En France, une élection présidentielle n’en serait pas vraiment une s’il n’y avait ces « petits candidats » leur donnant un brin de sel ; après tout, Jean-Marie Le Pen fut l’un d’eux, en 1974. Il y a là donc preuve tangible que les petites voix peuvent porter aussi haut et loin que les grandes.

Le millésime ne devrait pas échapper à cette règle non écrite. La preuve en est ces trois candidats plus ou moins « alternatifs » : Philippe Poutou, et Florian Philippot. On peut, certes, railler leurs ambitions élyséennes, probablement destinées à n’être pas couronnées de succès ; il n’empêche que ces candidatures de témoignage nous disent aussi quelque chose de la française.

Dans une Ligue communiste révolutionnaire, naguère fermement tenue en main par le grand gourou Alain Krivine, avant de devenir Nouveau parti anticapitaliste et emmené, jusqu’il y a peu, par le « facteur » Olivier Besancenot, Philippe Poutou, tente de maintenir une sorte de cap vaguement « prolétarien ». On notera pourtant qu’en la matière, les sœurs ennemies de Lutte ouvrière, Arlette Laguiller et Nathalie Arthaud, conservent quelques longueurs d’avance. Et il n’est pas évident que l’axe majeur de son programme, consistant à « garantir un revenu tout au long de la vie, au moins égal à un SMIC de 1.800 euros nets, y compris lorsque l’on est sans travail », puisse lui attirer les faveurs du MEDEF et même pas celles des électeurs, fussent-ils chômeurs.

La personnalité d’un est autrement plus sympathique. En 2014, il entame un tour de France à pieds de six mille kilomètres, avant d’échouer à se présenter en 2017 : « J’ai annoncé ma candidature un 7 avril. Un demi-journaliste est venu. » Persuadé d’avoir été victime de ce qu’il surnomme « le Club des Cinq », Jacques et Bernard Attali, Xavier Niel, Bernard Arnault et Patrick Drahi, il estime aujourd’hui : « Je leur ai tous fait peur ! J’ai été perçu comme un risque pour le système. » Voilà qui est sûrement un peu exagéré.

En revanche, ce que Florian Philippot nous dit est peut-être plus intéressant. Ainsi, le 14 juillet, annonçait-il à son tour vouloir concourir à la magistrature suprême, tout en exigeant « le départ de la France de toutes les instances supranationales qui nous font tant de mal, CEDH, OTAN, Union européenne, Schengen », tout en donnant le coup de pied de l’âne au Rassemblement national, dont il fut naguère l’informel numéro 2 : « J’ai quitté ce mouvement au moment où il a décidé de ne plus mener ce combat et de tourner la page du souverainisme. »

Il est vrai que les récentes déclarations de Marine Le Pen ont de quoi étayer les inquiétudes de son binôme d’autrefois. Simple ruse stratégique de la présidente du RN ? Il n’empêche que le trouble s’installe à la lecture du communiqué intitulé « Déclaration sur l’avenir de l’Europe », publié le 2 juillet dernier : « Le lien atlantique de l’Union européenne avec le Traité de l’Atlantique Nord ainsi que la paix entre les nations coopérantes sont une grande réussite pour un grand nombre d’Européens, leur donnant un sentiment de permanent et créant des conditions optimales de développement. »

Tant qu’à donner dans l’atlantisme, le 13 juillet, la même confie au Figaro, après avoir fait son deuil du « couple franco-allemand » : « La France devra se tourner vers le Royaume-Uni […] pour renégocier un traité d’alliance axé sur les défis de l’Indo-Pacifique et de l’espace » tout en défendant une politique étrangère « à équidistance des États-Unis et de la Russie ».

Ne pas, ou ne plus, faire la différence entre Europe et Occident, entre concurrent conjoncturel (la Russie) et adversaire structurel (les USA), prétendre jouer les supplétifs de l’OTAN dans la croisade américaine à venir contre la Chine, voilà qui est osé, venant d’une candidate citant souvent le général de Gaulle.

Comme quoi la voix de ces fameux « petits candidats » mérite parfois d’être entendue.

15 juillet 2021

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