Editoriaux - International - 14 octobre 2018

Trump face à l’affaire Khashoggi : realpolitik, géopolitique ou moraline ?

Ce 14 octobre, le Tadawul Exchange de Riyad a pris du plomb dans l’aile. L’indice boursier saoudien a, en effet, plongé de 6 %, les pertes visant 182 des 186 titres qui y sont inscrits. Les investisseurs ont tenu compte de la grogne des « élites-politico-médiatiques-de-la patrie-mondiale-des-droits-de-l’homme », mais surtout des inquiétantes déclarations de Donald Trump :

« Il y a quelque chose vraiment d’horrible et de répugnant [dans la disparition de M. Khashoggi]. Si tout cela s’avère exact, nous irons au fond des choses et la punition sera sévère ».

Précisant, toutefois, que, pour l’instant, le royaume arabe nie farouchement toutes ces accusations.

Ainsi, les services secrets saoudiens seraient venus, le 2 octobre, dans les locaux du consulat du royaume à Istanbul afin d’y tuer Djamel Khashoggi, citoyen saoudien, résident américain, et journaliste au Washington Post. Et les Turcs d’alléguer que le disparu, tel Osiris, aurait été découpé afin de garantir une sortie discrète. Ce sont les Turcs qui disent en avoir la preuve, sans l’apporter pour l’instant. Et pour cause : il n’est habituellement pas très diplomatique (bien que fréquent) d’espionner les consulats et ambassades, et, surtout, il est peu pratique de révéler les méthodes utilisées. Donc, on parle d’un enregistrement du meurtre par la montre Apple du malheureux défunt… bien que son application soit techniquement restreinte sur le territoire turc.

Pour ajouter à la confusion, Trump avait, au début du mois, lancé un avertissement à Riyad lors d’un rallye : « Sans les États-Unis, le royaume pourrait s’effondrer en deux semaines ! » La raison de cette ire ? Forcer les pays producteurs à pomper comme les Shadoks afin de faire baisser le prix du pétrole en un climat récemment haussier, favorable à la Russie et à l’Iran.

Et la Turquie elle-même semble comprendre combien la politique du bâton américain pourrait lui nuire. Son rapprochement avec Moscou, sa soumission économique accrue au Qatar et son refus de libérer un « pasteur » américain sympathisant du mouvement Gülen accusé d’avoir fomenté un coup d’État, infructueux, contre Erdoğan se sont traduits par une chute vertigineuse de la livre turque, en relation directe avec les récentes sanctions américaines imposées aux Turcs.

Donc, condamné, il y a deux ans, à trente-cinq ans de prison pour sédition, le pasteur Andrew Brunson a été miraculeusement libéré par la Justice turque ce week-end. Cependant qu’un rafraîchissement diplomatique s’installe entre Moscou et Jérusalem (Moscou ayant refusé de reconnaître la souveraineté israélienne sur le Golan).

Quant à « l’affaire Khashoggi » les commentateurs américains s’en donnent à cœur joie : à gauche, certains y voient (hélas !) du pain bénit pour Poutine et les Iraniens, d’autres y voient la vraie nature de ce pays qui a enfanté les attentats du 11 septembre, d’autres, enfin, y voient un gros problème posé à Netanyahou. À droite (si cela existe), c’est le grand écart entre la très pavlovienne « moraline » d’usage et la préservation des « intérêts géopolitiques ».

Quant à Trump, une fois de plus, il met les pieds dans le plat, parlant directement à ses électeurs : « On ne va pas se priver de 150 milliards de contrats d’armement avec les Saoudiens, et les voir aller se fournir en Chine et en Russie ! Car ces contrats créent et vont créer des emplois chez nous ! » Il préconiserait donc, en cas, non pas des sanctions, mais « autre chose ».

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