Editoriaux - Politique - 2 mai 2017

Et si on cessait de mépriser la France ?

Un mot sur ces journalistes de grande réputation dont on s’étonne qu’ils aient par exemple publiquement manifesté leur opposition au FN. Je songe à Audrey Pulvar, qui a été suspendue par CNews à cause d’une pétition, comme si quiconque pouvait ignorer que, dans sa pratique, cette brillante personnalité sûre d’elle était inspirée par la gauche et son questionnement parfois donc biaisé.

On annonce le départ probable de Patrick Cohen pour Europe 1 et je suis persuadé que personne n’a le moindre doute sur les positions politiques de ce dernier qui a, avec d’autres, fait le succès de la Matinale de France Inter. On nous rétorque qu’il y a le journaliste d’un côté et le citoyen de l’autre. Le problème est que, chez beaucoup, le citoyen a pris toute la place et qu’il faut rien de moins qu’un corporatisme massif pour ne pas s’en apercevoir.

Mais il est plus simple de blâmer et de sanctionner certaines partialités publiques affichées que de se pencher en profondeur sur, la plupart du temps, l’absence de vraie neutralité des animateurs et journalistes en matière politique. Un Patrick Roger à Europe 1 ou un Christophe Jakubyszyn sur TF1 sont des raretés, tant le fond et la forme, chez eux, s’efforcent à une authentique impartialité. Rassurante pour les auditeurs et les téléspectateurs.

Hitler a été élu au suffrage universel. La dernière trouvaille de Bertrand Delanoë pour laisser croire que le nazisme est à nos portes. Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, se battre contre le FN, « une nécessité morale et politique ». Politique à l’évidence, mais morale… je m’interroge.

Si un parti recueillant quelque huit millions d’électeurs, non seulement accepté dans l’espace démocratique mais porté au second tour de notre élection la plus importante n’est pas « moral » – ce qui relève non plus de l’opposition civique mais de la stigmatisation éthique -, il conviendrait de l’interdire de toute urgence.

Ce qui, même par ses opposants les plus constants et convaincus, n’a jamais été proposé alors que, par ailleurs, ceux-ci – et j’y ajoute Audrey Pulvar – répètent, comme pour se convaincre et moins craindre de lui, que « le FN n’est pas un parti comme les autres ».

Parce qu’il romprait avec les valeurs républicaines : liberté, égalité et fraternité ? À suivre à la lettre ce mantra, toute politique fondée sur l’intérêt national deviendrait par nature impossible puisqu’elle serait susceptible de battre en brèche ou au moins d’adapter l’une ou l’autre de ces exigences abstraites.

Serait-ce un péché mortel dans notre République que d’admettre, au contraire, qu’il est « un parti comme les autres » précisément pour mieux le combattre en ne se réfugiant pas derrière une façade de contestation seulement morale qui non seulement n’a servi à rien mais a amplifié au contraire l’essor de cet extrémisme ? La moraline s’octroie des facilités dont elle est étonnée ensuite de devoir les constater perverses au regard de sa propre cause.

Les progressistes ne se confrontent pas aux conservateurs, ni les mondialistes aux patriotes, ni le Bien au Mal. Mais plutôt ceux qui méprisent à ceux qui souffrent, les ostensibles aux oubliés, le haut au bas du pavé. Ceux qui existent d’évidence et pèsent lourd à ceux qui doivent crier pour ne même pas se faire entendre.

Le 3 mai, contre la haine et la folie françaises, débarrassés de tous les parasites, artistes et soutiens conjoncturels, Emmanuel Macron et Marine Le Pen seront face à face, on les verra, on les entendra.

Et le 7 mai, nous aurons la parole.

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