Lorsque Serge Klarsfeld évoque les « traditions chevaleresques françaises »

Des mots autrement plus puissants que les sempiternelles « valeurs de la République » que, du reste, on peine à définir.
Capture d'écran Crif
Capture d'écran Crif

Ce dimanche 19 juillet, on commémorait à Paris la rafle du Vél' d’Hiv' du 16 juillet 1942. Tache indélébile dans notre Histoire nationale. À cette occasion, Serge Klarsfeld, qui cette année aura 91 ans, a une nouvelle fois pris la parole en tant que président de l’association des Fils et Filles de déportés juifs de France. Un discours très court mais qui mérite qu’on en cite une grande partie. En effet, cette allocution rappelle quelques vérités qui peuvent fâcher mais, surtout, invite à aimer la France à travers son Histoire, même tragique, plutôt qu’à sombrer et se complaire dans cette haine de ce qu’est intrinsèquement la France.

 

« Les valeurs chrétiennes et laïques »

Ainsi, en quelques phrases très serrées, où chaque mot compte, Serge Klarsfeld dessine une fresque magnifique qui balaye le discours diffusé, rabâché, propagé à l’envi depuis des décennies : la France aurait été un pays de salauds et de collabos. « Le "non" du général de Gaulle à la défaite, les combattants de la France libre, la Résistance intérieure, la solidarité des Églises, de la population, des Justes avec les Juifs ont contrebalancé l’incapacité du gouvernement de Vichy à respecter les traditions chevaleresques françaises et à s’interposer entre la volonté exterminatrice des hitlériens et les Juifs de France. »

« Les traditions chevaleresques françaises » ! Il y a longtemps que l'on n'avait entendu de tels mots lors d'une cérémonie officielle. Des mots autrement plus puissants que les sempiternelles « valeurs de la République » que, du reste, on peine à définir. Par ces mots, Serge Klarsfeld embrasse en quelque sorte toute l’Histoire de France qui ne commence pas avec les massacres de Septembre, comme voudraient nous le faire croire ceux qui s'inscrivent dans la filiation de Robespierre. En quelque sorte, un hommage à la France éternelle. L'Israélite Serge Klarsfeld, né en Roumanie, a sans doute mieux compris ce qu'est l'essence de la France que tous ces petits bourgeois révolutionnaires qui se prennent pour Saint-Just.

Serge Klarsfeld poursuit. « Les Français, aujourd’hui, sont bien conscients que le 16 juillet [1942] n’est pas seulement une tragédie juive mais aussi une tragédie française. » Et de se faire plus précis, au risque d’être accusé de donner crédit à Zemmour : « Si les trois quarts des Juifs ont survécu – proportion exceptionnelle, dans le bilan de la Shoah –, on le doit avant tout à un environnement humain dont les valeurs chrétiennes ou laïques avaient été forgées par les curés et par les instituteurs. » On pense, évidemment, à l’emblématique lettre de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, créé cardinal en 1946. Des instituteurs, soit dit en passant, qui enseignaient alors une morale qui ne venait en rien contrarier la morale chrétienne et même s’en inspirait. Ce 19 juillet 2026, Serge Klarsfeld a donné aux Français une raison d'être fiers d'être français, sans pour autant détourner le regard de leur Histoire. Au contraire.

« Aujourd’hui, repoussons les tribuns anti-juifs d’où qu’ils viennent »

Puis, Serge Klarsfeld se fait encore plus précis. « Darquier de Pellepoix, extrême droite, Jacques Doriot, ex-communiste, Marcel Déat, ex-socialiste, c’était hier. » Une manière de rappeler que la collaboration française ne fut pas homogène et le triste « apanage » de la seule extrême droite, comme on veut le faire croire trop souvent. On le sait, mais, il y a encore peu, il n’était pas politiquement correct de le rappeler.

Enfin, Serge Klarsfeld évoque la France d’aujourd’hui et de demain. « Aujourd’hui, repoussons les tribuns anti-juifs d’où qu’ils viennent. Et pour le 85e anniversaire de la rafle du Vél' d’Hiv' en 2027, souhaitons, bien évidemment, de commémorer dans une République condamnant et combattant l’antisémitisme [NDLA : il ne suffit pas de condamner, il faut combattre] et non dans une République où les Juifs auraient du mal à vivre en tant que Français et en tant que Juifs. » Comprenne qui pourra et surtout qui voudra.

En 2024, Darius Rochebin interrogeait Serge Klarlsfed : pour qui voterait-il, s'il devait choisir entre le RN et LFI ? Il avait répondu : « Entre le RN et LFI, je n’aurais pas d’hésitation, je voterais RN. » On ne peut être plus clair.

 

Picture of Georges Michel
Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

49 commentaires

  1. Le problème en France c’est la lâcheté inhérente à beaucoup de français qui ont peur de tout et qui n’osent pas avouer leurs convictions à contre courant quand ils en ont … bravo à cet homme cultivé, courageux et honnête qu’est Monsieur Klarsfeld … qui n’hésite pas à rétablir la vérité … historique …

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Que les familles des victimes parlent est très compliqué pour le gouvernement
Gabrielle Cluzel sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois