C’était ça ou mourir : derrière le succès littéraire de la rentrée, le soupçon de l’IA
C'était ça ou mourir est le premier roman de Thélyson Orélien. Publié chez Grasset le 19 août dernier et déjà vendu à 35.000 exemplaires, cet ouvrage est décrit par son éditeur comme « le phénomène littéraire de l’année 2026 ». Un compliment qui a trouvé de nombreux échos. Les critiques sont (presque) unanimes : c’est un chef-d'œuvre. Déjà récipiendaire du prix du Roman FNAC 2026, ce livre est annoncé comme potentiel lauréat de nombreuses autres distinctions. Il est en lice pour le prix Méduse, le prix Première Plume, le Goncourt, le Renaudot, le Femina et le Médicis.
Il faut dire que l’histoire se prête à ce que le succès soit total : « Après l’embrasement de son quartier de Port-au-Prince, Jonas n’emporte presque rien avec lui en quittant Haïti : un diplôme, un cahier de poèmes, la photo de sa mère. Toute une vie dans un sac plastique [...]. Dans l’espoir d’atteindre le Canada et le peu de famille qu’il lui reste, Jonas se retrouve aux portes des États-Unis, seul face aux agents de l’ICE et d’une administration prête à tout pour mener sa chasse aux migrants. » Comment ne pas aimer l’histoire d’un migrant valeureux et érudit devant faire face à la terrible administration Trump ? C’est impossible ! Le propos est incritiquable.
Une pluie d’éloges
Qu’en est-il du style ? Les spécialistes littéraires n’en disent pas grand-chose. Le HuffPost indique que « l’écriture est précise, imagée », tandis que Le Figaro loue un récit au « rythme effréné ». Sur Radio France, le critique Philippe Tretiack note « une écriture visuelle et humaine ». Çà et là, « un excès de punchlines » et « de métaphores » est pointé du doigt, mais c’est à peu près tout.
Les commentaires les plus négatifs ne viennent pas des professionnels mais des internautes. Depuis le 21 septembre, une rumeur court sur les réseaux sociaux. D’après le compte « Balance ton Claude », largement relayé, « ce roman est rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle ».
Avez-vous entendu parler de ce roman ? C’est le « phénomène de la rentrée littéraire ». Il est lauréat du Prix Fnac, du Prix Méduse, du Prix Première Plume, fortement pressenti pour le Prix Renaudot, et il est en lice pour les prix Goncourt, Femina, Médicis et Décembre. Ah oui,… pic.twitter.com/9evcXrPyFD
— Balance ton Claude (@Pangramed) September 21, 2026
Pour justifier cette affirmation, il précise : « Nous avons testé plusieurs passages, à divers endroits du manuscrit, pour presque toujours le même résultat : 100 % IA. » L'expérience a été menée sur Pangram, décrit par son utilisateur comme « le détecteur d’IA le plus fiable : son taux de faux positifs est de 0,0041 %, soit environ un texte humain sur 24 400 ». De fait, pour « Balance ton Claude », la probabilité que près de vingt passages d’un même livre soient identifiés à tort comme le fruit d’une IA est quasiment nulle.
Le nuage de l’IA
IA ou pas IA, pour en avoir le cœur net, BV a posé la question à la maison d’édition Grasset. Elle est restée sans réponse, mais après tout, cela ne change pas grand-chose à l’affaire. Le simple fait qu’il puisse y avoir un doute devrait secouer le monde de la littérature, les auteurs qui devraient craindre d’être remplacés et les éditeurs dont la crédibilité est en jeu, puisque leur rôle premier est de sélectionner de bons ouvrages et de dénicher des talents, pas de publier des livres générés par des ordinateurs.
Pour rappel, en ce qui concerne C'était ça ou mourir, Grasset n’a pas eu ce rôle clef. Le livre était déjà un succès au Québec et l’éditeur français n’a fait qu’acheter les droits de cet ouvrage pour le rendre populaire en France. Si cela n’avait pas été Grasset, un autre s’en serait chargé ; là n’est pas la question. La question est plutôt de savoir quel impact peut avoir l’IA sur la littérature et, plus largement, sur la création artistique. Elle est peut-être trop peu prise au sérieux par les milieux concernés, voire par la France tout entière qui accuse un retard non négligeable sur cette thématique.







































24 commentaires
Bluffé ! Ancien grand amateur de Frédéric Dard et de sa série de SAN-ANTONIO, j’ai recouru à une IA pour me concocter un long texte à la mode de Fréderic DARD en incluant tous ses personnages, c’est à dire » Le Dirlo », Bérurier, Berthe, le Rouquin, Félicie, Alfred le Coiffeur et les autres … J’ai imposé un scénario délirant à base d’ enlèvement de Berthe par » le gang des égouts » etc… Bien évidemment j’ai imposé des séquences délurées et tout le toutim : un résultat si-dé-rant ! J’ai remodelé le truc, poursuivi le scénario et … cette IA est parvenue à me faire rire tellement c’était bien fait.
Nouvel épisode où on découvre qu’en 2012, à ses débuts, il a plagié 2 auteurs canadiens des années 1960.
Que vont dire les woke maintenant pour le défendre ?
Pcq partir empêche de mourir ??? Tôt ou tard…
Pour nous c’est « lire ça et mourir »… Pas assez des films bien pensants, maintenant il y a aussi les livres…