Laïcité

Revoir la loi de 1905, oui, mais pas comme le souhaite la Libre pensée


Docteur d'Etat en droit public, avocat, maitre de conférences des Universités

 

Quand Lydia Guirous, dans une tribune publiée dans L’Obs le 10 décembre, dit que la seule identité des musulmans est de plus en plus l’islam, elle cible une vérité qui est aussi celle d’une autre religion à prétention universelle : le christianisme, et plus spécifiquement le catholicisme dont le nom même veut dire « pour tous » (kat’olous, en grec).

Ce problème était, du reste, préexistant, si on songe au refus d’Antigone d’obéir aux lois de la Cité (en l’espèce, l’interdiction d’enterrer son frère « rebelle »).

L’Église a mis en avant la réponse de Jésus de Nazareth à ceux qui lui demandaient s’il fallait payer l’impôt à César – c’est-à-dire se soumettre au colonisateur romain – ou se révolter.

La réponse peut paraître comme un faux-fuyant, voire de l’humour : « Qui figure sur cette pièce de monnaie ? César. Alors, rendez à César… ».

Cette courte réplique fonde néanmoins un grand principe : celui de la séparation du temporel et du spirituel. Seulement, séparation ne veut pas dire absence d’accord. On le voit à l’épreuve de deux siècles de luttes anticléricales : lorsque le pouvoir est non seulement distinct mais hostile à l’enseignement de l’Église, il devient très difficile de rester chrétien. Si on le fait (manif anti-avortement ou refus de marier deux personnes de même sexe), on se met hors la loi comme Antigone.

Cette protestation de l’islam contre une législation contraire à ses préceptes religieux et son désir de vivre sous sa propre loi (la charia) au sein même de l’État est sans doute une occasion de revoir la copie de 1905.

Comme on l’a vu samedi – jour anniversaire de sa promulgation ! – lors de la cérémonie religieuse de funérailles de Johnny Hallyday, cette loi est volontiers mise entre parenthèse lorsqu’un consensus existe autour de la volonté d’un défunt célèbre…

Comme le signale Lydia Guirous, l’arsenal législatif sécuritaire, les règles de neutralité du service public, la législation sur les examens, etc., à compléter au besoin, et surtout à appliquer plus fermement, devraient suffire à éviter un prosélytisme qui est pour l’islam, on le sait, une prise de pouvoir. L’exemple du « concordat », maintenu en Alsace et en Lorraine, prouve, s’il en était besoin, que ce système n’est pas si mauvais. Il place la religion catholique dans une position officielle qu’elle mérite, compte tenu de son ancienneté plus que millénaire et de la manière dont elle a imprimé notre droit, et jusqu’à nos paysages. Mais elle laisse vivre les autres religions, sur un mode plus privé, toutefois. Les musulmans mettent parfois leurs enfants dans des écoles chrétiennes car ceux qui ne sont pas fondamentalistes préfèrent une école qui enseigne la morale du bien et du mal à une école qui ne considère les religions que comme un objet d’études historiques, détaché de l’éducation.

La laïcité vécue en France comme un laïcisme virulent exaspère, au contraire, les tensions. Alors, revoir la loi, oui, mais pas dans le sens souhaité par les athées de la Libre pensée qui, ciblant croix et crèches, ajoutent aux tensions musulmans-République de nouvelles tensions chrétiens-République. Les Français, qui ont soif d’apaisement et d’unité comme on l’a vu samedi, n’en ont vraiment pas besoin.

Docteur d'Etat en droit public, avocat, maitre de conférences des Universités