Alors que l’évacuation des soldats alliés se poursuit à Dunkerque, le gouvernement est informé, depuis quelques jours, qu’une opération spéciale nommée Paula devrait frapper Paris et sa région, en particulier les bases aériennes. Déjà le 20 mai, le 5e bureau (contre-espionnage) a recueilli quelques bribes d’informations qui sont confirmées le 26 mai et le 28 mai quand une équipe, celle du capitaine Bertrand, décrypte un message relatant la liste des terrains français visés. La Luftwaffe cible le ministère de l’Air, les nombreux aérodromes de Paris et sa couronne, ainsi que les usines Citroën, quai de Javel, qui fabriquent alors des armements.

Le 29 mai, suite au décryptage de plusieurs communications entre la Kampfgeschwader 77 (KG 77/77e escadron de bombardiers) et le VIIIe Fliegerkorps (8e corps aérien), les Français savent clairement que l’opération Paula concerne Paris et qu’elle se déroulera le 3 juin. En effet, l’opération devait être menée le 30 mai, mais le mauvais temps a une fois de plus empêché cette entreprise.

Le général Joseph Vuillemin (1883-1963), chef d’état-major de l’armée de l’air, sous-estime l’importance de l’opération même si l’opération Tapir est mise sur pied pour contre-attaquer l’aviation allemande. Elle regroupe environ 250 chasseurs, sans dégarnir le front.

Le 3 juin, vers 13 h 15, l’alerte sonne dans Paris.

Côté allemand, des Heinkel He 111, des Dornier Do 17, quelques Junkers Ju 88 et, pour la chasse, des Messerschmitt Bf 109 et Bf 110 sillonnent les airs. Côté français, une défense est assurée, dans le cadre de Tapir, essentiellement par des Dewoitine D.520 et des Bloch MB.152. Des pilotes tchèques et polonais ainsi que des avions belges et britanniques participent à la contre-attaque. De l’avis des historiens et des spécialistes, la DCA française est inefficace à l’exception de quelques canons de 90 mm de la Marine. Ces mêmes historiens estiment que si la contre-attaque n’atteint pas le résultat escompté, c’est en partie parce que les unités aériennes françaises et alliées ne sont pas suffisantes et qu’il existe un manque flagrant de coordination à l’échelon supérieur français.

Les attaques allemandes se révèlent précises sans pour autant provoquer d’importants dégâts. La Luftwaffe bombarde, en plus des aérodromes, 28 nœuds ferroviaires et gares de triage, mais les dommages subis restent légers et aucun n’est hors service pendant plus de 24 heures. L’aviation allemande annonce avoir détruit 75 avions français en combat aérien et environ 400 au sol. Mais les dommages infligés sont nettement moins importants : seuls 20 avions français (dont 16 chasseurs) sont détruits au sol et 15 abattus en combat aérien ; six des 16 aérodromes touchés font état de dégâts importants, tandis que 15 usines sont légèrement endommagées. Les pertes françaises au sol sont modérées, avec 254 morts (195 civils, 59 militaires) et 652 blessés (545 civils et 107 militaires). Les Français ont abattu 10 avions allemands, dont quatre bombardiers.

La presse nationale des 4 et 5 juin revient sur cet épisode douloureux. Elle compte entre 1.084 et 1.200 bombes qui se sont abattues sur la capitale et ses environs. Les autorités politiques (Albert Lebrun, Paul Reynaud, Albert Sarraut…) et religieuses (cardinal Suhard…) se rendent sur les sites meurtris. Mais, censure oblige, les journaux restent vagues sur le nom des villes, usines, quartiers, aérodromes ou immeubles bombardés.

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