Editoriaux - International - 28 octobre 2018

Tuerie de Pittsburgh : à qui la faute ?

Aux États-Unis, les tueries de masse se suivent et se ressemblent. Même si « les motivations » des tueurs peuvent varier d’un événement à l’autre, le scénario est souvent le même. Fréquemment en solitaire, le tueur entre dans un espace public. Il est lourdement armé. Il ouvre le feu sans discernement dans le seul but de faire le plus grand nombre de victimes possible.

L’attaque qui vient de se produire à Pittsburgh, en Pennsylvanie, ne déroge pas à cette règle. Ainsi, un individu isolé en possession d’armes automatiques est entré dans une synagogue à l’occasion d’une cérémonie religieuse et a ouvert le feu sur les fidèles qui se trouvaient à l’intérieur. Résultat : onze morts et six blessés, un des pires bilans pour ce type d’action aux États-Unis. Une fois encore, de nombreuses questions vont émerger. Et tout d’abord sur la libre circulation des armes, dans un pays où des milliers de personnes meurent chaque année sous les balles de criminels souvent sortis de nulle part.

Il est vrai que la Pennsylvanie se distingue pour son régime très permissif en matière de réglementation sur les armes à feu. Dans cet État, les citoyens, moyennant de simples déclarations administratives, peuvent posséder tous types d’armes. Pour les armes lourdes, les Pennsylvaniens peuvent même se procurer une mitrailleuse, à la seule condition que sa fabrication soit antérieure au 19 mai 1986 ! Voilà sans doute pourquoi le nombre de décès par balles ne cesse d’y augmenter. De 1.190 victimes en 1999, on en comptait 1.555 en 2016. Et; parmi ces morts, 35 % étaient victimes d’un homicide.

Les motivations profondes et réelles de ces tueurs sont, en revanche, plus difficiles à établir. Si, dans le cas de Pittsburgh, un antisémitisme forcené semble avoir été un élément déterminant, les causes sont parfois plus compliquées à isoler, notamment lorsqu’il s’agit de très jeunes meurtriers. Et les cas ne sont pas rares aux États-Unis. Alors reste bien souvent, notamment dans la bouche de nos politiques, les explications faciles. La haine de l’autre, mais qui agirait toujours dans le même sens. L’idéologie politique, le tueur étant, par nature et avant même les conclusions de l’enquête, un suppôt de l’extrême droite. Ou encore le fanatisme religieux. Mais là, les réactions officielles seront nuancées selon qui sont les auteurs et les victimes.

Face à cette nouvelle tuerie, Castaner a donc donné des ordres aux préfets afin que les synagogues et les manifestations israélites fassent l’objet d’une protection renforcée. Fort bien. Mais ces dispositifs existent depuis très longtemps, et nos compatriotes de confession juive font déjà souvent, en fonction de l’actualité politique, l’objet d’une attention particulière de la part de forces de l’ordre. Et puis la haine – puisqu’il semblerait que ce soit l’élément moteur de cette nouvelle hécatombe – ne touche-t-elle que les hommes et les femmes de la communauté juive ? Malheureusement, il semblerait que non. L’histoire encore récente nous montre que, dans notre pays, toutes les communautés (religieuses, ethniques ou sociales) sont susceptibles d’être visées pour la simple raison d’être ce qu’elles sont. Oui, la haine est présente à tous les étages de notre société. Mais elle n’est pas que le fait d’individus ou de groupuscules que l’on a souvent trop vite fait de situer aux extrêmes sur l’échiquier politique.

Cette haine du quotidien, elle est également entretenue par ceux qui, dans un discours politique habituel, apparemment anodin, marginalisent, « extrémisent », ostracisent, au prétexte que l’on ne partage pas leurs idées. Et ce discours, n’en doutons pas, est particulièrement dangereux et potentiellement destructeur.

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