Le 10 juin, c’est un vent de panique qui s’empare de la France : l’Italie de Benito Mussolini déclare la guerre à la France et à la Grande-Bretagne. Sur le front militaire, la désintégration des troupes commence à faire sentir ses effets. Les forces allemandes atteignent la Seine à Rouen et prennent la ville comme ils prennent Dieppe et Compiègne. Le 19e corps d’armée commandé par le général Heinz Guderian (1888-1954) a atteint les faubourgs de Reims, le 9 juin. Il fait face à des éléments de la 4e armée française, notamment le 1er régiment de zouaves, qui a pour mission d’interdire le franchissement du canal à l’est de Reims et de tenir la lisière nord de la montagne de Reims. Mais la résistance de l’armée française ne tient qu’un temps. Le 11 juin, les Allemands entrent à Reims avec des éléments de la 45e division d’infanterie et, avec l’occupation, arrivent les réquisitions, le rationnement, les personnes arrêtées et fusillées.

Le 10 juin, l’aile gauche de la 10e armée française, demeurée complètement isolée, se replie en désordre sur Saint-Valery-en-Caux pour tenter de rejoindre la mer. Sentant les Allemands fondre sur la capitale, les Parisiens prennent le chemin de l’exode. Les trois quarts d’entre eux décident de s’éloigner au plus vite. La fuite est chaotique, chacun cherche à rejoindre sa famille en province, une maison de campagne ou tout simplement à mettre le plus de distance possible avec les Allemands. Le général Maxime Weygand avertit le président du Conseil, Paul Reynaud, que le front français peut définitivement s’écrouler d’un moment à l’autre.

Comme l’indique Maurice Pujo, dans L’Action française daté du 19 juin-1er juillet, « cette journée du lundi 10 est la dernière où l’on pourra quitter Paris sans trop d’encombre, et sans risquer d’être enlisés dans le flot des réfugiés. Nos confrères partent également et les ministères hâtent leur déménagement. » En effet, assez rares sont les journaux à paraître dans le courant du mois de juin et à faire état du repli du gouvernement. L’Écho d’Alger du 11 juin se contente du communiqué du ministère de l’Information : « Le Haut Commandement a demandé aux ministères de bien vouloir effectuer leur repliement en province, conformément aux dispositions établies. Ce repliement a été effectué. »

Plus concrètement, le siège du gouvernement est installé au château de la Ménaudière, à Chissay-en-Touraine, quand la présidence de la République est déplacée au château de Cangé, à Saint-Avertin, situé à environ trente kilomètres du premier. En réalité, après l’arrivé d’Hitler au pouvoir, en 1933, l’État français réfléchissait aux hypothèses de repli en cas de guerre et d’évacuation de Paris. Les préfets étaient missionnés pour chercher des lieux en toute discrétion. À l’Élysée, la première idée était de s’installer à Chenonceaux. Finalement, c’est Cangé qui est retenu « parce qu’il y avait le chauffage central et que c’était un château très bien équipé. Le personnel de l’Élysée logeait à Saint-Avertin chez des particuliers. » C’est à Cangé que se tiennent, le 12 juin et le 13 juin, deux Conseils des ministres du gouvernement Reynaud. Les Allemands sont aux portes de Paris.

9 juin 2020

À lire aussi

2-4 septembre 1870 : la chute du Second Empire

Ce 2 septembre, Napoléon III devient alors le spectateur impuissant de sa propre déroute. …