Editoriaux - Politique - 14 novembre 2018

Le retour du couple Hollande-Royal et Marine Le Pen en embuscade

En politique, il est souvent prétendu que, même mort, il est toujours possible de se faire élire au Sénat. François Hollande serait-il en train de donner corps à cet adage ? Voilà qui y ressemble même si, en la circonstance, ce n’est pas exactement le Sénat qu’il paraît briguer, mais l’Élysée. Après tout, qui ne tente rien n’a rien et l’homme ne semble pas ménager ses efforts afin de labourer le terrain.

Depuis l’été, il multiplie donc les signatures de son livre, Les Leçons du pouvoir, courant de supérettes en foires à l’andouille. Plus fort que les tournées Âge tendre et tête de bois. Jean-Pierre Mader et Caroline Loeb n’ont qu’à bien se tenir. Dans « Le Quotidien », l’émission de Yann Barthès, cette scène poignante. Une admiratrice : « On vous regrette beaucoup… » François Hollande : « Moi aussi, je vous regrette beaucoup ! » C’est beau. Et le même de promettre : « Je vais revenir ! » Ce n’est plus le capitaine de pédalo, mais Arnold Schwarzenegger dans Terminator.

Cela posé, montrons-nous chrétiens et ne douchons pas son enthousiasme plus que de raison. En effet, un sondage IFOP, récemment commandé par Le Figaro, nous apprend que 83 % des Français interrogés ne souhaitent pas le voir revenir en 2022. C’est un plébiscite à l’envers, mais un plébiscite tout de même. De son côté, l’institut Harris Interactive révèle que, malgré tout, sa cote de popularité aurait progressé de deux points, passant de 18 à 20 %. Vertigineux. Le voilà donc plus populaire que Benoît Hamon et Olivier Faure. Un exploit.

Dans la série des revenants ayant un livre à vendre, Ce que je peux enfin vous dire, une certaine Ségolène Royal, naguère assez proche de François Hollande, se verrait bien, elle aussi, effectuer un dernier tour de piste. À Laurent Delahousse qui, le 12 novembre dernier, sur France 2, lui demande si elle n’aurait pas quelques ambitions de revanche sur sa défaite de 2007 face à Nicolas Sarkozy, elle répond tout d’abord : « Je ne me pose pas la question. Ce que je peux vous dire de plus précis, c’est que le combat de ma vie, et aujourd’hui plus que jamais, c’est le combat pour la protection de la planète. » À défaut d’avoir su protéger son couple, elle entend donc sauver la planète ; qui peut le moins peut le plus, comme on dit. Mais pour ce faire, cela « pourrait-il passer par la présidence de la République ? » Et Ségolène de signifier à Laurent : « Peut-être… » En cuisine, tout est dans la sauce. En politique, c’est le « peut-être ».

En attendant, elle se ferait bien la main sur une éventuelle tête de liste aux élections européennes, même si réservant, pour l’instant, sa réponse. Celle qui se pose manifestement moins de questions existentielles, c’est Marine Le Pen, qui vient déclarer aux journalistes du Parisien : « Sur l’Europe, il n’y a que deux forces qui aient aujourd’hui une ligne claire. En Marche ! et nous… » Ou de l’art de renvoyer Insoumis et Républicains au rôle de figurants. Il est un fait que Laurent Wauquiez et Jean-Luc Mélenchon ne savent plus trop bien où ils habitent. Ce que confirment, d’ailleurs, ces sondages qui donnent les listes macronniennes et lepénistes au coude-à-coude.

Voilà qui promet d’être intéressant, d’autant plus intéressant que la dynamique politique n’est pas précisément en faveur de l’Élysée. Certes, Marine Le Pen ne s’est pas tout à fait encore remise de son échec à l’élection présidentielle de 2017 – mais au moins a-t-elle atteint le second tour, au contraire d’un François Fillon ou d’un Jean-Luc Mélenchon. Certes, elle n’en finit plus de se dépêtrer des enquêtes concernant le financement du Rassemblement national – mais au moins traite-t-elle ces problèmes avec autrement plus de doigté que le même Jean-Luc Mélenchon. Et la vague populiste est là en Europe, en Hongrie, en Italie, en Autriche. En attendant la France ? Réponse dans pas longtemps.

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