Présent au congrès du Front national, Steve Bannon construit patiemment son Internationale populiste

Ce 9 mars, Jason Horowitz (The New York Times) est allé droit au but : « Après avoir causé le naufrage de l’establishment américain, il [Bannon] veut maintenant détruire l’establishment européen. » Bannon va probablement donner quelques conseils discrets de métapolitique comme de guérilla internationale aux dirigeants du Front national, qui tient son 16e congrès à Lille au moment même où j’écris ces lignes. Après être passé par Milan et la Suisse (rencontre avec la droite alternative allemande) avant d’aller un peu plus à l’est…

Car, il le dit lui-même, il se voit « infrastructure du populisme mondial », face à une autre « infrastructure » : celle du célébrissime philanthrope Soros. Car les mouvements européens ont, jusqu’ici, électoralement oscillé entre Gergovie et Alésia, victimes de leur « localisme » comme d’une attitude « réactionnaire » bien plus que « révolutionnaire »… face aux synergies puissantes produites par la coalition entre ceux de l’économie « financialisée » et ceux des frontières ouvertes, caracolant en tête.

Mais qui est Steve Bannon ? Nous renvoyons, ici, nos lecteurs à deux excellentes analyses de l’Observatoire du journalisme (OJIM) : « Breitbart News Network : une idéologie de synthèse efficace » (9 août 2017) et « Breitbart News veut remplacer Fox News… littéralement » (15 septembre 2017). Bannon, Irlando-Américain et ancien officier de renseignement dans la Marine, a connu une carrière fulgurante dans la finance (Goldman Sachs, entre autres), ce qui l’a mené à investir personnellement dans le cinéma et la télévision. Il connaît le système. Il a relancé Breitbart, organe conçu en Israël pour les États-Unis avec la bénédiction de Netanyahou afin d’utiliser, à droite, les méthodes de disruption de l’extrême gauche.

Bannon et Breitbart ont, ainsi, « fait » Trump (même si ce dernier n’aime pas l’entendre), apportant à son remarquable cerveau reptilien un complément de mésocortex empathique (le thème bannonien de l’homme abandonné par l’élite), complété d’un néocortex « anormal » pour un Américain : celui des grands penseurs européens de la « tradition » et « cycles historiques ». Bref, Bannon, émule de Julius Evola, a rajouté patiemment un corpus idéologique, politique et métapolitique à ce qui avait démarré comme un simple coup médiatique trumpiste. Avec trois axes : la sécurité intérieure et extérieure, la restauration économique, la réforme de l’État.

Toutefois, dès son élection, Trump a été neutralisé par le blitz du Maïdan américain – « Russiagate », sabotages constitutionnels et autres scandales sexuels – qui a privé Trump de politique étrangère, le plaçant désormais sous l’épée de Damoclès du procureur Mueller. Depuis, plus de 70 % des Américains voient en Poutine, maintenant « saddamisé », l’ennemi existentiel des États-Unis, et plus de 50 % des Américains pensent que Trump est trop mou avec la Russie.

Bannon est parti en août 2017, à la grande satisfaction des mondialistes qui avaient encerclé Trump à la Maison-Blanche. Mais Trump est récemment reparti sur un programme « bannonien » (les tarifs douaniers, infrastructures) qui a provoqué le départ de son conseiller Gary Cohn. Dépité, le journaliste néocon Chris Stirewalt disait récemment sur Fox News : « Bannon n’est plus très loin de la Maison-Blanche ! » Un Bannon épris de Marion Maréchal, à l’instar de Sarah Palin, qui voyait en elle une nouvelle Jeanne d’Arc. Marion, récente coqueluche des conservateurs américains…

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