[ÉDITO] Euthanasie : le Sénat, ou l’honneur en vacances buissonnières

À quoi bon !
sénat

Encore l’euthanasie, me direz-vous ! Mais le sujet est suffisamment grave – puisqu’il s’agit de vie et de mort – pour que l’on y consacre encore quelques lignes, quelques minutes, après le vote de mardi à l’Assemblée nationale, et avant que tout ne soit consommé. Sauf à être complètement abruti, on a bien compris l’idée générale : il faut qu’avant le 15 juillet, l’affaire soit pliée. Parce qu’après, ça sera les vacances parlementaires, parce qu’il faudra bien terminer en beauté cette session parlementaire, parce qu’Emmanuel Macron et Yaël Braun-Pivet s’impatientent. Que de bonnes raisons pour qu’on en finisse au plus vite, avant de passer à autre chose, c’est-à-dire pour partir en vacances.

À quoi sert le Sénat ?

Reste, tout de même, un dernier passage au Sénat avant le tout dernier vote des députés qui, de toute façon, constitutionnellement, ont le denier mot. Une formalité, me direz-vous. Certes. D’ailleurs, au passage, à quoi sert le Sénat ? C’est ce qu’on lit régulièrement, ici et là, avec en toile de fond le souci de faire des économies. Mais bien sûr ! À ce compte, on pourrait même supprimer l’Assemblée nationale... Pas le temps de vérifier, mais les pays dans le monde qui n’ont pas de « chambre haute » doivent se compter sur les doigts de la main d'un manchot. On y trouve notamment la Corée du Nord, charmante monarchie communiste d’Extrême-Orient. Cela devrait constituer un indice et faire réfléchir les adeptes de la tronçonneuse à tout va… Mais nous nous égarons du sujet. Quoique. Car, rassurez-vous, cette petite plaidoirie en faveur du Sénat n’est que l’entrée en matière. Et l’on va dire maintenant des choses un peu moins gentilles.

L'affaire est pliée

En effet, qu’apprend-on, ce jeudi 2 juillet ? Qu’il n’y aura probablement pas de vrai débat au Sénat sur cette loi sur l’euthanasie, le 7 juillet prochain. C’est notre confrère du Figaro Wally Bordas qui a révélé l’affaire. Mercredi matin, les sénateurs de la commission des affaires sociales ont voté une « question préalable ». C’est quoi, ça ? C’est une procédure qui permet de rejeter le texte dans son ensemble avant même toute discussion, tout débat. La manœuvre est maligne. En effet, on sait que la majorité LR du Sénat est opposée à cette loi. Encore une fois, vous me direz que c'est logique et cohérent : une majorité de sénateurs estiment que cette loi est mauvaise, autant la rejeter en bloc. Vu comme ça, oui. Mais cela veut dire aussi que le texte va repartir à l’Assemblée tel qu’il est venu. Pas de version du Sénat, pas d'amendements, pas de commission paritaire mixte. Bref, l’affaire est pliée. « Ils offrent sur un plateau la victoire aux partisans de l’euthanasie », s’énerve un sénateur LR, qui ne doit pas être membre de la commission des affaires sociales. Toujours dans Le Figaro, l’on découvre les réflexions de certains sénateurs et cela en dit long sur l’état d’esprit. Des réflexions que l’on peut résumer : « À quoi bon, de toute façon, les députés ont le dernier mot. »

L'effet-cliquet

Le pompon revient tout de même au sénateur centriste macroniste Hervé Marseille : « Ceux qui nous demandent de débattre pour débattre ou de faire de l’obstruction sont bien mignons, mais on ne va pas se taper une semaine pour finir la langue pendante, car, en plus, il fait chaud, et pour au final redonner la main à l’Assemblée. Ça ne changerait rien. » On est bien d’accord que l’on ne parle pas d’une proposition de loi quelconque portant, par exemple, sur l’interdiction de l’accès et l’usage des super-yachts dans les eaux et ports français ou encore sur le taux de sucre dans les confitures (si, si, ça existe, vérifiez), mais d’une loi qui touche à l’essentiel de notre humanité. Une loi, comme on sait, avec « effet-cliquet », c'est-à-dire sur laquelle on ne reviendra pas, sauf pour la rendre plus permissive. Ça mérite peut-être de parlementer, non ? Il paraît même que c'est le rôle... du Parlement.

On ne va pas monter sur nos grands chevaux et évoquer l'esprit d'abandon qui souffla, parfois, autrefois sur la France (notamment au début de l'été), mais l'on ne peut s'empêcher de penser à cette phrase : « Les seuls combats perdus d’avance sont ceux qu’on refuse de livrer. » En tout cas, on ne peut que souhaiter de bonnes vacances aux sénateurs. Qu’ils n’oublient surtout pas de s’hydrater régulièrement et de privilégier « les activités douces », comme le recommande le gouvernement. La sieste doit en faire partie.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

55 commentaires

  1. Avec ce Hervé Marseille, un exemple de tout ces parlementaires qui ne servent à rien, et qui sont là uniquement pour empocher leurs indemnités.

  2. Le sanat coute des milliards au Français et il sert à rien ! C’est un hospices très luxueux pour vieux ! Pourtant tous c’est sénateur sont directement et bientôt concernés par l’euthanasie vu leur âge . Il faut fermer le sénat !

  3. Parler d’Honneur aujourd’hui , quelle audace !
    Pour la Gauche c’est  » pétainiste  » , pour le Centre c’est  » ringard  » , pour ce que fût jadis la Droite ce n’est plus qu’un  » cache-nez  » , un masque pour cacher leur imposture !
    Idem en ce qui concerne la Démocratie, l’Etat, la Nation , la Liberté, l’Egalité et la Fraternité !
    Nos politiques sont des félons qui font « carrière  » c’est aussi simple que ça

  4. Le Senat c’est comme le referendum de 2005, on leur demande leur avis pour mieux le foutre a la poubelle a l’Assemblée Nationale qui le votera….Reste le conseil constitutionnel et sa star Ferrand qui dans tous les cas a les cartes en mains.

  5. « Les seuls combats perdus d’avance sont ceux qu’on refuse de livrer. » Excellent résumé de l’historique des droites françaises, constamment en recherche de la permission de gauche.

  6. Le sénat, qui pouvait s’opposer à la loi sur l’euthanasie, montre une nouvelle fois que cette institution ne sert à rien.

  7. Le sénat qui désaprouve le projet de loi demande au premier ministre de suspendre le processus démocratique dont il a la charge et qu’il n’approuve pas lui-même. Cela tient de la tragédie de Racine :  Invitus invitam dimisit » (Malgré lui, malgré elle, il la renvoya). A suivre donc !

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