[ROMANS D’ÉTÉ]« Bye bye Geneviève » : à 11 ans elle a sauvé des GIs parachutés en Normandie
Avec sa rubrique [ROMANS D’ÉTÉ], Boulevard Voltaire vous propose de découvrir ou de relire des œuvres plus ou moins récentes. Des suggestions pour le temps des vacances, si propice à des lectures prolongées… et variées.
Nuit du 5 au 6 juin 1944 : le destin de la France s'apprête à basculer. À quelques heures, seulement, du débarquement des armées alliées sur les côtes normandes, les premiers soldats américains de la 82e et 101e divisions aéroportées arrivent par les airs pour sécuriser les ponts et les routes de la région. Beaucoup d'entre eux, croyant arriver sur la terre ferme, sont pris au piège dans les marais du côté de Sainte-Mère-Église, sur la presqu'île du Cotentin. Certains, sous le poids de leur équipement, perdent la vie avant même d'avoir pris part à la grande bataille de libération, mais trois cent cinquante GIs sont sortis de l'eau grâce au dévouement de la famille Duboscq et de leur fille de 11 ans, Geneviève. Une petite histoire dans la grande pour une héroïne qui, des années après, a pris la plume pour raconter minutieusement tous les détails de cette incroyable aventure. Publié en 1978 chez Robert Laffont, Bye bye Geneviève. Une héroïne de 11 ans dans la nuit du Débarquement a connu un succès mondial. L'ouvrage, vendu à plus de 150.000 exemplaires en France, aux États-Unis, au Royaume Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Roumanie, a été réédité récemment par les Éditions Salvator en 2024.
Une nuée de parachutes
Il fait gris et froid, en ce mois de juin 1944, sur la presqu'île du Cotentin. Comme si le ciel se mettait à l'unisson de cette Normandie, fiévreuse et triste, qui n'en finit plus d'espérer la venue des libérateurs. Quand soudain, la nuit du 5 au 6 juin, de « fantomatiques sortes de parapluies » descendent en grand nombre dans les marais du côté de Sainte-Mère-Église. Premiers témoins de ce phénomène étrange, la petite Geneviève et ses parents comprennent avant les autres le danger qui guette les malheureux soldats déportés par le mauvais temps dans une zone inondée par les Allemands. Aux côtés de son père, Maurice Duboscq, modeste employé cheminot – un homme habituellement violent et alcoolique –, et de sa mère, la petite Geneviève ne ménagera pas sa peine, des heures durant, pour réconforter, nourrir, réchauffer, soigner et tenir la main des agonisants repêchés dans la barque de son père. Les jours suivants, l'humble famille persistera, au péril de sa vie, à soigner quatre soldats américains et deux Allemands gravement blessés, abrités chez eux.
Mais le destin extraordinaire de la petite « Dgenevi », comme l'appelaient « ses » GIs, ne s'achève pas avec la fin de la guerre. Un an après l'extraordinaire sauvetage, le sort la frappe cruellement lorsque la jeune fille saute sur une mine abandonnée dans une pâture normande, tuant sur le coup son petit frère adoré. Geneviève, très gravement blessée après de douloureux et très longs mois d'hospitalisation, restera lourdement handicapée à vie.
Un fléau pour de nombreux enfants normands partis jouer dans les champs et pour les prisonniers allemands affectés aux opérations de déminage après guerre, nombreuses victimes de ces munitions non explosées découvertes après coup (on estime à 5 millions le nombre d'engins explosifs identifiés à l'époque).
Le destin hors du commun d'une jeune fille si simple
Plus tard, Geneviève Duboscq fonde un foyer avec un correspondant de guerre polonais qu'elle n'a jamais vu. Six enfants naîtront de cette union, dont un petit garçon atteint d'une maladie grave qui décidera, en 1965, la mère de famille à entreprendre, seule avec un âne, un pèlerinage à pied à Jérusalem. Une autre aventure qu'elle raconte dans un deuxième ouvrage Et Dieu sauva mon fils, aux Éditions Robert Laffont, réédité depuis chez Salvator.
Sa cinquième fille, Stéphania Troszezynski-Duboscq, qui signe la préface de cette nouvelle édition de Bye bye Geneviève, est celle qui a incité sa mère à coucher sur le papier ses aventures. Un témoignage qui atteste de la grandeur d'âme d'une femme toute simple au destin hors du commun animée de cette foi profonde et ancrée des gens simples que la vie n'a pas épargnés. Geneviève aura connu la souffrance, les coups de son père, la pauvreté, le dévouement à l'extrême et le grand courage.
Trente ans après les sauvetages des parachutistes, elle découvrira que « ses » GIs ne l'ont jamais oubliée et tenté, durant toutes ces années, de retrouver « papa Maurice et sa petite Geneviève ». En 1977, lors des cérémonies commémoratives du Débarquement à Sainte-Mère-Église qui garde son parachutiste accroché au clocher de son église, elle a reçu, aux côtés de son père, la Valor Medal de la 82nd Airborne Division et les médailles de l'America's Guard of Honor. Récipiendaire de la Légion d'honneur, elle a été l'invitée d'honneur de Ronald Reagan, lors du quarantième anniversaire du Débarquement. Geneviève Duboscq s'est éteinte en 2018 à l'âge de 85 ans.
Un parcours émaillé de joies, de grandes souffrances et d'amour dont il restera toujours ce « Bye bye Dgenevi » que lui lançaient gaiement « ses » GIs en la quittant.
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8 commentaires
Votre compte rendu d’un livre dont j’ignorais l’existence mais qui me semble, pour ceux qui s’intéresse à cette période de notre histoire, etre une source incontournable d’informations, me fait penser, lorsque vous narrez que la famille Duboscq soignait indistinctement les soldats américains et allemands, à la phrase de Paul Valery « La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent bien mais…ne se massacrent pas » ! Gens qui dans une vie ordinaire auraient eu sans doute plus de points en commun à partager que de divergences. Mais les politiciens ambitieux et aveugles d’eux-mêmes, qui manipulent le monde, en voulurent autrement…n’est-ce-pas Mr Macron !?
Cet événement symbolique aurait dû figurer dans le film »Le jour le plus long ».
voila une personne dont la France peut-être fière.
excellent exemple (comme DIOR) pour éduquer jeunes et moins jeunes
Il y a des personnes hors du commun. Bravo madame.
Incroyable destins et dès 11 ans… Ses enfants peuvent être fier de leur mère.
Quant on explique à nos enfants ou est l’intérêt des français et de la France notre pays, ils savent ce qu’il faut faire sans grandes explications. La preuve Geneviève à 11 ans, avait tout compris . Un grand merci à ses parents qui l’on éduquée, comme il le fallait en temps de guerre. BRAVO
Il y a tout de même des destins extraordinaires et celui-ci l’est plus particulièrement . Il est comme la vie , injuste souvent ,parce que cette petite fille, qui, toute jeune et déjà si dévouées , voit son frère mourir devant elle et elle même gravement blessée puis handicapée , puis l’accomplissement en fondant une famille avec les soucis y afférant et enfin la reconnaissance.
On ne peut pas dire que sa vie fut un long fleuve tranquille mais quel destin !