La mesure la plus contestée de la est le report de 62 à 64 ans de l’âge où l’on pourrait toucher l’intégralité de sa pension, puisque, même à 64 ans, nombreux seront les , nés avant 1975, à se voir encore appliquer la décote s’ils n’ont pas leurs 43 années d’annuités. Elle n’est pas propre à la et nos voisins sont souvent plus durs que M. : l’Allemagne va imposer 69 ans, même la sociale-démocrate a poussé le curseur jusqu’à 67 ans tout en favorisant, il est vrai, le développement du mi-temps pour les seniors.

Un des facteurs qui déterminera le succès ou l’échec de cette réforme sera la montée en puissance ou non du travail des seniors de plus de 62 ans.

Pour essayer de décrypter l’avenir, on peut examiner les effets des réformes qui se sont succédé depuis 1995 : le nombre d’annuités nécessaires pour percevoir une pension complète a augmenté d’abord à 40 ans, en 1995, puis à 42 ans, en 2010, alors que l’âge de départ passait de 62 à 60 ans. Selon la Cour des comptes, entre 2013 et 2018, « la baisse de la proportion de retraités parmi les personnes de 59 ans à 62 ans n’a été que partiellement compensée par l’augmentation du taux d’emploi de cette catégorie ». En 2016, 28 % des personnes de plus de 60 ans ne sont ni en emploi ni en retraite, selon le COR (Conseil d’orientation des retraites). Actuellement, seuls 50 % des seniors de plus de 50 ans retrouvent un emploi après un an de chômage ; entre 2008 et 2018, le nombre de seniors de plus de 50 ans au chômage a crû de 482.000 à 1.434.000, celui des plus de 60 ans de 20.000 à 330.000 (chiffres repris par 20 Minutes). Pendant cette même période, le nombre d’allocataires du RSA ou des pensions d’invalidité a explosé de 80.000 unités pour ceux qui ont 60 et 61 ans. Ces chiffres sont considérables et expliquent pourquoi ce départ toujours plus tardif est perçu de façon très anxiogène.

Pour autant, le travail a crû plus vite que le chômage : le report de deux ans de l’âge de la retraite a fait augmenter de 17 points le taux de l’emploi et de 7 celui du chômage. Il y a donc, pour finir, une hausse du nombre d’actifs en France (le chômage des ayant un peu décru pendant cette période) et, in fine, une augmentation du gâteau à distribuer.

Que va-t-il se passer avec le report à 64 ans de l’âge pivot ? Il y aura, en partie, une adaptation du marché du travail. Un pourcentage important des seniors concernés conserveront leur emploi bon gré mal gré. Nous aurons, sans doute, un bond des licenciements « à l’amiable » au-delà de 62 ans, qui concernera des personnes qui n’auraient pas utilisé ce procédé avant la réforme. Enfin, la pauvreté s’étendra, car beaucoup de personnes, à 62 ans, auront épuisé leurs droits aux allocations chômage et basculeront sur le RSA. Notons, également, que la de ceux qui seront contraints de travailler plus longtemps va sans doute se dégrader et jouer (un peu !) sur l’espérance de vie.

15 décembre 2019

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