Contre le « No Kids », la CNCDH préconise l’enfant roi…

Pour contrer l'intolérance de certains vis à vis des plus jeunes, la commission émet 18 recommandations ...
Photo de Mahmoud Yahyaoui: https://www.pexels.com/fr
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Paru début juillet, « le nouvel avis de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) tire la sonnette d'alarme sur le phénomène préoccupant des espaces dits "no kids" ou "adults only" ». Si l’intention est louable, puisque comme le dit la haute-commissaire à l'Enfance, Sarah El-Haïry, dans le communiqué de presse, les enfants « ne sont pas des citoyens de seconde zone », l’avis de la CNCDH n’échappe pas à la règle de notre époque : de la dénonciation d’une « inquiétante domination adulte », d’une invisibilisation des enfants et d’une certaine intolérance vis-à-vis des plus jeunes, la CNCDH dérive vers des combats plus orientés. En effet, explique le rapport de la commission, le phénomène « frappe de plein fouet les enfants issus de milieux défavorisés qui dépendent des espaces publics gratuits, les jeunes racisés soumis à la stigmatisation, les filles entravées par des stéréotypes de genre, ainsi que les enfants en situation de handicap pour qui l'accessibilité reste un obstacle majeur ».

Du respect des droits des enfants...

Lundi 6 juillet, la CNCDH aurait pu émettre des avis consultatifs visant à rendre à l’enfant sa juste place dans la société, c’est-à-dire ni l’exclure de certains espaces publics, ni en faire un enfant roi auquel l’adulte doit se plier. En effet, explique le rapport, « c’est notamment une proposition commerciale de la SNCF excluant les enfants de moins de 12 ans qui a conduit la haute-commissaire à l’Enfance à saisir la CNCDH afin de réfléchir à ce phénomène et à ses conséquences en termes de respect des droits ». La saisie de la CNCDH par Sarah El Haïry, haute-commissaire à l'Enfance, en février dernier, pour mener « une réflexion sur le phénomène dit du "No Kids" et ses conséquences sur la place de l'enfant dans notre société », ne sort pas de nulle part et l’utilité d’un tel rapport n’est pas à démontrer, surtout à l'heure où la France tente de relancer sa natalité. Mais si l'intention est louable, le rapport de la CNCDH multiplie les biais idéologiques au point de lui faire perdre toute crédibilité.

...à la dénonciation de la domination de l’adulte

Ainsi, explique le rapport dans son résumé, parce que « l’invisibilisation » des enfants « traduit une forme de domination adulte, ou "adultisme", qui perçoit trop souvent l'enfant soit comme un être vulnérable à contrôler, soit comme une source de nuisances », sa « présence dans l'espace public doit s'appréhender à travers le principe d'équidignité ». Or, « le droit à la non-discrimination fondée sur l'âge et le "droit à la ville" exigent que l'espace commun ne soit pas pensé exclusivement par et pour les adultes, mais permette la coexistence intergénérationnelle ». Ah, qu'en termes galants ces choses-là sont dites, n'est-ce pas ? Un vocabulaire abscons mais follement dans l'ère du temps pour dire que toutes les générations doivent non seulement se partager la rue, mais qu’il faudrait, en plus, que cette dernière soit revue à hauteur d'enfant. C'est que, selon la CNCDH, si l'enfant a disparu de l'espace public c'est parce que l'« espace urbain [est] pensé avant tout pour l'automobile au détriment des piétons », à cause d'une « angoisse des parents par rapport à la sécurité des enfants, conduisant à une protection parfois excessive et à la création d'"enfants d'intérieur" » et, enfin, à cause d'« une intolérance d'une partie de la population face aux enfants, de plus en plus perçus comme des sources de nuisances ». Alors, dénonçant une « ségrégation générationnelle », la CNCDH préconise de mettre l'enfant au centre de la ville.

L’impossible équilibre entre le No Kids et l’enfant roi

C’est en tout cas ce qu’on peut comprendre des dix-huit recommandations formulées par la CNCDH. Et si la quatrième semble tomber sous le coup du bon sens en appelant à l’interdiction des espaces No Kids, les autres laissent un peu pantois. Il faudrait ainsi, par exemple, « réduire la place et la vitesse de la circulation automobile en ville et zones habitées afin de multiplier et sécuriser les voies piétonnes et favoriser les mobilités douces », « développer et transformer les aires de jeux afin de les intégrer davantage à l’espace public et de les concevoir, en concertation avec les enfants, dans l’objectif de laisser libre cours à leur créativité », mais aussi que les « pouvoirs publics [mettent] en place des campagnes de sensibilisation du grand public aux besoins et aux caractéristiques des enfants afin d’améliorer la tolérance et la cohabitation intergénérationnelle » ou encore « associer directement les enfants à la conception de projets d’aménagements urbains » et « développer des dispositifs favorisant l’autonomie des enfants dans l’espace public, notamment les "rues aux écoles" et, au-delà, les "rues pacifiées" et "rues apaisées", les espaces de jeux libres et les aménagements facilitant les déplacements autonomes ». En bref, il s’agirait de passer d’espace urbain conçus pour les adultes à des villes à hauteur d’enfant. Mais le rapport de la CNCDH ne se cantonne pas à ces préconisations d’aménagement, elle va bien plus loin en « recommand[ant] de mener une réflexion sur le renforcement de la citoyenneté des enfants, et plus précisément sur l’abaissement de l’âge du droit de vote », et en préconisant, notamment, « de mener une réflexion sur la création d’un ministère de plein exercice dédié à l’enfance et à la jeunesse ». Manifestement, donner simplement à l’enfant sa juste place relève de la mission impossible !

Autre mission tout aussi impossible, manifestement : rendre un rapport sans infusion idéologique, puisque « la CNCDH recommande d’inclure au sein des politiques publiques en faveur de l’égalité de genre un volet spécifique sur l’appropriation de l’espace public par les filles dès leur plus jeune âge ». Ce rapport rendra-t-il vraiment service aux enfants ? Une chose est sûre, l’enfer est pavé de bonnes intentions et ce rapport, dans tous ses excès, n’échappe pas à la règle.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 18/07/2026 à 23:57.

Vos commentaires

43 commentaires

  1. J’ai voyagé en train avec mes enfants pendant toute leur jeunesse. Au moindre éclat de voix, c’était la « calotte » systématique, ce qui les calmait aussitôt. J’avais, après, les remerciements et félicitations des autres voyageurs qui me disaient que moi, au moins, savait éduquer mes enfants. ô tempora ! ô mores !

  2. N’en déplaise à mes détracteurs, si les enfants était un peu mieux éduqués, il n’y aurai pas ce genre de problème, voir de réflexion. Moi mes enfants quand j’allais au restaurant, après le repas ils avaient une feuille de papier et des crayons de couleur et on ne les entendaient pas, ils ne couraient pas dans tout les sens en criant.
    Je sais ça ne peux pas plaire ce que je dis mais c’est pourtant ainsi.

    • Et j’imagine qu’ils ne mettaient pas les pieds sur les sièges des transports en commun comme le font certains adultes

  3. Des gosses mal éduqués qui confondent un restaurant avec une cour de récré, hurlent, courent entre les tables sous l’indifférence des parents constituent une nuisance et gâchent ces moments sinon agréables ! Rien d’étonnant à voir s’agrandir alors les demandes « no kids »

  4. Prôner le « vivre ensemble » et le rendre insupportable simultanément. Notre société est devenue gravement malade de la tête.

  5. Quand je roule en voiture, j’aimerais aussi me trouver dans des rues apaisées car je dois sans cesse me méfier des piétons qui traversent sans regarder, les cyclistes qui utilisent les passages pour piétons, les trottes ( les modes doux, ahaha) qui n’ont que faire du code de la route, comme les cyclistes qui n’ont pas de permis de conduire alors qu’ils utilisent les voies publiques et sont soumis au code de la route.

  6. Si les enfants étaient bien élevés, bien éduqués on ne leur interdirait pas certains endroits. Ce sont les parents qu’il faudrait exclure et éduquer. Personnellement, j’obéissais « au doigt et à l’oeil » même pas besoin de parler. Mais c’était dans les années 40…

  7. Ce sont les parents qui doivent élever leurs enfants ! Aujourd’hui on voit trop d’enfants dont les parents ne s’occupent pas ou trop peu.

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