Et maintenant, des applications d’alerte pour femmes en détresse !

Face à l’insécurité, les femmes multiplient les applications d’alerte. Mais qui s’attaque vraiment aux agresseurs ?
Capture d'écran App-elles
Capture d'écran App-elles

Plus de deux millions de vues. En quelques jours, cette vidéo postée sur Instagram par Alexandra Lamy a rencontré un très vif succès. Publié le 2 août, le message de la comédienne fait la promotion d’App-Elles, une application gratuite destinée aux femmes et permettant de donner rapidement l’alerte en cas de danger. « Je voulais vous parler d’une application qui me tient à cœur », explique Alexandra Lamy, dans sa vidéo. Le principe est simple : l’utilisatrice choisit trois personnes de confiance, qui deviennent ses « protecteurs ». En cas de danger, un bouton SOS permet de transmettre sa position en temps réel, d’activer le micro et d’alerter ses proches. Un enregistrement sonore peut également être conservé. Et l’interprète de Chouchou de conclure : « Téléchargez App-Elles ! Le danger, la violence peuvent être partout : chez vous, dans la rue, à votre travail… Donc voilà, c’était un petit message de prévention. »

Le message a suscité une avalanche de réactions enthousiastes. « Belle initiative », écrit Claude. Nathalie félicite l’actrice pour sa « bienveillance ». Chris annonce qu’elle va immédiatement transmettre l’application à sa fille de 22 ans. Même réaction chez Jade : « Super idée, mais c’est tellement triste d’en arriver là... »

Le fléau de l’insécurité féminine

App-Elles n’est pourtant pas une nouveauté. Lancée en 2015, l’application a d’ailleurs été lauréate de l’appel à projets lancé par le Service d’information du gouvernement (SIG), visant à mettre en lumière des sujets « d’intérêt général ». Et App-Elles n’est pas seule sur le marché. D’autres plates-formes numériques du même genre sont disponibles : The Sorority, UMAY, Ti3rs ou encore Mémo de vie. C’est donc tout un écosystème de dispositifs numériques qui s’est constitué autour d’une question simple : comment permettre aux femmes d’exister dans un environnement de plus en plus dangereux ?

Car derrière ces applications se trouve une réalité difficilement contestable : les femmes font partie des grandes victimes de l’ensauvagement de l’Europe. De l’Allemagne à la Suède, en passant par la Belgique et l’Angleterre, on assiste à une nette dégradation de leur condition. Le phénomène est tout particulièrement marqué en France. En 2023, 325.000 personnes se sont déclarées victimes de violences sexuelles physiques, parmi lesquelles on dénombre 89.000 viols et 99.000 tentatives de viol. Soit 20 % de plus que l’année précédente.

Pour les victimes, la peur correspond à une expérience bien concrète qui conduit à modifier les comportements. Bombes au poivre, cours de self-défense, sifflets « repousse-relou », applications de géolocalisation, « safe places », marches exploratoires destinées à identifier les endroits jugés dangereux… tout un marché de la protection féminine s’est développé. À Bellerive-sur-Allier, le dispositif Monsherif permet même aux femmes de disposer d’un petit boîtier capable de déclencher une alarme. Il vient rejoindre d’autres dispositifs comme le numéro d’urgence spécialisé, « Demandez Angela » ou les services de transport réservés aux femmes.

Le grand angle mort : qui sont les agresseurs ?

Pris séparément, chacun de ces outils peut évidemment avoir son utilité. Une alerte déclenchée au bon moment peut permettre une intervention rapide des services de police. Mais toutes ces applications ont un point commun : elles demandent aux femmes de s’adapter au danger. Télécharger une application. Solliciter des proches. Activer son GPS. Modifier son trajet. Apprendre à se battre... À force, la question du comportement des potentielles victimes finit par prendre toute la place. Mais qu’en est-il des agresseurs ? Qui sont-ils ? Comment sont-ils sanctionnés ? Et que fait-on lorsque l’auteur d’une agression se trouve être un étranger ? On se souvient que Marlène Schiappa avait elle-même promis, en 2019, l’expulsion des étrangers condamnés pour violences sexuelles : une annonce spectaculaire qui n’a débouché sur rien de concret.

La technologie peut donc s’avérer utile mais ne saurait remplacer une politique de sécurité. Car derrière le sympathique message de prévention d’Alexandra Lamy se dessine une réalité inquiétante : lorsque la protection devient une affaire individuelle, c’est que la collectivité a renoncé à garantir la sécurité de celles qu’elle est censée protéger. Espérons donc que les Françaises sauront, le moment venu, voter pour ceux qui entendent réellement leur garantir sécurité, protection et justice.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

25 commentaires

  1. Les trois protecteurs ( si je comprends bien ) vont géolocaliser puis alerter les autorités, c’est bien ça ? activer un GPS aussi ( auprès de la police ? ). Ca prend du temps… Ca part d’une bonne intention, et si ça fonctionne… Pour certains, il n’est pas sûr que cela les dissuade. Nos ancien.nes. ( on voit cela maintenant ) auront-ils l’état d’esprit adéquat au déclenchement preste de ces appareils ? Le mieux, ne serait-il pas, in fine, de faire que les rues, les villes et villages, pistes de jogging voire chemins forestiers, redeviennent plus sûrs ? Cela aurait échappé aux « élites » si prompts à commencer par la fin en tentant de remédier à leurs inerties, pour quoi que ce soit, par des technologies…

  2. Il y a environ 35 millions de femmes en France, on les protège comment, avec une application sur le téléphone ou une vraie chasse aux prédateurs sexuels qui finissent directement en prison et/ou expulsion immédiate du territoire pour les étrangers.
    Mais là, il faut un courage politique que personne n’a.
    Les françaises n’ont pas fini de vivre avec cette inquiétude permanente d’une agression sexuelle. Sans parler des excisions qui viennent rajouter du malheur au drame que vivent les femmes en France.
    Comment les politiques de tous bords arrivent à se regarder dans la glace quand on constate l’état de déliquescence avancée de la France.

  3. Et si à la place d’inventer des applications ,on prenait le problème à l’envers et que l’on attaque le délinquant directement ,cela serait plus efficace ,mais pour cela il faudrait revoir notre justice laxiste !! En France quand il y a une fuite d’eau on ne va pas couper l’eau ,mais on laisse couler en mettant des serpillères et des bassines !!

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