Editoriaux - Entretiens - Santé - Société - 7 mai 2019

Jean-Marie Le Méné : « Le cas Vincent Lambert va servir de tremplin pour aller vers la légalisation de l’euthanasie ! »

Nouveau rebondissement dans l’affaire Vincent Lambert. Alors que, le 1er mai, la Cour européenne des droits de l’homme s’était prononcée pour l’arrêt des soins, les parents de Vincent ont saisi, pour la première fois, une instance internationale, le Comité international des droits des personnes handicapées, qui demande à la France de suspendre toute décision d’arrêt des soins dans l’attente de l’instruction. Pour Agnès Buzin, le ministre de la Santé, la France n’est pas tenue par l’avis de l’ONU.
Explications et décryptages par Jean-Marie Le Méné au micro de Boulevard Voltaire.

Pourquoi Vincent Lambert n’aurait-il pas le droit d’aller rejoindre un centre spécialisé ? C’est absolument inouï ! Cela ne s’explique que parce que l’affaire Vincent Lambert est une affaire politique.

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) s’était prononcée pour la mort de Vincent Lambert, le 1er mai dernier… Or, ce 5 mai, le Comité international des droits des personnes handicapées de l’ONU (CIDPH) a demandé à la France de suspendre toute décision d’arrêt des soins de Vincent Lambert dans l’attente d’une instruction sur le fond de l’affaire. Dans cette affaire, les parents de Vincent Lambert s’opposent à son neveu et à sa femme. Les premiers sont partisans de le laisser vivre, les autres de le faire mourir.

Un rebondissement a lieu dans l’affaire Vincent Lambert. C’est la première fois que les avocats de la famille de Vincent demandent l’avis d’une instance internationale. Cette fois, il ne s’agira pas de juger la décision d’arrêt de vie de Vincent par rapport à la loi Leonetti mais par rapport à la Convention internationale des personnes handicapées. C’est extrêmement intéressant. On aura, probablement, un point de vue différent. Cela va renouveler l’approche. On peut donc beaucoup espérer dans cette décision à venir. Pour le moment, l’ONU a déclaré que le dossier était recevable. Il faut donc suspendre toute mesure à l’encontre de Vincent Lambert. Cet organisme doit encore juger sur le fond. On peut espérer une issue favorable qui sera différente de celle que l’on a connue en France.

La réaction d’Agnès Buzyn, ministre de la Santé, ne s’est pas fait attendre…
Que répondriez-vous au ministre ?

Nous avons été très surpris de cette réponse assez violente. Sa réponse est très surprenante parce que je vois mal la France ne pas honorer les engagements internationaux, en matière de défense des personnes handicapées, auxquels elle a souscrit absolument librement. Il n’y a aucune raison que la France ne s’y soumette pas. On n’enverra pas les Casques bleus pour faire respecter la convention internationale, mais l’honneur de la France est tout de même engagé.
Par ailleurs, je trouve que, dans la réponse du ministre, des éléments étonnants tendent à considérer que, finalement, cette convention internationale pour personnes handicapées ne concernerait pas les gens comme Vincent Lambert. Vincent Lambert ne serait pas vraiment une personne handicapée ? Si Vincent Lambert n’est pas handicapé, qu’est-il, alors ? Il n’est ni malade ni en fin de vie. Il n’est pas en soins palliatifs et n’a pas de maladie évolutive. Il est donc handicapé !
Vincent Lambert est un grand handicapé, comme les 2.000 handicapés en France, tétraplégiques à la suite d’un accident de la circulation. Cette distinction entre les bons handicapés défendus par la Convention internationale des personnes handicapées et les mauvaises personnes handicapées qui ne devaient être protégées par personne est très dangereuse. Il me semble qu’elle avait été jugée par l’Histoire, mais peut-être que je me trompe.

Derrière l’affaire Vincent Lambert se cache évidemment un débat sur l’euthanasie. Ne craignez-vous pas que la mort donnée à Vincent Lambert ne soit une porte ouverte pour les lobbyistes de l’euthanasie ?

Si les choses continuent à évoluer dans ce sens, je pense malheureusement que cela risque de se terminer ainsi. Toutes les juridictions françaises ont apprécié la décision de fin de vie prise par l’hôpital de Reims par rapport à la loi Leonetti. Toutes ces juridictions ont donné une interprétation de la loi Leonetti, en considérant qu’il est correct de mettre un terme à la vie de Vincent Lambert, qui est un grand handicapé, mais qui n’a rien demandé, qui n’est pas malade, qui ne souffre pas et qui n’est pas en fin de vie.
La correcte interprétation de la loi Leonetti est qu’il s’agit d’une mauvaise loi, favorable à l’euthanasie. Je vous rappelle que la loi Leonetti est en deux parties. L’une date de 2005 et l’autre de 2016. Au terme de la loi de 2005, on peut comprendre que l’on peut débrancher un patient en lui enlevant la nutrition et l’hydratation, ce qui amène à la mort. La loi de 2016, elle, dit qu’il faut donner une sédation profonde et continue pour que la personne ne souffre pas. Endormir la personne jusqu’à la mort veut bien dire la tuer ! Il faut être très clair.
La loi Leonetti récuse le mot euthanasie, mais elle autorise la chose. C’est une mauvaise loi. La tentation est d’essayer de faire une bonne application de cette mauvaise loi. Cela ne marche pas ! Une bonne application de cette mauvaise loi donne le cas Vincent Lambert. On va tuer une personne qui n’a rien demandé.
Si jamais on va jusqu’à la mort de Vincent Lambert, que va-t-il se passer, ensuite ?
On dira « Plus jamais cela, c’est une horreur, cette affaire a duré six ans, c’est insupportable, on ne sait pas ce que les juges pensent, la jurisprudence est fluctuante, il faut pouvoir appliquer cela dans la sécurité juridique, les patients et les familles doivent savoir, les médecins sont très exposés… »
Par conséquent, l’opinion publique est prête pour faire une véritable loi sur la fin de vie qui soit favorable à l’euthanasie.
Le cas de Vincent Lambert va servir de tremplin pour, enfin, aller vers une loi sur l’euthanasie.
Il y a 1.700 cas de grands handicapés comme Vincent Lambert. On va dire que ces personnes ont été victimes d’une euthanasie clandestine. Les personnes qui souffrent d’Alzheimer ne sont-elles pas dans une situation encore pire que Vincent Lambert ?
On est en train d’ouvrir la boîte de Pandore. Je crois qu’on s’achemine vers une loi sur l’euthanasie. Le cas Vincent Lambert sera cette illégalité féconde. On va commettre un acte vraiment injuste à l’égard de Vincent Lambert. Cela permettra de dire « Assez d’hypocrisie, on a autorisé l’euthanasie sans le dire, maintenant, on autorise l’euthanasie en disant que c’est l’euthanasie ».

Vincent Lambert semble devenir l’otage d’un combat idéologique…

Il faut essayer de le faire sortir de ce rôle d’alibi et de victime innocente. Il est un peu le bouc émissaire de cette politique qui a perdu ses repères. Pour rétablir les comptes de la Sécurité sociale, il faut supprimer les personnes fragiles qui nous coûtent cher. C’est-à-dire toute cette frange de population vieillissante qui risque d’être victime de procédure de la loi Leonetti.
Ce qui est en train de se passer devant la Commission de l’ONU est un excellent augure.

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