Editoriaux - Livres - Réflexions - Religion - Table - 7 février 2018

Livre / Fils d’Adam, nostalgies communistes

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Juif, polonais et enfant de communiste ? Trois raisons, bonnes ou mauvaises, d’avoir du vague à l’âme. Benoît Rayski est un peu tout cela à la fois. Il est, aussi, éminemment français, quatrième raison de spleen existentiel, surtout par les temps qui courent, pour un homme aimant à se recueillir dans les églises et peinant parfois à reconnaître ce qui demeure de son pays de cœur.

Benoît Rayski n’est pas exactement le premier venu : ancienne plume du Matin de Paris et de Globe, avant de devenir l’un des premiers contributeurs de Boulevard Voltaire. Adam Rayski, son père, ne vient pas de nulle part non plus, puisque membre éminent du groupe Manouchian durant la Seconde Guerre mondiale : la fameuse Affiche rouge, la non moins célèbre FTP-MOI, pour Francs-tireurs et partisans et Main-d’œuvre immigrée. Un passé aussi glorieux que douloureux à porter pour l’auteur qui, dans ce livre, Fils d’Adam, nostalgies communistes, évoque la lourde figure paternelle.

La mode est, aujourd’hui, aux règlements de comptes filiaux. Mon père était nazi ? Le mien m’a violé ! Le tien était centriste ? Le sien était tueur en série ! Inutile de préciser que Benoît Rayski évite l’écueil, le pathos, la contrition. Il parle de son père, tout simplement, et d’un engagement ayant parfois confiné à l’aveuglement.

Benoît Rayski : « La tragédie communiste fait corps depuis toujours avec la tragédie juive, jusqu’à se confondre parfois avec elle. Comme toi, ils furent des centaines de milliers à déserter la religion de leurs pères, réservée aux seuls Juifs, pour embrasser une autre religion, le communisme, porteuse d’une promesse de bonheur pour toute l’humanité. Quitter quelques millions de Juifs voûtés et humiliés pour rejoindre des centaines de millions de prolétaires fiers et courageux ! Comment aurais-tu, comment auriez-vous pu résister ? » La messe était dite, si l’on peut dire en la circonstance…

Mais, à défaut d’avoir toujours le goût du bonheur, certains Juifs cultivent aussi celui de ce paradoxe, fort bien résumé par l’auteur, voulant que ces Juifs, en tentant de judaïser le communisme, ont fini par être déjudaïsés par ce même communisme. Cela a conduit à des meurtres de masse, à des Juifs communistes ayant fait tuer d’autres Juifs dont le seul crime consistait à refuser d’être communistes. Mais encore au déni de soi par la francisation des noms et prénoms, l’abandon de la langue et de la religion des ancêtres. Le livre de Benoît Rayski a un goût de cendres.

Il est également d’autres réflexions, consacrées à un autre messianisme – sioniste, celui-là -, mais dont les idéaux, à l’instar de ceux du communisme, se sont à leur tour fracassés sur le mur du réel, au même titre qu’un autre messianisme – néoconservateur, celui-là -, mais empreint de la même mystique juive. Que reste-t-il de ses illusions perdues ? Quelques belles et fortes pages marquées au sceau d’un certain fatalisme, d’un fatalisme certain. Et de beaucoup d’amour filial, malgré les innombrables griefs de circonstance.

« Un Juif, pendant très longtemps, a été fait pour mourir. Il peut aussi être fait pour se battre », affirme l’auteur de cette poignante promenade introspective. Se battre ? Benoît Rayski le fait désormais depuis longtemps. Pour la France et pas seulement l’idée qu’il s’en fait. Que son père n’a-t-il commencé par là, tel un Pierre Mendès France – plus RAF que MOI –, un de ces « Juifs d’élite », tel qu’on disait alors, pourrait-on objecter ? Oui, peut-être ; mais quels qu’aient pu être les engagements d’Adam Rayski, au moins s’est-il engagé, pour la France, aussi, avec un courage que même ses ennemis les plus résolus ne lui ont jamais dénié. Chez les communistes, il y avait aussi des hommes qui se tenaient droit ; et, parmi eux, des héros, à n’en point douter. Son père.

Père auquel les dernières lignes du livre dédiées sonnent comme un appel : « Maintenant, il me faut te quitter. Pas pour très longtemps… » Comme l’écrivait si bien Charles Maurras, « aucune origine n’est belle. La véritable beauté est au terme des choses. » À cette aune jugée, Benoît Rayski n’a pas à rougir de l’auteur de ses jours.

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