À SUIVRE

Un Président incompris ou un Président incompréhensible ?

Philosophe et anthropologue
 

Si l’on en croit les premiers commentaires (Le Monde), c’est avec brio que notre nouveau Président a renouvelé la formule de l’interview à l’Élysée dimanche soir dernier. Las, le lendemain, un sondage Harris Interactive nous révèle que seuls 39 % des sondés ont été convaincus par l’exposé et un journal de gauche (Libération) dénonce les inexactitudes, pour ne pas dire les falsifications, de l’argumentation.

Comment se fait-ce que l’enfant chéri de la méritocratie républicaine connaisse un désamour que peu de présidents de la Ve ont connu en si peu de temps ?

Un seul mot suffit : la désillusion.

Il nous avait promis qu’on allait moraliser la vie publique, limiter le nombre de sénateurs et députés, introduire une dose de proportionnelle. Que les investisseurs dans l’économie réelle (comprenez : ceux qui prennent des risques) allaient être récompensés par la suppression de l’ISF, alors que les rentiers du capital (comprenez : les propriétaires immobiliers), les retraités et pensionnés seraient punis. Que les entreprises allaient pouvoir embaucher sereinement et les salariés bénéficier de réductions de charges. Qu’on allait s’attaquer au nombre pléthorique de fonctionnaires et faire la chasse aux faux chômeurs. Que la dépense publique serait enfin freinée, les APL contrôlées, le système social remis à plat. Quant aux étrangers en situation irrégulière, au moindre délit, la reconduction à la frontière serait immédiate. Etc.

Comment ne pas être emballé par un programme si ambitieux porté par un jeune candidat si déterminé ? Chacun y avait vu ce qu’il voulait y voir.

Mais voilà, la réalité des réformes est tout autre que celle que nous avions comprise.
En fait de réforme, il y a d’abord la rétribution des sponsors (comprenez : la « haute finance » et le « patronat »). La suppression de l’ISF pour les seuls actionnaires et autres attributaires de dividendes (tiens donc, y aurait-il des rentiers parmi eux ?) est une foutaise. Car, alors que,dans l’ancien système, l’investissement dans des PME françaises donnait lieu à déduction, ici, toutes les entreprises (y compris étrangères) sont concernées. Les multinationales, le CAC 40 et les banques peuvent se frotter les mains. Drôle de définition de l’économie réelle. Voilà pour la « haute finance ».

À l’opposé, les investisseurs immobiliers en France (secteur clé de notre économie) verront leur fiscalité s’aggraver. Et ce n’est pas le rabotage des APL qui va arranger les choses. Drôle de façon de lutter contre la crise du logement.

Quant aux entreprises, elles pourront débaucher comme bon leur semble sans s’engager à investir ou à mettre en place des plans de compétitivité à l’export.

On pourrait multiplier les exemples des incohérences d’un programme qui paraît avoir été bouclé dans l’urgence entre mars et avril 2017.

Avec une répartition de l’effort aussi inégale, pas étonnant que les Français soient dans la désillusion. À quand le divorce ?

POUR ALLER PLUS LOIN