Document - Editoriaux - Histoire - Médias - Société - 25 mars 2018

Pédophilie dans l’Église : il vaut mieux faire naître un scandale que réduire au silence la vérité

Dans un documentaire intitulé Un silence de cathédrale, diffusé par France 3, le réalisateur Richard Puech s’est intéressé aux affaires de pédophilie auxquelles l’Église catholique de France doit faire face depuis le début du siècle, surtout depuis la création, en 2014, de l’association La Parole libérée, fondée par d’anciens scouts victimes du père Preynat, un clerc lyonnais ayant abusé de jeunes garçons durant plus de vingt ans.

À travers les trajectoires d’hommes et de femmes qui ont eu en commun d’avoir été abusés par des hommes d’Église insoupçonnables et parfois proches de leur famille, le documentaire s’est attelé à mettre en lumière les conséquences morales et psychologiques de ces abus sur les victimes. Un viol physique mais aussi spirituel, pour ces jeunes croyants dont certains ont été durablement affectés dans leur rapport avec l’Église et avec Dieu.

Hors de toute généralisation, le reportage a, au contraire, insisté sur le fait que seule une minorité de prêtres français (quelques centaines, sur un total de 12.000) faisaient l’objet d’accusations. En tout, le Vatican aurait des dossiers sur 20.000 prêtres, sur les 400.000 présents dans le monde.

De tels reportages et enquêtes ont tendance à jeter le trouble parmi les fidèles qui peuvent se sentir agressés dans leur foi par ce qu’ils peuvent vivre comme un acharnement médiatique, comme l’a expliqué la journaliste Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix : « En France, depuis la Révolution, le catholicisme se voit et se vit comme une contre-société », a-t-elle confié à l’antenne de France 3, en rappelant qu’elle avait eu elle-même connaissance d’affaires de pédophilie en 2005 mais qu’elle n’avait pas enquêté outre-mesure par souci de « ne pas abîmer l’image de l’Église » – une négligence qu’elle regrette.

Ainsi, lorsqu’en 2016, la Conférence des évêques de France a demandé pardon à toutes les victimes d’abus pédophiles, certains fidèles y ont vu un geste capitulard, voire la reconnaissance d’une culpabilité du christianisme.

Une telle position défensive est injustifiée pour au moins deux raisons. Premièrement, toutes ces histoires sont vraies ; des milliers de témoignages existent et plusieurs dizaines d’ecclésiastiques ont avoué et ont été arrêtés. « Il vaut mieux faire naître un scandale que réduire au silence la vérité », écrivait en son temps le pape Grégoire Ier. Deuxièmement, l’Église ne sera en aucun cas affaiblie en chassant les coupables et en ayant l’humilité de demander pardon à ceux que certains de ses représentants ont violentés. Elle en sortira au contraire grandie. Certes, il faudra redorer une image ternie mais elle n’aura plus à affronter la suspicion des médias et d’une opinion publique qui, selon les mots de Mgr Crépy, assimile désormais l’ensemble des prêtres à des pédophiles, faute de transparence et de réelles mesures de rétorsion contre les coupables.

Croyants ou non, nous avons été nombreux à faire nos classes dans l’enseignement catholique. La grande majorité d’entre nous avons eu une scolarité épanouie aux côtés de ces hommes et femmes de foi. L’amalgame de l’ensemble d’entre eux à une infime minorité est d’autant plus douloureux. C’est pour éviter ce perpétuel amalgame, et pour que les innocents ne soient plus vus comme de potentiels coupables, qu’il est vital d’enquêter et d’informer sur ceux qui, drapés dans un habit de berger, sont des prédateurs abusant de l’innocence des plus petits. Dénoncer leurs agissements, ce n’est pas nuire au christianisme mais, au contraire, l’aider et le consolider.

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