Fontvieille : le moulin d’Alphonse Daudet en danger

Le propriétaire et le maire sont en conflit depuis 15 ans au sujet des réparations à entreprendre sur l’édifice.
Moulin de Daudet au soleil couchant
Moulin de Daudet au soleil couchant

« J’avais acheté, dans la campagne de Provence, un petit moulin à vent abandonné, tout entouré de pins et d’oliviers… C’est là que je vins m’installer pour écrire mes lettres. » Ces quelques lignes sont extraites de la préface des Lettres de mon moulin, écrite par Alphonse Daudet. L’écrivain parle du moulin de Fontvieille dans les Bouches-du-Rhône, lieu d’écriture de son célèbre recueil de nouvelles.

Classé monument historique en 1931, l’édifice est aujourd’hui en péril. Son propriétaire, Jacques Bellon, est en conflit avec la mairie. Il explique à BV : « Ma famille l’avait donné en location pendant 51 ans jusqu’en 2011. À l’expiration du bail, nous avons constaté que le monument avait été mutilé, la toiture éventrée, l’arbre moteur qui tient les ailes et les engrenages débité à la tronçonneuse. À ce moment-là, on a cherché une solution amiable avec la mairie, qui n’a pas voulu d’arrangement. Nous avons été obligés d'engager un contentieux. »

D’importants dégâts

En première instance, par le tribunal judiciaire de Tarascon le 15 décembre 2023, comme devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence, le 4 mars dernier, la responsabilité pleine et entière de la mairie a été retenue. La Justice a jugé qu'elle « a manqué à l’obligation contractuelle d’entretien de l’immeuble et à l’obligation de mise en conformité avec les règles du Code du patrimoine qui s’imposent, compte tenu de la spécificité du bien ». Elle l’a, en outre, déclarée « responsable des préjudices subis du fait des dégradations du bâtiment » et l’a condamnée à prendre en charge les réparations.

La situation aurait donc dû s'arranger, mais un nouvel élément est venu relancer le conflit. Le 9 avril dernier, le maire de la commune, Gérard Garnier, a pris un arrêté de mise en sécurité qui oblige le propriétaire à effectuer, à ses frais, des travaux en urgence. Pour Jacques Bellon, c’est une manœuvre grossière mise en place pour « inverser la charge financière des travaux. Les tribunaux judiciaires ont condamné la mairie à payer, mais la mairie veut nous faire payer. »

Qu’en dit le maire ? Rien ! BV avait obtenu un rendez-vous téléphonique avec lui pour connaître sa version des faits, mais il ne l’a jamais honoré. Même chose pour le second rendez-vous pris.

Une arrière-pensée ?

Ce silence interroge et donne du crédit aux dires du propriétaire, qui soupçonne la mairie de vouloir faire perdre de la valeur au moulin pour l’acquérir à moindre prix. Dans une interview accordée à France 3, l’édile ne cache d’ailleurs pas être intéressé par l’édifice. Ce serait, selon le propriétaire, pour cette raison que le moulin aurait été privé d’électricité et que la mairie aurait fait construire un parking payant adjacent au monument, faisant drastiquement baisser la fréquentation du lieu. « En 1998, il y avait 100.000 visiteurs par an ; aujourd’hui, 5.000, c’est le bout du monde », confie Jacques Bellon.

Le propriétaire ne s’attend pas à recevoir à nouveau autant de monde lorsque le moulin sera réparé, il souhaite simplement « qu’il soit ouvert au public et qu’il soit remis dans son état de fonctionnement normal de manière à ce qu’on puisse faire des animations, qu’on refasse de la farine ponctuellement ».

Il veut redonner vie au moulin. Pour ce faire, il a saisi le juge judiciaire pour qu’il fasse appliquer les décisions qu’il a rendues, mais il ignore combien de temps cela prendra et s’il parviendra à ses fins. Il vit cette bataille avec la mairie comme une épreuve, une épreuve où il n’a rien à gagner. Il prévient : « Ce n’est pas par cupidité, car ça ne fait que me coûter de l’argent », mais « il faut sauver le moulin de Daudet », sauver le patrimoine français.

Vos commentaires

29 commentaires

  1. Saccager le Pont Neuf et changer les magnifiques vitraux de Notre Dame, abimant l’âme de notre beau patrimoine, semblent plus importants à nos zélites décérébrés que de sauvegarder notre magnifique et authentique patrimoine national.

  2. Donné en location à qui ? Si c’est la mairie , à elle de payer , si c’est un privé , à lui de payer les déteriorations volontaires , pour la toiture , au propriétaire de payer , c’est tout mais je pense aussi question d’historique culturel , les Bouches du Rhône peuvent payer la restauration du moulin au lieu de filer du fric à SOS Méditarrannée pour les migrants

  3. Au bout de 51 ans le propriétaire découvre la casse produite par le locataire ? Comme aurait pu dire le regretté Fernand Raynaud : « ya comme un défaut là » ! Le-dit propriétaire n’a-t-il pas exercé son devoir de surveillance du maintien du bon état du bien ? Le premier responsable, c’est lui et non la Commune ou l’État….la négligence a un coût. En tous cas quelle tristesse de voir ce bien tant dégradé.

  4. C’est la commune, et non l’état qui doit aider à l’entretien des lieux « classés monuments historiques »?
    On pourrait le reconvertir en éolienne pour réduire les frais ?
    « Lettres de mon éolienne » sera une excellente suite à écrire ? Les contes du mardi seront aussi géniaux que ceux du lundi?

  5. Ce comportement de la part du maire est particulièrement malhonnête. Je suis atterrée d’apprendre que le Moulin de Daudet a subi des dégradations, a souffert du vandalisme. C’est un scandale ! Je constate d’ailleurs que, d’une manière hélas quasi générale, les maires ne protègent pas le patrimoine. Bien au contraire, ils choisissent prioritairement la destruction d’un édifice, même historique, plutôt que d’investir des capitaux pour leur restauration, privilégiant les parkings ou cédant aux offres de promoteurs avides. Ainsi, des lieux magnifiques disparaissent à jamais pour laisser place à des immeubles hideux et des populations souvent indésirables.

    • Un petit menteur cet Alphonse ? Il paraît que le contenu des lettres pourrait , comme les romans , comporter de la fiction.
      On n’ avait pas encore inventer le célèbre « Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence » et on ne pouvait pas se méfier.

  6. Dire que l’Etat préfère balancer par les fenêtres 200.000 € pour rénover le palais du roi éthiopien a Addis-Abeba.
    Palais dont tous les français se foutent car c’est pas nôtre histoire.
    Alors que tout le monde connaît Alphonse Daudet .

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