Logo contre blason : et si les villes se réappropriaient leurs armoiries ?

Plusieurs maires l’ont fait, d’autres pourraient suivre.
Capture d'écran X
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Sous l'Ancien Régime, en suivant l’exemple des chevaliers et de leurs armoiries, métiers, confréries et villes se dotent de blasons. Cet emblème permet aux communes de se distinguer les unes des autres, mais aussi d'authentifier des documents et de montrer leur puissance. Ces blasons répondent à des règles et sont composés de différents symboles qui ont une signification. Ils font référence à l’histoire et aux qualités de la ville.

Petit à petit, à notre époque où les hommes pensent toujours pouvoir faire mieux que leurs ancêtres, ces armoiries ont été remplacées ou stylisées. Au fil du temps, elles ont laissé place à des identités visuelles sans âme et oubliant des pans entiers de l'Histoire. C’était le cas à Liévin, dans le Pas-de-Calais ; ça ne l’est plus. Le maire de la commune, Dany Paiva (RN), élu en mars dernier, a décidé de renouer avec le passé visuel de sa commune. Le 11 mai, il a annoncé par voie de communiqué renoncer au logo de la ville pour revenir à un emblème « directement inspiré du blason historique liévinois ».

Le blason, un héritage

Fini, les lettres faussement manuscrites et le bouclier déstructuré. Liévin est désormais représenté par un écu, « hérité des anciennes armoiries seigneuriales de la famille de Liévin, les anciens maîtres du territoire », une couronne murale, « symbole classique des villes et communes en héraldique », deux torchères d’or enflammées de rouge qui « rappellent la production d’essences de synthèse, une activité industrielle directement liée à l’exploitation du charbon dans le bassin minier », « deux branches de fougère d’or évoquant les fossiles de fougère que remontaient les mineurs de charbon du fond des puits » et une croix de guerre qui « honore les sacrifices de la population liévinoise lors des deux guerres mondiales* ». Chaque détail a un sens et, de fait, ce retour aux sources et à l’Histoire a du sens.

Dany Paiva n’est pas le premier maire à faire ce choix hautement symbolique de remettre l’Histoire au centre de la ville et de sa communication. Avant lui, Julien Sanchez, l’ancien maire RN de Beaucaire dans le Gard, avait fait de même. En 2018, il a présenté à ses administrés le nouveau logo de la ville, à savoir l’ancien blason, en insistant sur le fait qu’il représentait les traditions, les racines et l’identité de la commune.

Ces deux édiles peuvent-ils faire des émules ? C’est le vœu de Damien Rieu, qui interpelle le maire de Carcassonne, sur X, pour qu’il en fasse de même. Christophe Barthès, qui a beaucoup fait parler de lui en deux mois pour des prises de position patriotiques, pourrait bien se laisser tenter. Il n’est pas le seul car, partout en France, de nombreuses villes ont sacrifié leur blason pour un affreux logo prétendument moderne.

Le logo, une modernité ringarde

C’est le cas de plusieurs communes désormais dirigées par le Rassemblement national, parti souvent plus enclin à faire honneur aux traditions, comme La Seyne-sur-Mer, Fréjus, Montauban, Castres, Montargis, La Flèche, Vierzon…

Cela dit, si d’autres édiles trouvent l’idée de remettre les armoiries de leurs communes en avant intéressante, qu’ils ne s’en privent pas. Ce n’est pas chose réservée à la droite. En 2022, Benoît Payan a lui aussi supprimé le logo de Marseille pour réadopter le blason de la cité phocéenne composé d’une couronne, d’un trident qui symbolise la mer et le voyage, d’un taureau signe de patience, de travail et d’agriculture, d’une croix bleue pour la foi et la fidélité, d’un caducée symbole du commerce et d’un lion figurant la force, la puissance et la vigilance. La devise de la ville, Actibus immensis urbs fulget Massiliensis, signifiant « la ville de Marseille resplendit par ses hauts faits », est également présente en bas des armoiries.

Si le maire de Marseille, que nul ne peut accuser d’être identitaire, peut le faire, pourquoi pas ceux des autres grandes et moins grandes villes de France ? Mesdames et Messieurs les maires de Paris, Toulouse, Nantes, Montpellier, Strasbourg, Bordeaux, Lille, Rennes et autres, n’ayez pas peur d'abandonner vos logos faussement modernes et réellement ringards pour faire honneur à votre Histoire et à vos racines sans que cela ne coûte grand-chose, ce qui, par les temps qui courent, n’est pas négligeable. À bon entendeur…

 

* NDLR : la ville de Liévin fut décorée de la croix de guerre 14-18 à la suite des destructions qu'elle subit durant la Grande Guerre. La décoration lui fut remise en 1920.

Vos commentaires

25 commentaires

  1. C’est le bon sens. Même des maires « pas de droite » ( mais pas d’extrême inverse ! ) disons… rétablissent ici ou là, le blason de communes. Il faudrait aussi rétablir nos régions. L’ Hurepoix, Beauce, Maine, Limousin, Poitou, Berry… plutôt que : Grand Est etc de M. Hollande !

  2. Des logos pour enrichir le copains qui toucheront des Fonds en permanence et détourner ces fonds pour les élections. C’est cela le modernisme. De plus ces logos sont généralement très moches.

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