dans la démagogie. » Ce à quoi Marion Maréchal lui a répondu, sur X : « Il va falloir en finir avec cette vieille antienne : personne ne propose de "s’isoler de nos voisins européens". Tout le monde a conscience que c’est l’Europe entière qui fait face à la submersion migratoire ! Mais aujourd’hui, ce sont les centristes qui isolent la France. Je rappelle que 22 pays de l’Union ont appelé à davantage de fermeté après l’invasion de Ceuta, le gouvernement français s’est placé en chef de file des récalcitrants. »

Certes, Édouard Philippe répondra qu'il n'est plus au gouvernement depuis six ans. Mais la manœuvre d'évitement risque d'être déjouée par une autre manœuvre, celle-ci dite « de la t'naille » (les fans de la 7e compagnie comprendront...) : un Édouard Philippe pris en tenaille entre son passé d'ancien juppéiste et de premier macroniste de France d'une part, et son discours de rupture avec quarante ans de politique immigrationniste dont il est l'héritier, quoi qu'il en dise, d'autre part. On attend avec impatience et non sans une certaine gourmandise la prochaine surenchère de Gabriel Attal.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

96 commentaires

  1. Philippe en voilà encore un pour qui on ne votera pas un vrai paltoquet girouette On a pas besoin de lui ne de bayrou ni de Attal tous plus minables les uns que mes les autres L extrême centre et l extrême gauche le poison de la France tous des traîtres et des lâches pilleurs d état

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