Plan « Ripost » : énième électrochoc d’autorité sur un cadavre déjà froid

Comment va-t-on aller récupérer le montant de ces amendes que les auteurs de rodéos ou les fumeurs de pétards ne paieront jamais ?
@ministère de l'Intérieur
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Vous vous souvenez peut-être de cette série qui fit les beaux jours de France 2, au tournant des années 90 : Urgences (Emergency Room ou ER, pour les anglophones). Au travers d’épisodes menés tambour battant, on suivait le quotidien d’une équipe de médecins américains confrontés à des cas graves et à un stress important. Parmi les scènes devenues des clichés, il y avait le lit à roulettes qui franchissait les portes battantes, un patient mourant sur le matelas, tandis que l’infirmière de garde donnait les constantes et le diagnostic sommaire, d’une voix légèrement haletante, au praticien qui prenait la situation en charge.

Il y avait une autre scène récurrente dans Urgences : celle de la défibrillation. « On le perd, on le perd ! », criait l’un des membres de l’équipe médicale, lorsque le pouls du patient s’affolait ou qu’un long bip sur le moniteur signalait un arrêt cardiaque. Alors, un autre médecin allait chercher le défibrillateur, le faisait charger dans un bruit caractéristique, criait « Dégagez ! » puis plaquait les pièces métalliques sur le torse de la victime, lui communiquant un choc électrique qui, parfois mais pas toujours, suffisait à le « ramener ».

Eh bien, c’est un choc de ce type que nous promet le pouvoir exécutif avec le plan « Ripost ». Baptisé ainsi avec un goût puéril de l’acronyme stupide qu’on ne retrouve plus que dans la fonction publique, ce plan signifie, en forme longue, « Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l'Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité ». Rien que ça : attention, ça va chauffer. Voulu par Bruno Retailleau lorsqu’il était à Beauvau, ce plan va donc être porté par Laurent Nuñez. Les discussions devraient commencer au Sénat, en soirée ce lundi, et se prolonger mardi et mercredi, avant un vote solennel fixé au 26 mai. Ce plan prévoit, dans ses grandes lignes, un durcissement de la réponse pénale face aux différentes « incivilités » qui se multiplient dans l’espace public. Rodéos, usage de protoxyde d’azote, organisation de rave-parties ou de free parties, usage de stupéfiants : on ne connaît que trop bien cette pénible litanie.

Augmentation des amendes forfaitaires

Pour faire face à l’ensauvagement de la société, l’arme principale du plan « Ripost » est l’augmentation des amendes forfaitaires délictuelles. 800 euros pour les rodéos, 500 euros au lieu de 200 pour l’usage de stupéfiants – une mesure qu’au passage, la gauche critique, sans que cela ne surprenne grand-monde… Un nouveau délit d’organisation de free party sera puni de 30.000 euros d’amende et jusqu’à deux ans de prison.

On pourrait se dire que c’est mieux que rien. On pourrait aussi se dire qu’en termes de fermeté, la loi est devenue depuis longtemps un jeu, avec des règles souvent absurdes, un jeu auquel on peut accepter de jouer ou non. La plupart des citoyens « jouent le jeu », comme on disait, significativement, au temps de la terrible pandémie de Covid-19 qui fit des centaines de milliards de morts. Et les gens qui commettent des infractions, bien souvent, ne le jouent pas. Comment va-t-on aller récupérer le montant de ces amendes que les auteurs de rodéos ou les fumeurs de pétards ne paieront jamais ? Bon courage pour aller investir les quartiers perdus de la République avec le talon de la contravention…

À force de « chocs d’autorité », on finit par oublier que le cadavre de l’État de droit est déjà totalement froid. Rien ne sert d’ajouter des amendes. Des taxes, des impôts, des contraventions : ce sont les armes d’un État qui opprime les honnêtes gens. Aucun délinquant n’ira en prison. Tout continuera comme avant. On aura juste changé la partition de l’orchestre du Titanic.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

80 commentaires

  1. Qui peut croire un instant que des ados sont en mesure de payer des centaines ou milliers d’euros d’amende? A moins évidemment de faire un cambriolage ou de trafiquer de la drogue! Idem pour des peines de prison quand les prisons sont pleines! On se fout vraiment de nous, et ces fonctionnaires sont des incapables qui doivent bien faire rire les jeunes menacés de tant d’incrédulité…

  2. N’empêche , quand on regarde le bonhomme , son corps parle pour lui, on voit qu’il meurt d’envie de nous dire quelque chose ..mais quoi ? Je n’ose penser qu’il pourrait s’agir de méchancetés quand même…?

  3. des centaines de milliards de morts, un peu exagéré non, il n’y aurait plus de vivant sur terre. Pour être sérieux, en effet qui va aller chercher les impayés, le seul remède c’est de ponctionner les aides jusqu’au paiement des amendes, ce système s’applique aux gens qui bossent par saisies sur salaires, il doit donc s’appliquer aux délinquants par saisies sur les aides quelles qu’elles soient.

  4. Quand vous, citoyen ordinaire, vous transgressez une limite à 30km/h, vous serez poursuivis, l’état sera sans pitié, et ne lâchera rien, vous poursuivant âprement jusqu’au paiement. La racaille, elle, peut tout se permettre sans suite pénale !

    • Soyez encore heureux. Il existe un petit pays (et certainement d’autres aussi) où il n’y a absolument aucune indulgence. Dès que votre vitesse enregistrée dépasse la limite autorisée d’un certain pourcentage (très faible), l’amende est immédiate, salée et définitive. Et ils vous poursuivront jusqu’au bout, ne vous y trompez pas. Er rouler 30 km/h au-dessus de la limite de vitesse revient pratiquement à se ruiner financièrement…

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