Editoriaux - Politique - Société - Table - 12 décembre 2017

Comment vaincre l’extrême droite ?

Un simple tour dans une librairie suffit à montrer à quel point la question préoccupe : La Fachosphère, de Dominique Albertini, Les Droites extrêmes en Europe, de Jean-Yves Camus, En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite, de Vincent Edin, et Reconnaître le fascisme, du regretté Umberto Eco trônent sur les étagères.

À croire que la France est sur le point de tomber entre les griffes d’une ligue fasciste dont les bruits de bottes seraient déjà audibles à ceux qui auraient la lucidité de les entendre. À l’heure où droite et extrême droite sont plus déboussolées que jamais, une telle surabondance d’alertes au “péril brun” prête à sourire. Mais puisque cela leur tient tant à cœur, tâchons d’y apporter une réponse : comment vaincre l’extrême droite ?

Les pourfendeurs du nationalisme oublient que la montée de celui-ci n’est pas le fruit d’un putsch ou d’une conspiration antirépublicaine, mais de la volonté démocratique d’un peuple qui aspire au changement. Dès lors, la vraie question serait plutôt : “Pourquoi devient-on d’extrême droite ?”

Ne me parlez pas de xénophobie : un quart des Français ont des origines étrangères remontant au moins aux arrière-grands-parents. Par conviction, alors ? Que nenni ! Qui veut vivre dans une société où l’on vouvoie ses parents dont le mariage fut arrangé, où l’on parle sans cesse de devoir et de sacrifice, où l’on ne mange pas de viande le vendredi, où la jupe doit couvrir les chevilles et où l’on salue d’une révérence chaque militaire, aristocrate ou ecclésiastique que l’on croise dans la rue ? Pas grand monde, vous en conviendrez.

C’est l’incurie actuelle de la République et son incapacité à garantir la sécurité et la prospérité des citoyens qui poussent ces derniers dans les bras d’un nationalisme ramenard qui leur promet des lendemains chantants. Sécurité et prospérité : voilà tout ce que demandent les Français, tout le reste n’est que littérature. Ce n’est pas un hasard si l’extrême droite renaquit de ses cendres à la fin des Trente Glorieuses. Ces trois décennies avaient donné aux Français la sécurité et les conditions de la prospérité, leur ôtant toute envie d’un régime cocardier. Depuis l’épisode du boulangisme, c’est toujours dans les moments de faiblesse de Marianne que le nationalisme se sent pousser des ailes. Le “combat républicain”, s’il en est un, ne doit pas consister à saborder l’extrême droite mais à faire en sorte que les Français ne soient plus portés à se tourner vers elle.

Notons, aussi, la nullité des adversaires du nationalisme. Si la République a toujours été combattue par l’extrême droite, elle avait à une époque des défenseurs qui, par leur panache et leur talent, la rendaient respectable même à ses plus farouches adversaires. Or, elle n’est plus capable, aujourd’hui, de produire un abbé Grégoire, un Lamartine ou un Jaurès. Le flambeau a été repris par Yannick Noah et ses chansons anti-FN, Christine Angot et sa prose hystérique, les Femen et leur vulgarité faussement irrévérencieuse, Manuel Valls et ses emportements caricaturaux…

Pendant que la maison France se délabre à mesure que continue le déclassement, qu’augmente l’insécurité, que croît le chômage et que la jeunesse inquiète pour son avenir s’oublie dans un hédonisme dissimulant son mal-être, politiciens et intellectuels se demandent comment vaincre l’extrême droite…

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