Antoine Léaument « aime bien Robespierre ». Ce n’est pas son idole (d’ailleurs, il n’a pas d’idole), mais le député LFI nous explique gentiment que, d’une façon générale, il aime bien les gens qui sont critiqués. On va dire ça comme ça : Robespierre est critiqué… La conversation sur le plateau de « Quotidien » se déroule de façon charmante. Sur le même ton qu’on emploierait pour parler de l’œuvre politique de Léon Blum, Charles de Gaulle, qui sais-je encore, Jacques Chirac... Robespierre a commis des erreurs ? Oui. Une qui fut « fondamentale », pour le délicieux insoumis, « c’est de ne pas avoir compris le rôle des femmes dans la Révolution ». Pas très féministe, l’avocat d’Arras. C’est là qu’on se dit que le monde est vraiment mal fichu. Sandrine Rousseau serait née autour de 1760, le problème eût été réglé vite fait. Elle te l’aurait déconstruit, le Maximilien, ça n’aurait pas fait un pli.

Bon, mais sinon, à part ça, Robespierre, qu’est-ce qu’on peut lui reprocher ? Rien, en fait. Léaument nous rappelle que « Robespierre s'est battu pour le droit de vote des juifs, pour le suffrage universel, pour l'abolition de l'esclavage, pour l'abolition de la peine de mort aussi ». C’est vrai. Que « c’est lui qui [a] dit que "nul ne peut entasser des monceaux de blé à côté de son semblable qui meurt de faim" ». C’est vrai aussi. Sinon ? La Terreur, tout ça ? Un « détail » de l’Histoire, sans doute, pour M. Léaument. Bien sûr, les historiens sont partagés sur le rôle de Robespierre dans le processus de la Terreur. Bien sûr, la patrie était en danger.

Il n’empêche que Robespierre déclara, dans un célèbre discours, le 5 février 1794 : « Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur ; la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier qu’une conséquence du principe général de démocratie, appliqué aux plus pressants besoins de la patrie. » Des mots qui justifient toutes les horreurs et le terrorisme d'État.

Il n’empêche que si Robespierre n’est pas l’inventeur de la terrible loi du 22 prairial de l’an II (10 juin 1794), œuvre du sinistre Couthon et relative au Tribunal révolutionnaire, instaurant ce qu’on appelle la Grande Terreur, il en fut un ardent défenseur. Cette loi, rappelons-le, avait pour but d’accélérer les procédures du Tribunal révolutionnaire. Ça n’allait pas assez vite ! Extrait de cette loi, histoire de bien comprendre : « Le tribunal révolutionnaire est institué pour punir les ennemis du peuple… » Suit une longue énumération de ces ennemis du peuple qui fait froid dans le dos. Ainsi, était ennemi du peuple toute personne « persécutant et calomniant le patriotisme, soit en corrompant les mandataires du peuple, soit en abusant des principes de la Révolution, des lois ou des mesures du gouvernement, par des applications fausses et perfide » ou encore toute personne ayant « attenté à la liberté, à l’unité, à la sûreté de la République, ou travaillé à en empêcher l’affermissement ». Des motifs bien flous mais pour lesquels la peine était très claire : la mort.

La loi instituait une procédure expéditive qu’on vous invite à découvrir. L’une des plus emblématiques fut celle qui supprimait le droit des accusés d’avoir un avocat : « La loi donne pour défenseurs aux patriotes calomniés des jurés patriotes ; elle n’en accorde point aux conspirateurs. » Bien évidemment, il n’y avait qu’une alternative pour une personne jugée : l’acquittement ou la mort. Entre le 10 juin et le 27 juillet 1794, date de la chute de Robespierre, 1.376 personnes furent exécutées, 336 acquittées.

Enfin, comment ne pas rappeler que Robespierre est l’auteur de cette phrase, prononcée au début du procès de Louis XVI, en décembre 1792 : « Louis doit mourir, parce qu'il faut que la patrie vive. » Une logique implacable qui légitimait une sentence implacable, avant tout jugement. Si Léaument aime bien Robespierre, on est en droit de ne pas spécialement partager cet amour.

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18 mai 2023 à 22:15

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30 commentaires

  1. Logique! Les LFI sont prêts à remettre la guillotine en place publique pour tous ceux qui ne pensent pas comme eux! Comme Robespierre.

  2. La France Insoumise déteste Louis XVI qui ne voulait pas faire tirer sur le peuple et elle adore Robespierre qui s’est comporté en tyran.

    Plus contradictoire, elle défend les révolutionnaires qui voulaient que le pouvoir appartiennent au peuple mais elle ne veut pas sortir de l’union européenne qui gouverne la France.

  3. Léaument un adepte et sbire du « LFIisme Mélenchonien » est libre de ses goûts en matière de management d’un peuple…
    Heureusement, nous sommes encore plus nombreux à ne pas les partager !
    Aussi, peut-être devrions-nous lui faire toucher la lame aiguisée de la guillotine, entreposée au Musée Carnavalet, 60 rue de la Folie-Regnault, Paris 11ème, et ainsi lui en faire passer le goût, je lui offre bien volontiers le prix du billet d’entrée !
    Peut-être, pour notre sécurité, serait-il intéressant de connaître l’avis du même LFIste Léaument sur un certain Pol Pot.

  4. Les plus grands massacreurs de l’Histoire, Hitler, Staline, Mao, Pol Pot, l’ont tous fait au nom du bonheur du Peuple.

  5. Leaument relève exclusivement le côté positif c est un malhonnête car Robespierre est un grand criminel ce qui lui a valut d être guillotiné à son tour
    Ce député pue l escroquerie intellectuelle et la propagande mensongère

  6. Ce qui est rassurant c’est que l’Histoire de France a démontré que ces criminels révolutionnaires ont fini par y passer eux aussi. Sans oublier que ce sont ces gauchistes extrémistes dangereux pour une civilisation juste car équilibrée qui déclarent être opposés à la peine mort!

  7. Ce qu’il y a d’étonnant avec les Elléfistes c’est que plus c’est gros, plus ça passe. Avec Mélanchon au pouvoir, Dieu nous en garde, son cher et tendre Robespierre rentrerait immédiatement au Panthéon

  8. Plus c’est gros, plus ça passe : morceau d’anthologie sur Robespierre et la peine de mort tout de même…Gageons nonobstant que M. Léaument aurait néanmoins, à une certaine époque (loi des suspects), vraisemblablement mis sa tête en danger en tenant les propos critiques – même minimes – qu’il tient sur celui qui n’est donc pas tout à fait son idole…

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