Editoriaux - International - 7 mai 2019

1949-2019 : quel bilan pour l’OTAN ?

Le cas Libye

Autre grand lieu d’intervention de l’OTAN qui fait parler par son actualité : la Libye.

Le maréchal Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne (ANL) qui s’oppose au
gouvernement d’union nationale (GNA), a tout récemment lancé une offensive afin
de s’emparer de la capitale, Tripoli. On déplore déjà plus de 264 morts, 1.266
blessés et 35.000 civils déplacés depuis le début des combats. C’est beaucoup,
pour ce pays qui vit dans le chaos et la peur depuis la mort de son chef, le colonel
Mouammar Kadhafi.

En 2011, l’OTAN répond à l’appel des Nations unies et lance l’opération Unified
Protector afin d’intervenir dans la guerre civile qui secoue la Libye. Le 31 mars, elle
prend alors en charge la totalité du commandement et du contrôle de l’effort militaire
international. S’ensuit l’imposition d’un embargo, la mise en place d’une zone
d’exclusion aérienne, puis des frappes aériennes et navales. L’intervention prendra
fin à la mort du dictateur, le 20 octobre 2011. Force est de constater que, depuis ces
événements, les conséquences sont catastrophiques, pour ne pas dire
apocalyptiques. La Libye est devenue un territoire anarchique dans lequel de
nombreuses factions se disputent le pouvoir.

En effet, comme nous le montrent les récents événements, la Libye reste totalement
divisée depuis la chute du dictateur. L’économie stagne et les crises humanitaires
s’aggravent de jour en jour. Beaucoup d’habitants décident de fuir la misère en
quittant le pays, pourtant autrefois le plus riche de la région. Le gouvernement,
soutenu par la communauté internationale, est dans l’incapacité d’assurer la sécurité
de ses citoyens. Il est très difficile de circuler d’une ville à l’autre et les milices qui prétendent défendre le pays forment, pour la plupart, une base mafieuse qui n’hésite pas à kidnapper et rançonner. L’initiative du maréchal Haftar démontre que la
situation ne va qu’en s’aggravant. En effet, trois grandes instances se disputent le
pouvoir et il n’y a pas d’autorité unique reconnue sur tout le territoire. Cela semble
annoncer encore beaucoup de malheurs pour ce pays qui, avant le passage de l’OTAN, était le plus dynamique et le plus économiquement sûr du continent.

De plus, les répercussions de l’intervention menée par l’OTAN se sont propagées
bien au-delà des frontières de la Libye. En l’occurrence, l’immigration provenant des
pays d’Afrique centrale et du Sahel n’est plus contrôlée et le flux vers l’Europe ne fait qu’augmenter. Autrefois, le contrôle des frontières était tenu d’une main de fer par le gouvernement Kadhafi. Elles sont, désormais, abandonnées aux passeurs qui
dépouillent et torturent les migrants. Les conséquences néfastes de cette guerre se
sont propagées jusqu’au Niger, au Tchad et au Mali, notamment dans la progression
d’un islam djihadiste aux ambitions transfrontalières qui peut, désormais, s’armer et
prospérer sans difficulté. À la chute du colonel libyen, la région est complètement
déstructurée et soumise au pillage des dépôts d’armes abandonnés par Tripoli.
Circonstances qui génèrent un flux de revente de matériel militaire moderne qui
alimente immédiatement indépendantistes comme djihadistes du Sahel. L’opération
Serval au Mali, véritable succès militaire français contre Boko Haram dont nous
pouvons certainement être fiers, n’aurait sans doute pas été nécessaire sans la
destruction du verrou libyen, incarné alors par Kadhafi. Encore une fois, nous
gagnons les batailles que nous créons.

J’avais déjà évoqué, brièvement, le Kosovo (1949-2019 : quel bilan pour l’OTAN ? ). Avec la Libye, ce sont deux principaux lieux d’intervention de l’OTAN pour lesquels, à chaque fois, le même scénario se répète : la destruction, au service d’intérêts stratégiques et économiques, de grandes nations qui amène à la multiplication des frontières et des conflits, la misère et le chaos.

Conséquence directe du droit de protéger sans devoir d’anticiper, une combinaison très peu géopolitique qu’incarne, en France, l’influent et tristement célèbre essayiste Bernard-Henri Lévy. Alors, quel bilan pour l’OTAN ?

À lire aussi

1949-2019 : quel bilan pour l’OTAN ?

On peut dire que le Kosovo est un État failli, un véritable échec du processus de « State …