Editoriaux - Histoire - 10 février 2020

2020 : le coronavirus. 1720 : la peste à Marseille

C’était en 1720, en Provence, et seuls les historiens s’en souviennent, notamment grâce au tableau de Michel Serre (1658-1733) qui immortalisa plusieurs scènes de peste en 1720 à Marseille.

La maladie serait arrivée à bord d’un bateau en provenance du Levant (Syrie et Liban actuels), le 25 mai 1720. Or, ce bateau a déjà subi dix décès à bord, pendant le voyage retour. Marseille est alors le seul port français à être autorisé, par le roi, à commercer avec l’Orient. Depuis la dernière grande peste de 1380, la France s’est munie, dans les ports, d’un dispositif réputé efficace de contrôle des vaisseaux, avec la mise en place du système dit des patentes (nettes, suspectes et brutes) qui permet de contrôler les entrées et sorties des vaisseaux. Mais, jugé arbitraire, abusif et parfois frauduleux, ce système ne permet qu’une mise en quarantaine partielle de certains vaisseaux. De plus, la cité phocéenne traîne, dans l’imaginaire collectif, une réputation d’insalubrité. On compte, en effet, jusqu’à quatorze épidémies qui ont ravagé la ville au cours du seul XVIe siècle[1].

Ce serait en raison d’un relâchement dans le contrôle des navires que le bacille de Yersin, à l’origine de l’épidémie, entre sur le Vieux-Port en mai 1720. Mais des analyses, réalisées en 2016[2], tendraient à prouver que le bacille se trouvait déjà sur place. Quoi qu’il en soit, les premiers cas avérés, les autorités locales, en particulier le Parlement d’Aix-en-Provence, ne tiennent pas compte des avertissements des médecins. Le docteur Charles Peysonnel[3] (vers 1640-1720), qui signale le danger le 10 juin et certifie la peste le 9 juillet, supplie les autorités (échevins, magistrats…) de faire enlever les tas de fumier qui jonchent alors les rues de Marseille et de laver à grande eau les ponts et les chaussées. Elles « n’obtempèrent » que le 27 juillet. De plus, ces mêmes autorités tardent à appliquer l’arsenal d’un dispositif validé… en 1639, c’est-à-dire l’interdiction des lieux contaminés. Cette décision n’est prise qu’en septembre 1720. Quant à l’interdiction de circuler et de commercer entre Marseille et les autres ports de Provence, elle n’est prise que le 22 février 1721, soit presque neuf mois après le début de l’épidémie.

Bien que l’on cherche à isoler les malades et que les premiers cadavres soient enterrés dans la chaux vive et leurs maisons murées, la maladie se propage. On passe le cap des cinquante morts par jour, à Marseille, vers le 20 juillet, puis celui des 100 morts, début août 1720. À la fin de ce mois, tous les quartiers sont touchés et on signale des cas à Arles, Aix, Toulon, Aubagne, Cassis, Marvejols et Mende. Entre le 10 août et le 30 septembre, ce sont plus de 1.000 personnes qui meurent tous les jours dans la cité phocéenne. Puis la maladie régresse et on ne compte plus, fin octobre, qu’une vingtaine de décès journaliers.

Le 20 juin 1721, Mgr François-Xavier de Belsunce (1671-1755), évêque de Marseille, organise une grande procession à l’occasion de la fête du Sacré-Cœur pour fêter la fin de la peste… qui reprend en avril 1722, sans causer autant de décès que l’année précédente. En août 1722, la peste est totalement éradiquée. Elle aurait fait, au cours de l’année 1720, entre 90.000 et 120.000 victimes. Avec environ 40.000 morts, Marseille aurait perdu près de la moitié de sa population.

[1] Paul Gaffarel et Marquis de Duranty – La peste de 1720 à Marseille et en France – Librairie académique Perrin – 1911.

[2] Sciences et Avenir 2016.

[3] Il meurt de la peste le 20 septembre 1720.

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