Editoriaux - 14 août 2018

Les migrants : c’est bien pour se faire mousser ou se pousser du col

Les migrants : si on voulait être cynique, on dirait que ce n’est que du bonheur ! Pas pour les migrants, évidemment, mais pour tous ceux qui font leur miel de ces migrations de grande ampleur.

Du bonheur, d’abord, pour les passeurs. Un article du Parisien, le 10 juillet dernier, révélait que, selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), ce trafic d’êtres humains (2,5 millions de personnes) a rapporté entre 5,5 et 7 milliards de dollars en 2016. On est loin, bien sûr, de ce que rapporte le trafic de drogue – 243 milliards en 2015, selon ce même UNODC – qui touchait, en bout de chaîne, 183 millions de consommateurs dans le monde.

Du bonheur, ensuite, pour toutes ces associations, organisations non gouvernementales qui se posent en corsaire de la cause humanitaire et, ce faisant, en complices passifs des passeurs. Du bonheur, sans doute, aussi, pour leurs donateurs qui s’offrent une bonne conscience, souvent déductible des impôts, comme c’est le cas en France. SOS Méditerranée, par exemple, qui arme l’Aquarius, serait financé à 98 % par des fonds privés. On notera quand même, pour l’anecdote, qu’en 2016, seize députés français, socialistes et radicaux de gauche, puisèrent dans leur réserve parlementaire pour subventionner cette association. On pourrait citer Bruno Le Roux, éphémère ministre de l’Intérieur de François Hollande, ou Sandrine Mazetier, vice-présidente de l’Assemblée nationale dans la précédente législature.

Du bonheur, aussi, pour des rescapés politiques, déjà couverts d’honneurs et de prébendes, comme Jean-Claude Gayssot, longtemps membre du Parti communiste, ministre des Transports sous Jospin et qui, aujourd’hui, à 74 ans préside le port de Sète ou, pour être plus précis, le conseil d’administration de l’établissement public régional Port de Sète Sud de France. Un établissement qu’il préside depuis mars 2017 après une élection à l’unanimité, bien aidée par la présidente socialiste de la région Occitanie Carole Delga. Et le voilà qui se pousse du col, proposant d’ouvrir le port de Sète à l’Aquarius en authentique humaniste, un peu comme s’il régnait sur une république maritime. Il nous semblait pourtant qu’en 1797, Napoléon Bonaparte avait supprimé la dernière existante – je veux parler de Venise – en permettant qu’elle devienne une province de l’Empire autrichien !

Du bonheur, enfin, pour Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse qui s’érige, non seulement en donneur de leçons de morale humanitaire – car lui aussi propose que la Corse accueille l’Aquarius –, mais en potentat local qu’il n’est pas. En effet, on a peine à voir le rapport entre l’accueil des migrants et les compétences de la collectivité de Corse : aménagement du territoire, développement économique, culture et patrimoine, éducation et formation, langue, environnement… Jusqu’à nouvel ordre, Talamoni n’est pas le roi Théodore et la République est encore indivisible !

Mais il est vrai que la nature a horreur du vide et que, pour l’instant, Emmanuel Macron, à vouloir pratiquer la politique du « en même temps », donne la curieuse impression que l’État français est aux abonnés absents sur ce dossier. On ne peut être gentil et méchant à la fois. Matteo Salvini l’a bien compris : il fait le méchant, et cela lui réussit pas trop mal pour l’instant. Alors, en France, ici et là, on se fait mousser, on se pousse du col en jouant les phares de l’humanité compatissante. C’est bien, pour cela, les migrants, surtout quand on sait que, de toute façon, on n’a pas autorité et compétence pour agir. Votre proposition d’accueil des migrants fera flop au large de la côte ? Pas grave, on aura fait parler de soi, fait croire qu’on est plus important qu’on ne l’est et gagné à pas cher des jetons de moralité.

Au moment où le point final est mis à ce papier, on apprend qu’Emmanuel Macron a annoncé que la France allait accueillir 60 migrants de l’Aquarius. On passe du cabotinage au cabotage.

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